Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2026, M. B... A... demande au juge des référés, saisi en application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à la préfète de l’Hérault de désigner un lieu d’hébergement d’urgence susceptible de l’accueillir dans un délai de 24 heures suivant notification, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de garantir la continuité de sa prise en charge jusqu’à ce qu’une solution stable lui soit proposé à Montpellier et adapté à son handicap.
Il soutient que :
- la situation d’urgence est remplie ; il est sans abri et handicapé ;
- toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a droit à un hébergement d’urgence ;
- le droit à l’hébergement d’urgence constitue une liberté fondamentale en application des dispositions de l’article L.345-2-2 du code de l’action sociale et des familles ; le défaut de prise en charge constitue une carence grave et manifestement illégale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». L’article L. 522-3 du même code énonce : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée (…). ».
2. Aux termes de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles : « Dans chaque département est mis en place, sous l’autorité du représentant de l’Etat, un dispositif de veille sociale chargé d’accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu’appelle leur état. (…) ». L’article L. 345-2-2 du même code énonce que : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence. (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 345-2-3 du même code : « Toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ».
3. Il appartient aux autorités de l’État de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d’apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. Il résulte de l’instruction qu’en exécution de l’ordonnance n° 2602842 rendue le 10 avril 2026 par le juge des référés du tribunal, un lieu d’hébergement d’urgence à Béziers a été proposé à M. A..., qui l’a refusé en raison de son suivi médical au centre hospitalier universitaire de Montpellier, commune où toutefois aucune place d’hébergement d’urgence n’était alors disponible, puis qu’en exécution de l’ordonnance n° 2602995 rendue le 15 avril 2026 par le juge des référés, un hébergement d’urgence a été proposé le 20 avril 2026 à M. A... à l’hôtel Saint-Eloi à Montpellier. Il est constant ainsi que cela a été jugé dans l’ordonnance n°2605046 du tribunal administratif de céans que l’intéressé a quitté volontairement cet hébergement afin de se rendre au Maroc, auprès de sa famille, du 21 mai au 3 juin 2026. Si M. A... justifie avoir tenté de joindre à nouveau le 115 depuis le 16 juin, les certificats médicaux qu’il produit se bornent à indiquer que l’état de santé de M. A... nécessite la mise en place d’un hébergement le plus rapidement possible. Par suite, en l’état de l’instruction, eu égard aux solutions qui lui ont été proposées à plusieurs reprises et au comportement de M.A..., l’existence d’une carence caractérisée des autorités de l’Etat dans la mise en œuvre du droit à l’hébergement d’urgence n’est pas établie, de sorte que l’intéressé n’est pas fondé à soutenir qu’il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans instruction ni audience, sur le fondement des dispositions de l’article L.522-3 du code de justice administrative.
Sur l’amende pour recours abusif :
6. Aux termes de l’article R. 741-12 du code de justice administrative : « Le juge peut infliger à l’auteur d’une requête qu’il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros. ». Si le droit à un recours effectif est une garantie fondamentale de l’Etat de droit, il ne saurait toutefois conduire à solliciter inutilement le service public de la justice, dont le fonctionnement représente un coût pour la collectivité.
7. M. A... a introduit antérieurement à la présente requête, et depuis le 20 mars 2026, huit requêtes en référé au titre de l’article L.521-2 du code de justice administrative, dont six ont été rejetées selon la procédure prévue à l’article L.522-3 de ce code, et notamment les trois dernières, n°2603257 du 22 avril 2026, n°2603696 du 5 mai 2026 et n° 2605046 du 19 juin 2026. Cette neuvième requête, qui est rédigée dans des termes quasi-identiques aux précédentes et concerne la même affaire présente, compte tenu notamment des motifs exposés au point 4, un caractère abusif. Il y a lieu, en conséquence, de faire application des dispositions précitées de l’article R. 741-12 du code de justice administrative et de condamner M. A... à une amende de 1 000 €.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : M. A... est condamné à payer une amende de 1 000 (mille) euros.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au directeur départemental des finances publiques de l’Hérault.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l’intérieur et à la préfète de l’Hérault.
Fait à Montpellier, le 1er juillet 2026.
La juge des référés,
F. Corneloup
La République mande et ordonne au ministre de l’Intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er juillet 2026
Le greffier,
D. Martinier