Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2604189

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2604189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGRAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 21 mai 2026, la société anonyme (SA) Ineo Réseaux Sud, représentée par Me Grau, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Le Barcarès (Pyrénées-Orientales) à lui verser une provision des montants de 26 767, 70 euros et de 38 400, 40 euros ;

2°) de condamner la commune de Le Barcarès à lui verser les intérêts moratoires au taux légal en vigueur à compter du 29 juin 2025 pour la somme de 26 767, 70 euros et du 10 mars 2025 pour la somme de 38 400, 40 euros ;

3°) de dire que les intérêts moratoires seront égaux au taux d’intérêt appliqué par la banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l’année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majorés de huit points de pourcentage ;

4°) de condamner la commune de Le Barcarès à lui verser la somme de 40 euros pour frais de recouvrement ;

5°) de condamner la commune de Le Barcarès à lui verser la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu’aux entiers dépens.


Elle soutient que la créance et son montant ne sont pas sérieusement contestables dès lors qu’ils résultent de la stricte application des stipulations du cahier des clauses administratives particulières aux termes desquelles le pouvoir adjudicateur doit procéder au règlement des acomptes mensuels, conformément aux montants arrêtés et validés par le maître d’œuvre.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le cahier des clauses administratives particulières ;
- le code de justice administrative.


La présidente du Tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :


Sur les conclusions en annulation et en injonction :

1. Aux termes de l’article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l’absence d’une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l’a saisi lorsque l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. Il peut, même d’office, subordonner le versement de la provision à la constitution d’une garantie. ».

2. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s’assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l’existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n’a d’autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l’obligation dont les parties font état. Dans l’hypothèse où l’évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d’une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

3. La SA Ineo Réseaux Sud a été attributaire du lot n°2 « fournitures d’œuvres décoratives » du marché public passé par la commune de Le Barcarès pour son aménagement paysager et qui a été enregistré à la préfecture des Pyrénées-Orientales, le 28 août 2020.

4. Aux termes de l’article 8.3 du cahier des clauses administratives particulières : « Les sommes dues au(x) titulaire(s) seront payées dans un délai global de 30 jours à compter de la date de réception des demandes de paiement. En cas de retard de paiement, le titulaire a droit au versement d’intérêts moratoires ainsi qu’à une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 €. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d’intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l’année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. »

5. Il résulte de l’instruction et n’est pas contesté par la commune de Le Barcarès qui, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée n’a pas produit de défense, qu’elle a accusé réception, le 24 février 2026, des factures des montants de 26 767, 70 euros et de 38 400, 40 euros correspondant aux prestations réalisées par la SA Ineo Réseaux Sud. Ainsi, en l’état de l’instruction, les pièces produites par la SA Ineo Réseaux Sud établissent l’obligation dont elle se prévaut à l’égard de la commune de Le Barcarès. Par suite, il y a lieu de condamner la commune de Le Barcarès à verser à la SA Ineo Réseaux les sommes de 26 767, 70 euros et de 38 400, 40 euros, ainsi qu’une somme de 40 euros correspondant à l’indemnité forfaitaire pour les frais de recouvrement.

Sur les intérêts moratoires :

6. Aux termes de l’article 1231-6 du code civil : « Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. (…) ». Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l’article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur. En application de ces dispositions et de celles précitées de l’article 8.3 du cahier des clauses administratives particulières, la SA Ineo Réseaux dont les courriers adressés le 9 février 2026 à la commune de Le Barcarès, qui en a été avisée le 17 février 2026, comportaient une demande de paiement, a droit aux intérêts au taux légal à compter de cette date, majoré de huit points sur les sommes de 26 767, 70 euros et de 38 400, 40 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Le Barcarès une somme de 2 000 à verser à la SA Ineo Réseaux Sud sur le fondement de ces dispositions.




O R D O N N E


Article 1er : La commune de Le Barcarès est condamnée à verser à la SA Ineo Réseaux Sud les sommes de 26 767, 70 euros et de 38 400, 40 euros, ainsi qu’une somme de 40 euros correspondant à l’indemnité forfaitaire pour les frais de recouvrement. Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 17 février 2026.





Article 2 : La commune de Le Barcarès versera une somme de 2 000 euros à la SA Ineo Réseaux Sud sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société anonyme Ineo Réseaux Sud et à la commune de Le Barcarès.

Fait à Montpellier, le 3 août 2026.

Le juge des référés,




F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 août 2026.

La greffière,


S. Lefaucheur