Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2604413
mardi 1 septembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2604413 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 mai, 22 juillet et 13 août 2026, Mme A... D..., M. B... D... et Mme C... D..., représentés par Me Badji-Ouali, avocate, demandent au juge des référés, en leur qualité d’ayants droit de Paco D..., décédé :
1°) de prescrire une mesure d’expertise aux fins d’apprécier la qualité de la prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault) de Paco D..., suivi pour un trouble psychiatrique de type bipolaire, hospitalisé à compter du 2 septembre 2022 pour décompensation psychiatrique avec placement en chambre d’isolement, et décédé le 17 novembre 2022 dans un contexte de détresse respiratoire terminale ;
2°) de fixer le montant de la consignation à verser par eux au régisseur du tribunal administratif ;
3°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les experts désignés par la commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux Languedoc-Roussillon ont conclu, aux termes de deux rapports établis les 26 novembre 2024 et 20 janvier 2026, à une absence de manquement aux règles de l’art dans la prise en charge de Paco D... ;
- leurs conclusions sont discutables dès lors qu’elles ne résultent que d’expertises amiables, que les experts relèvent des points discutables, qu’ils reconnaissent que le traitement administré a constitué un facteur favorisant et que les conclusions des deux rapports sont elles-mêmes contradictoires quant à l’incidence de l’état de santé antérieur dans la survenue du décès.
Par un mémoire et des pièces, enregistrés les 2 et 23 juin 2026, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par la société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) d’avocats Vinckel, Armandet, Le Targat, Barat Baier, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’expertise sollicitée est dépourvue d’utilité eu égard aux conclusions univoques des deux rapports d’expertise qui ne relèvent aucun manquement aux règles de l’art.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, comme juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’expertise :
1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. (…) ».
2. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande d’expertise dans le cadre d’une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d’un acte médical, d’apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, notamment du rapport de l’expertise prescrite par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales s’il existe, et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée, le requérant pouvant notamment faire valoir que cette expertise ne présente pas des garanties suffisantes d’objectivité.
3. Il résulte de l’instruction que la mesure d’expertise sollicitée par Mme D... et autres n’aurait pas un objet différent des deux mesures déjà ordonnées par la commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) Languedoc-Roussillon dont les rapports ont été déposés les 2 décembre 2024 et 22 janvier 2026 par les experts désignés. Si les requérants se prévalent de ce que les experts désignés ont rendu des conclusions contradictoires s’agissant de l’incidence de l’état antérieur de la victime et de ce que le second rapport relève des points discutables, ces circonstances ne suffisent pas à établir que les expertises déjà réalisées, bien qu’amiables, ne présenteraient pas des garanties suffisantes d’objectivité, alors que les deux rapports concluent de façon explicite à des soins prodigués conformément aux données acquises de la science et à une absence de manquement aux règles de l’art, tant lors de la prise en charge psychiatrique de Paco D..., que dans sa prise en charge chirurgicale et réanimatrice. Mme D... et autres ne produisent par ailleurs aucun élément, notamment de nature médicale, susceptible d’établir que ces expertises ne comporteraient pas tous les éléments nécessaires pour permettre au juge du fond éventuellement saisi d’apprécier le bien-fondé de leur demande. Il suit de là que la mesure d’expertise demandée ne peut être regardée comme présentant un caractère utile au sens des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative citées au point 1. Dès lors, les conclusions à fin d’expertise présentées par Mme D... et autres ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
4. Les dispositions de l’article L. 761-1 font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier universitaire de Montpellier.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D... et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Montpellier tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... D..., à M. B... D..., à Mme C... D..., au centre hospitalier universitaire de Montpellier et à la caisse primaire d’assurance maladie de l’Hérault.
Fait à Montpellier, le 1er septembre 2026.
Le juge des référés,
F. Thévenet
La République mande et ordonne à la préfète de l’Hérault en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er septembre 2026,
L’attaché,
Médéric Arias
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 mai, 22 juillet et 13 août 2026, Mme A... D..., M. B... D... et Mme C... D..., représentés par Me Badji-Ouali, avocate, demandent au juge des référés, en leur qualité d’ayants droit de Paco D..., décédé :
1°) de prescrire une mesure d’expertise aux fins d’apprécier la qualité de la prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault) de Paco D..., suivi pour un trouble psychiatrique de type bipolaire, hospitalisé à compter du 2 septembre 2022 pour décompensation psychiatrique avec placement en chambre d’isolement, et décédé le 17 novembre 2022 dans un contexte de détresse respiratoire terminale ;
2°) de fixer le montant de la consignation à verser par eux au régisseur du tribunal administratif ;
3°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les experts désignés par la commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux Languedoc-Roussillon ont conclu, aux termes de deux rapports établis les 26 novembre 2024 et 20 janvier 2026, à une absence de manquement aux règles de l’art dans la prise en charge de Paco D... ;
- leurs conclusions sont discutables dès lors qu’elles ne résultent que d’expertises amiables, que les experts relèvent des points discutables, qu’ils reconnaissent que le traitement administré a constitué un facteur favorisant et que les conclusions des deux rapports sont elles-mêmes contradictoires quant à l’incidence de l’état de santé antérieur dans la survenue du décès.
Par un mémoire et des pièces, enregistrés les 2 et 23 juin 2026, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par la société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) d’avocats Vinckel, Armandet, Le Targat, Barat Baier, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’expertise sollicitée est dépourvue d’utilité eu égard aux conclusions univoques des deux rapports d’expertise qui ne relèvent aucun manquement aux règles de l’art.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, comme juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’expertise :
1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. (…) ».
2. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande d’expertise dans le cadre d’une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d’un acte médical, d’apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, notamment du rapport de l’expertise prescrite par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales s’il existe, et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée, le requérant pouvant notamment faire valoir que cette expertise ne présente pas des garanties suffisantes d’objectivité.
3. Il résulte de l’instruction que la mesure d’expertise sollicitée par Mme D... et autres n’aurait pas un objet différent des deux mesures déjà ordonnées par la commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) Languedoc-Roussillon dont les rapports ont été déposés les 2 décembre 2024 et 22 janvier 2026 par les experts désignés. Si les requérants se prévalent de ce que les experts désignés ont rendu des conclusions contradictoires s’agissant de l’incidence de l’état antérieur de la victime et de ce que le second rapport relève des points discutables, ces circonstances ne suffisent pas à établir que les expertises déjà réalisées, bien qu’amiables, ne présenteraient pas des garanties suffisantes d’objectivité, alors que les deux rapports concluent de façon explicite à des soins prodigués conformément aux données acquises de la science et à une absence de manquement aux règles de l’art, tant lors de la prise en charge psychiatrique de Paco D..., que dans sa prise en charge chirurgicale et réanimatrice. Mme D... et autres ne produisent par ailleurs aucun élément, notamment de nature médicale, susceptible d’établir que ces expertises ne comporteraient pas tous les éléments nécessaires pour permettre au juge du fond éventuellement saisi d’apprécier le bien-fondé de leur demande. Il suit de là que la mesure d’expertise demandée ne peut être regardée comme présentant un caractère utile au sens des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative citées au point 1. Dès lors, les conclusions à fin d’expertise présentées par Mme D... et autres ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
4. Les dispositions de l’article L. 761-1 font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier universitaire de Montpellier.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D... et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Montpellier tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... D..., à M. B... D..., à Mme C... D..., au centre hospitalier universitaire de Montpellier et à la caisse primaire d’assurance maladie de l’Hérault.
Fait à Montpellier, le 1er septembre 2026.
Le juge des référés,
F. Thévenet
La République mande et ordonne à la préfète de l’Hérault en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er septembre 2026,
L’attaché,
Médéric Arias
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