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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003771

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003771

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE GULLUDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 juillet 2020, le 21 décembre 2021, le 14 février 2022 et le 2 mai 2022, M. A C, représenté par Me Le Gulludec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, à titre principal, la délibération du 13 janvier 2020 par laquelle la commune de Peisey-Nancroix a approuvé la révision du plan local d'urbanisme, à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en ce qu'elle classe la parcelle cadastrée ZC n°352 en secteur Aas, ensemble la décision de rejet du recours gracieux formé le 10 mars 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Peisey-Nancroix une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure de révision du plan local d'urbanisme méconnaît les dispositions des articles L. 300-2 et L. 123-6 du code de l'urbanisme en ce que la délibération du 7 décembre 2015 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme, d'une part, n'a pas suffisamment précisé les objectifs fixés par la concertation, d'autre part, n'a pas fixé les modalités de la concertation, enfin, n'a pas été affichée ;

- le classement en zone Aas de la parcelle cadastrée ZC n°352 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est incohérent avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables ;

- le classement de la parcelle cadastrée ZC n°153 est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 décembre 2021 et le 19 janvier 2022, la commune de Peisey-Nancroix, représentée par Me Duraz, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer aux fins de régularisation du plan local d'urbanisme, et, en outre, à ce que M. C lui verse une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que le requérant ne produit pas la délibération attaquée ;

- la requête est irrecevable en ce que le requérant ne démontre pas être propriétaire de la parcelle ZC352, ni son intérêt à agir ;

- les moyens tirés de ce que la délibération du 7 décembre 2015 n'a pas suffisamment précisé les objectifs fixés par la concertation et n'a pas été affichée sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Naillon,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Le Gulludec, représentant M. C, et de Me Duraz, représentant la commune de Peisey-Nancroix.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est propriétaire de la parcelle cadastrée ZC n°352 située secteur Les Arches - Plan Peisey, dans la commune de Peisey-Nancroix. Par délibération du 13 janvier 2020, le conseil municipal a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune et a notamment classé cette parcelle en zone Aas. Le requérant conteste cette délibération ainsi que la décision de rejet du recours gracieux reçu en mairie le 11 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " I. ' Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° L'élaboration ou la révision du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme ; [] / II. ' Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : 1° Le préfet lorsque la révision du document d'urbanisme ou l'opération sont à l'initiative de l'Etat ; 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. / Toutefois, lorsque la concertation est rendue nécessaire en application du 2° ou du 3° du I ou lorsqu'elle est organisée alors qu'elle n'est pas obligatoire, les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation peuvent être précisés par le président de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public compétent. [] ". Aux termes de l'article L. 123-6 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " [] La délibération qui prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis ainsi que les modalités de concertation, conformément à l'article L. 300-2, est notifiée au préfet, au président du conseil régional, au président du conseil départemental et, le cas échéant, au président de l'établissement public prévu à l'article L. 122-4, ainsi qu'au président de l'autorité compétente en matière d'organisation des transports urbains et, si ce n'est pas la même personne, à celui de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de programme local de l'habitat dont la commune est membre, au syndicat d'agglomération nouvelle et aux représentants des organismes mentionnés à l'article L. 121-4. Lorsque la commune est limitrophe d'un schéma de cohérence territoriale sans être couverte par un autre schéma, la délibération est également notifiée à l'établissement public chargé de ce schéma en application de l'article L. 122-4 [] ".

3. La délibération prescrivant l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme qui porte, d'une part, sur les objectifs, au moins dans leurs grandes lignes, poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme et, d'autre part, sur les modalités de la concertation avec les habitants et les associations locales, est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir. Le moyen tiré de l'illégalité de cette délibération ne peut, eu égard à l'objet et à la portée de celle-ci, être utilement invoqué contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Ainsi que le prévoit l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par cette délibération demeurent invocables à l'occasion d'un recours contre la décision du plan local d'urbanisme approuvé.

4. D'une part, il ressort de ce qui précède que, eu égard à l'objet et à la portée de la délibération du 7 décembre 2015 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme, le moyen tiré de ce que les objectifs de la concertation n'étaient pas suffisamment fixés, ne peut être utilement invoqué à l'appui d'un recours contre la délibération du 13 janvier 2020 approuvant la délibération du plan local d'urbanisme.

5. D'autre part, il ressort de la délibération du 7 décembre 2015, produite par le défendeur, que les modalités de la concertation ont été définies par cette dernière. Par suite, le moyen en ce sens devra être écarté.

6. Enfin, eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que, faute qu'il soit établi que les formalités de publicité requises aient été dûment accomplies, la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme n'aurait pas été exécutoire, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération qui a approuvé le plan.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste, fondée sur des faits matériellement inexacts ou entaché d'un détournement de pouvoir.

9. Le plan local d'urbanisme de la commune de Peisey-Nancroix a défini le sous-secteur " Aas " comme les zones correspondant aux espaces d'alpages à fort intérêt agricole et patrimonial, qui, par ailleurs, appartiennent au domaine skiable.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle ZC n°352, vierge de toute construction, se rattache à l'est et à l'ouest à un ensemble plus vaste classé également en Aas. Au nord, elle jouxte le " chemin du Remembrement ", traversant cette vaste zone Aas. Sa parcelle, que le requérant décrivait déjà en 2002 comme ayant " toujours fait l'objet d'une exploitation agricole de qualité ", est identifiée par le plan local d'urbanisme comme espace d'alpage à fort intérêt agricole et patrimonial. Desservie par la piste " intersports " de retour au " télésiège du Parchey ", elle est incluse dans le domaine skiable et intègre un chemin de pente moyenne qui s'ajoute à la piste dont le requérant a accepté le passage dans les années 2010. Alors que les parcelles situées au sud supportent des maisons d'habitation et font partie d'un lotissement, auquel la parcelle du requérant n'est pas intégrée, et que la parcelle ZC n°62 se situe dans le prolongement de la zone urbaine et n'est pas traversée par la " pente Parchey ", le requérant ne peut se prévaloir du classement en zone urbaine de l'ensemble de ces parcelles qui bornent son terrain, dès lors qu'elles ne présentent pas les mêmes caractéristiques que la sienne, et que la commune a fait le choix d'opérer un classement en zone urbaine au plus près du bâti existant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. D'autre part, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

12. Le classement du terrain de M. C ne saurait révéler à lui seul une incohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, laquelle ne peut résulter que d'une analyse globale menée à l'échelle du territoire. En tout état de cause, s'il ne répond pas à tous les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, le classement en zone Aas répond au moins à l'objectif n°4 intitulé " pérenniser le dynamisme agricole ". Par suite, le moyen tiré de l'incohérence du classement de la parcelle en litige avec le projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.

13. En troisième lieu, le requérant soutient que la commune s'est livrée à un détournement de pouvoir au regard de l'accord délivré pour la construction d'une résidence assorti d'un produit financier de 84 000 euros sur la parcelle ZC n°153, retracé dans le compte-rendu du conseil municipal du 27 avril 2020. Toutefois, si le requérant n'établit pas qu'une telle construction ait eu lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un permis de construire ayant les mêmes caractéristiques a été délivré en 2012 pour la parcelle ZC n°62, classée en zone UT1 par le plan local d'urbanisme. Dès lors que la mention de la parcelle ZC n°153 dans le compte-rendu du conseil municipal est une erreur matérielle, au demeurant sans incidence sur le classement de la parcelle du requérant, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête M. C est rejetée.

Article 2 :M. C versera à la commune de Peisey-Nancroix une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Peisey-Nancroix.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

L. Naillon

Le président,

C. Sogno

La greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003771

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