Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juin 2026 à 14:50, M. A... B... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du ministre de l’intérieur du 26 juin 2026, notifié le même jour à 19:00, portant renouvellement, à compter du 7 juillet 2026, pour une durée de trois mois, d’une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance.
Il soutient que :
sa requête est recevable ;
la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d’individualisation de la mesure en se bornant à reprendre les éléments déjà cités dans l’arrêté initial sans tenir compte de son respect de ses obligations, de la poursuite de sa scolarité, des aménagements accordés, de sa vie familiale ou de sa démarche d’insertion professionnelle ;
la décision ne démontre pas l’actualité de la menace qu’il représenterait avec des faits anciens datant de 2024 ou 2025 sur son activité sur les réseaux sociaux, et aucune indication sur une poursuite du comportement reproché alors qu’il s’est conformé à la mesure et poursuit sa scolarité et sa vie familiale et recherche désormais un travail ;
la mesure est disproportionnée en portant une atteinte à sa liberté d’aller et de venir, à sa vie privée et familiales et à la poursuite de ses études et sa recherche d’emploi, nonobstant les aménagements consentis alors que l’administration invoque un contexte général de menace terroriste sans caractériser la propre menace qu’il représenterait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
la menace terroriste reste à un niveau très élevé en France avec trois projets d’attentats déjoués en février et mars 2026 et une attaque d’un gendarme le 14 février 2026 ; les nouveaux profils de terroristes potentiels concernent désormais des jeunes, actifs sur les réseaux sociaux, sans condamnations pénales ; la menace terroriste s’accroit en raison du conflit israélo-palestinien et américano-iranien avec un regain d’activité d’Al Qaida et de l’Etat Islamique ;
les moyens soulevés par le requérant sont infondés : 1) la décision est bien motivée en droit et en faits conformément à l’article L. 228-6 du code de la sécurité intérieure ; 2) les faits reprochés sont établis par une note des services de renseignement et ne sont pas contestés par l’intéressé ; 3) la gravité et la répétition des faits attestent de la menace grave que l’intéressé représente pour la sécurité publique et justifie la mesure renouvelée pour trois mois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gayrard, président, pour statuer sur la requête relevant de la procédure prévue au septième alinéa de l’article L. 228-2.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue le 1er juillet 2026 à 11 heures en présence de M. Martinier, greffier d’audience.
Le rapport de M. Gayrard,
Les observations de M. B... et du représentant du ministre de l’intérieur.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 2 avril 2026, le ministre de l’intérieur a prononcé à l’encontre de M. A... B..., de nationalité française, né le 1er janvier 2007 à Montpellier, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance régie par les articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, pour une durée de trois mois, lui interdisant de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Montpellier (étendu ensuite à la commune de Montferrier-sur-Lez) et de se présenter une fois par jour à 18 heures (puis à 19 heures) au commissariat de police de Montpelier, y compris les dimanches et les jours fériés ou chômés, et enfin de déclarer tout changement ultérieur d’habitation. Par un arrêté du 26 juin 2026, notifié le même jour à 19:00, et prenant effet le 7 juillet 2025, le ministre de l’intérieur a renouvelé, pour trois mois, la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance initiale. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur le cadre juridique :
Aux termes de l’article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : « Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui, soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ».
Aux termes de l’article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure : « Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de :/ 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune (...) /2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ;/ 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. (…) /Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois (…) /Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal (…) ».
Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prévues aux articles suivants, dont celles de l’article L. 228-2, doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d’actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics résultant du comportement de l’intéressé, la seconde au soutien, à la diffusion ou à l’adhésion à des thèses incitant à la commission d’actes de terrorisme ou faisant l’apologie de tels actes.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En premier lieu, l’arrêté querellé indique les textes applicables, et notamment des articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité sociale, et l’ensemble des faits reprochés au requérant qui seront rappelés au point 8 du présent jugement, qui en constituent le fondement. Le ministre de l’intérieur n’était nullement tenu de prendre en compte le respect de ses obligations, la poursuite de sa scolarité, les aménagements accordés, sa vie familiale ou encore sa démarche d’insertion professionnelle pour apprécier la menace qu’il représenterait pour la sécurité publique. Il s’ensuit que le moyen tiré d’une insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d’un défaut d’examen personnel de sa situation ne peut qu’être écarté
En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le ministre de l’intérieur n’expose aucun élément nouveau ou complémentaire dès lors que l’arrêté contesté constitue un premier renouvellement et non une mesure de renouvellement portant la durée cumulée des obligations au-delà de six mois nécessitant l’existence de tels éléments nouveaux ou complémentaires en application de l’article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure.
En troisième lieu, pour soutenir qu’il n’y a pas, à la date de l’arrêté attaqué, de raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics, M. B... fait valoir que les faits reprochés sont anciens et que son comportement ne traduit plus de menace grave. Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que M. B... était l’utilisateur d’un compte d’un réseau social, dont l’image de profil reprenait une photo de deux auteurs de l’attentat perpétré le 7 janvier 2015 contre le journal Charlie Hebdo avec le slogan « le califat réapparaitra », ayant fait l’objet d’un signalement PHAROS en raison de ses propos extrémistes et des publications relatives aux attentats du 11 septembre 2001 le 3 octobre 2024, de propos pro-jihadiste le 2 novembre 2024, d’une publication d’une vidéo comprenant une propagande de l’organisation terroriste Daech le 10 novembre 2024, d’une photo d’un djihadiste d’origine suédoise le 13 novembre 2024, d’une vidéo sur des femmes d’un camp de Syrie appelant au djihad le 19 novembre 2024, d’une vidéo représentant deux combattants de Daech le 27 novembre 2024, d’une vidéo semblable le 4 décembre 2024, d’une vidéo représentant quatre prisonniers avant leur exécution le 8 décembre 2024, d’une carte d’Israël aux couleurs de l’organisation Daech et enfin de commentaires sur l’attenta du Bataclan le 13 février 2025. Il ressort des termes de l’arrêté contesté que M. B... consultait également des sites pronazis, regardait des vidéos sur des morts violentes dont des exécutions de prisonniers de Daech, relayait la propagande de cette organisation terroriste, interrogeait ChatGPT sur l’organisation terroriste Daech ou participait à des conversations dans lesquelles il s’est notamment réjoui d’un attentat survenu en Allemagne le 20 décembre 2024. Ces faits ne sont pas sérieusement contestés par le requérant. Eu égard à leur nature et à leur gravité, et alors que la menace terroriste sur le territoire national se maintient à un niveau très élevé, le ministre de l’intérieur a pu légalement considérer qu’il y avait toujours, à la date de l’arrêté attaqué, des raisons sérieuses de penser que le comportement de M. B... constituait une menace d’une particulière gravité pour la sécurité publique.
En dernier lieu, si M. B... entend se prévaloir d’une atteinte disproportionnée à sa liberté d’aller et venir, en soutenant que les faits reprochés sont anciens et que la preuve de sa dangerosité ne serait pas rapportée, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu’exposé aux points précédents, que la mesure de police administrative édictée est justifiée dès lors qu’il existe des raisons sérieuses de penser que le comportement de M. B... risque de porter gravement atteinte à l’ordre et à la sécurité publics. Si celui-ci fait valoir qu’il s’est conformé à la mesure initiale, poursuit sa scolarité et sa vie familiale et recherche désormais un travail, ces seules circonstances, ne sont pas de nature à faire regarder la mesure attaquée, limitée à trois mois et dont la prolongation nécessite la démonstration d’éléments nouveaux ou complémentaires, comme disproportionnée eu égard à l’objectif poursuivi et à la situation de l’intéressé.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d’annulation doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Fait à Montpellier, le 1er juillet 2026.
Le magistrat désigné
JP. Gayrard
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er juillet 2026
Le greffier,
D. Martinier