vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003132 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 juin 2020, le 9 juin 2021 et le 25 octobre 2021, M. A B, représenté par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes ;
2°) subsidiairement de prononcer la décharge des majorations qui lui ont été infligées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- dès lors que la SCI Melody, dont il est le gérant, n'est pas assujettie à l'impôt sur les sociétés, elle n'est pas susceptible de lui avoir distribué des revenus dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ;
- la SCI ne pouvait être soumise à l'impôt sur les sociétés en 2014 dès lors que, conformément à la doctrine administrative, son chiffre d'affaires était en-dessous du seuil de 10 % du montant moyen des recettes totales hors taxes ;
- la somme de 64 000 euros inscrite au crédit de son compte courant d'associé a été imposée en 2013, de sorte qu'elle ne peut l'être à nouveau au titre de l'exercice 2015 ;
- il n'a pas tenté d'échapper à l'impôt dès lors que la somme de 64 000 euros a déjà été imposée en 2013.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2020 et 14 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 16 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme d'Elbreil, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est le gérant de la société civile immobilière (SCI) Melody, qui exerce une activité de location de biens immobiliers. A la suite d'une vérification de comptabilité de cette société, l'administration a constaté que le compte d'associé de son gérant était crédité en 2014 et 2015 de sommes pour lesquelles la SCI n'a fourni aucune explication ni justification. Elle a alors estimé que ces sommes constituaient des revenus distribués ayant bénéficié à son gérant qu'elle a imposés entre ses mains au titre des années 2014 et 2015. Elle a ainsi notifié à M. B des suppléments d'impôts sur le revenu et de contributions sociales, assortis des intérêts de retard et des pénalités correspondantes. M. B demande la décharge de ces impositions supplémentaires.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. D'une part, aux termes de l'article 108 du code général des impôts : " Les dispositions des articles 109 à 117 fixent les règles suivant lesquelles sont déterminés les revenus distribués par : / 1° Les personnes morales passibles de l'impôt prévu au chapitre II du présent titre ; / 2° Les personnes morales et sociétés en participation qui se sont volontairement placées sous le même régime fiscal en exerçant l'option prévue au 3 de l'article 206. / Elles s'appliquent, même en l'absence de l'option visée ci-dessus, aux revenus distribués aux commanditaires dans les sociétés en commandite simple, et aux associés autres que ceux indéfiniment responsables dans les sociétés en participation. / Les revenus distribués par les personnes morales exonérées de l'impôt prévu au chapitre II susvisé sont également déterminés conformément aux mêmes règles ". Et aux termes de l'article 109 de ce code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ".
3.D'autre part, si les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, par application des dispositions des articles 108 et 109 du code général des impôts, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la même présomption ne joue pas lorsque le compte courant d'associé est ouvert dans une société civile immobilière relevant de l'article 8 du même code. Dans ce cas, les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont, lorsqu'elles résultent de prélèvements sur les résultats sociaux, le caractère de revenus imposables dans la même catégorie que celle dont relèvent ces résultats.
4. En premier lieu, aux termes du 2 de l'article 206 du code général des impôts : " Les sociétés civiles sont passibles de l'impôt sur les sociétés si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35. / () ". Aux termes de l'article 35 du même code : " I. Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / () / 5° Personnes qui donnent en location directe ou indirecte des locaux d'habitation meublés () ".
5. M. B ne conteste pas que la SCI Melody a mis en location durant la période contrôlée cinq biens, dont un appartement situé à Annecy et loué en meublé. Dès lors, la SCI Melody était imposable à l'impôt sur les sociétés en application des dispositions précitées du code général des impôts. La circonstance que l'administration fiscale ait abandonné de précédents rehaussements à l'impôt sur les sociétés, au motif que la SCI avait irrégulièrement opté pour son assujettissement à cet impôt en ce qui concerne la location de locaux non meublés, est sans incidence sur son imposition à l'impôt sur les sociétés. Il suit de là que l'administration a pu considérer à bon droit que les sommes litigieuses constituaient des revenus distribués imposables entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Et selon les paragraphes 320 et 330 de l'instruction BOI-IS-CHAMP-10-30 dans sa version en vigueur entre le 12 septembre 2012 au 4 juillet 2018 : " Plusieurs catégories de sociétés civiles sont placées en dehors du champ d'application de l'impôt sur les sociétés ou y échappent même si, eu égard à leur forme ou à la nature de leur activité, elles se trouvent remplir les conditions qui permettraient normalement de les assujettir à cet impôt. C'est ainsi qu'afin d'éviter les conséquences excessives résultant, dans certaines situations, de la taxation des sociétés civiles à l'impôt sur les sociétés prévue au premier alinéa du 2 de l'article 206 du CGI, il a été décidé de ne pas soumettre ces sociétés à l'impôt sur les sociétés tant que le montant hors taxes de leurs recettes de nature commerciale n'excède pas 10 % du montant de leurs recettes totales hors taxes. / D'autre part et pour limiter les conséquences du franchissement occasionnel de ce seuil de 10 %, il est admis que la société civile ne soit pas effectivement soumise à l'impôt sur les sociétés au titre de l'année de dépassement si la moyenne des recettes hors taxes, de nature commerciale, réalisées au cours de l'année en cause et des trois années antérieures n'excède pas 10 % du montant moyen des recettes totales hors taxes réalisées au cours de la même période. Bien entendu, s'agissant des sociétés créées depuis moins de quatre ans, cette moyenne sera appréciée sur la période courue depuis la date de leur création ".
7. M. B soutient que la SCI Melody ne pouvait pas être soumise à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2014 dès lors qu'en application de la doctrine précitée son chiffre d'affaires de nature commerciale était pour cet exercice en dessous du seuil de 10 % du montant moyen des recettes totales hors taxes réalisées entre 2011 et 2014. S'il est constant que pour l'exercice clos en 2014, la SCI Melody a réalisé un chiffre d'affaires hors taxes de 5 769 euros pour la location d'un local meublé, il résulte toutefois de l'instruction que le total de ses recettes hors taxes s'élevant à 31 088 euros, son chiffre d'affaires issu de l'activité commerciale était supérieur au seuil de 10 % précité. Par ailleurs, si le requérant soutient que la moyenne des recettes hors taxes de nature commerciale doit être calculée sur la période comprise entre 2011 et 2014, il résulte de l'instruction que l'activité commerciale de location d'un meublé n'a débuté qu'en 2014, de telle sorte que les exercices précédents ne peuvent être pris en compte pour la détermination de la moyenne des recettes hors taxes. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la SCI Melody remplit les critères d'application de la doctrine précitée.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; () ".
9. M. B soutient que l'administration fiscale, ayant considéré lors d'un précédent contrôle qu'une somme de 64 000 euros avait été mise à sa disposition au titre de l'exercice clos en 2013, ne pouvait imposer à nouveau cette somme au titre de l'exercice clos en 2015. Il résulte de l'instruction que lors des vérifications de comptabilité dont a fait l'objet la SCI Melody au titre des exercices 2011, 2012 et 2013, l'administration avait admis que l'option à l'impôt sur les sociétés exercée alors par la SCI n'était pas régulière, de sorte qu'aucun revenu distribué n'a été imposé en 2013. Aussi, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration n'a pas pris en 2013 une position qui lui serait opposable. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la somme de 64 049 euros a été comptabilisée au crédit du compte courant d'associé de M. B en 2015 et que, lors de la vérification de la comptabilité de la SCI, celle-ci n'a pas justifié l'origine de cette inscription. Enfin, le requérant n'apporte dans ses écritures aucun élément permettant d'établir qu'il n'aurait pas disposé des sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé au titre des années 2014 et 2015.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge des impositions supplémentaires doivent être rejetées.
Sur les pénalités :
11. L'article 1729 du code général des impôts dispose que : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
12. Pour appliquer la majoration de 40 % pour manquement délibéré, l'administration a relevé que les sommes litigieuses, qui représentent 20 % des revenus perçus par M. B en 2014 et le double de ses revenus au titre de l'année 2015, étaient inscrites à son compte courant d'associé et que, par cette comptabilisation, il ne pouvait ignorer qu'elles étaient mises à sa disposition. Elle a également relevé que lors d'un précédent contrôle dont la SCI avait fait l'objet, M. B avait été informé des modalités de traitement des sommes comptabilisées dans son compte courant d'associé et que les dégrèvements qui avaient été alors accordés ne remettaient pas en cause la nature des sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé. En outre, le requérant ne conteste pas s'être abstenu de mentionner les sommes litigeuses dans ses déclarations d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015. Par suite, c'est à bon droit que l'administration, qui doit être regardée comme rapportant la preuve qui lui incombe du manquement délibéré, a fait application des dispositions précitées.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en décharge des pénalités pour manquement délibéré doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au requérant une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026