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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2006613

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2006613

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2006613
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP TZA - TOULEMONT ZAPF AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 novembre 2020 et 15 mai 2023, la SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains, représentée par Me Zapf, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction à hauteur de 4 049 euros de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe spéciale d'équipement et de la taxe pour frais de chambres de commerce et d'industrie auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune d'Aix-les-Bains au titre de l'année 2019, à raison de l'établissement qu'elle exploite au 34 avenue du Golf sous l'enseigne " Campanile " ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la cotisation foncière des entreprises due au titre de l'année 2019 doit être calculée par application des différentes mesures de neutralisation des effets de la réforme des valeurs locatives des locaux professionnels, en prenant en compte une valeur locative 2016 de 11 781 euros ;

- il convient d'appliquer un abattement de 30 % sur la valeur locative de son bien compte tenu des différences qui existent entre son immeuble et le nouveau local-type proposé par l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 avril 2021 et 26 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de substituer au local-type initialement retenu le local n° 209 du procès-verbal n° 6670C de la commune d'Aix-les-Bains ;

- cette substitution n'ouvre pas droit à dégrèvement dès lors que la valeur locative en résultant est supérieure à celle qui est imposée ;

- l'application d'un abattement de 30 % n'est pas fondée ;

- à titre subsidiaire, un tel abattement devrait être compensé par l'ajustement à la hausse qu'impliquent les différences de superficie entre les deux immeubles.

Par une ordonnance du 30 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,

- et les conclusions de M. Sportelli, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains exploite un hôtel sous l'enseigne " Campanile ", situé 34 avenue du Golf à Aix-les-Bains en Savoie. Elle a été assujettie, à raison de cet immeuble, à la cotisation foncière des entreprises, à la taxe spéciale d'équipement et à la taxe pour frais de chambres de commerce et d'industrie au titre de l'année 2019, pour un montant total de 7 584 euros. Par une réclamation datée du 2 décembre 2019, elle a sollicité une réduction de ces impositions au motif que le local de référence retenu par le service ne présentait pas les mêmes caractéristiques que son établissement et que la base d'imposition qui aurait dû être retenue au titre de la cotisation foncière des entreprises en 2017 est de 9 628 euros. L'administration fiscale a rejeté sa réclamation le 4 septembre 2020. La SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains demande au tribunal de prononcer la décharge partielle de ces impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge partielle :

2. En premier lieu, le moyen tiré de ce que la cotisation foncière des entreprises due au titre de l'année 2019 doit être calculée en prenant en compte " une valeur locative 2016 de 11 781 euros " ne peut qu'être écarté comme dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

3. En second lieu, il résulte de l'instruction que, pour déterminer le montant des impositions en litige, l'administration fiscale a appliqué les dispositions combinées des articles 1498, 1518 A quinquies et 1518 E du code général des impôts, dans leur rédaction issue de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017, qui prévoient un mécanisme de neutralisation, de planchonnement et de lissage des valeurs locatives résultant de l'application de la révision générale prévue par l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010. Il ressort de ces dispositions que la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017, déterminée par application des dispositions en vigueur le 31 décembre 2016, a une incidence sur le montant des cotisations dues au titre de l'année 2017 et des années postérieures. La société requérante peut dès lors utilement contester la valeur locative non révisée de son hôtel, telle qu'arrêtée au 1er janvier 2017, pour demander la décharge des taxes qui lui ont été assignées au titre de l'année 2019.

4. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : / () 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. () / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / () par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales () ". Aux termes de l'article 324 AA de l'annexe III au même code, alors en vigueur : " La valeur locative cadastrale des biens loués à des conditions anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un titre autre que celui de locataire, vacants ou concédés à titre gratuit est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante. Cette valeur est ensuite ajustée pour tenir compte des différences qui peuvent exister entre le type considéré et l'immeuble à évaluer, notamment du point de vue de la situation, de la nature de la construction, de son état d'entretien, de son aménagement, ainsi que de l'importance plus ou moins grande de ses dépendances bâties et non bâties si ces éléments n'ont pas été pris en considération lors de l'appréciation de la consistance ".

5. Il résulte de l'instruction que l'établissement hôtelier appartenant à la société requérante a été évalué, sur le fondement du 2° de l'article 1498 du code général des impôts, par comparaison avec le local-type n° 212 du procès-verbal n° 6670 C des opérations de révision de la commune d'Aix-les-Bains, à raison d'une valeur locative unitaire de 5,79 euros / m2. Dans son mémoire enregistré le 30 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère fait état d'irrégularités dans la procédure d'évaluation de ce local-type et propose en conséquence de substituer à ce terme de comparaison le local-type n° 209 du même procès-verbal, correspondant à un hôtel-restaurant de type trois étoiles comprenant 98 chambres de 20 m2. En dépit de la différence de superficie entre les deux immeubles, ce local-type est comparable à l'immeuble en litige, qui est aussi un hôtel-restaurant de type trois étoiles disposant également de chambres de 20 m2. Il constitue dès lors un terme de comparaison approprié, ce que la SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains ne conteste pas.

6. Ainsi qu'il vient d'être dit, l'hôtel de la SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains et le local-type sont classés dans la même catégorie hôtelière, proposent des prestations similaires et disposent notamment de chambres doubles classiques d'une superficie de 20 m2 avec des équipements identiques. Si l'architecture du local-type, situé en centre-ville et bénéficiant des commodités correspondantes, est plus cossue que celle de l'établissement en litige, ce dernier présente un bon état d'entretien contrairement au premier dont l'état d'entretien est qualifié de seulement " assez bon ". Par ailleurs, il n'est pas contesté, comme le fait valoir l'administration en défense, que le bien à évaluer dispose d'une salle de conférence, est implanté dans un environnement calme et verdoyant, aisément accessible en voiture et disposant d'un parking gratuit de 800 m2, alors que le parking proposé par l'hôtel retenu comme local de référence est payant. En outre, l'immeuble en litige n'est pas éloigné du centre-ville dont il est distant de cinq minutes en voiture et de quinze minutes en transport en commun. De même, les deux immeubles se trouvent à proximité des plages d'Aix-les-Bains à raison d'un trajet de six minutes en voiture. Enfin, l'hôtel de la société requérante est situé à proximité immédiate du golf et de l'hippodrome ainsi qu'à quelques minutes de la gare et bénéficie d'un accès aisé à l'autoroute A41. Dans ces conditions, au vu de l'ensemble de ces éléments et malgré la différence de superficie entre les deux immeubles, la SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains n'est pas fondée à soutenir qu'eu égard à la situation, la nature de construction, l'état d'entretien et l'aménagement de l'hôtel lui appartenant, sa valeur locative devrait être ajustée, sur le fondement de l'article 324 AA de l'annexe III, par application d'un abattement de 30 %, comme elle le demande, ni même d'un abattement d'une moindre valeur.

7. Enfin, comme il a été dit au point 5, la valeur locative de l'immeuble litigieux a été déterminée par application d'un tarif de 5,79 euros / m2. Or, la valeur locative unitaire du local-type n° 209 étant de 5,94 euros / m2, la société requérante n'est pas fondée à demander une réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, de taxe spéciale d'équipement et de taxe pour frais de chambres de commerce et d'industrie auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Hôtel Grill d'Aix-les-Bains et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

K. HUNAULT

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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