mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2007482 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | REBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 décembre 2020, le 3 mars 2022 et le 14 juin 2022, la société La Mobilière Suisse, représentée par Me Dreyfus, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Rives à lui verser la somme de 113 251,51 euros, avec intérêts au taux légal et capitalisation par années entières, en remboursement des sommes versées aux victimes en réparation des préjudices causés par le défaut de surveillance de M. D au sein de l'établissement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rives une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est subrogée dans les droits des victimes en application de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Rives est engagée en raison du défaut de surveillance, qui est à l'origine du décès de M. D ;
- le préjudice de l'épouse du défunt, Mme B D, doit être évalué ainsi :
* préjudice d'affection : 25 000 euros ;
* frais d'obsèques : 5 782,33 euros ;
* préjudice économique : 68 652,67 euros ;
- le préjudice de la fille du défunt, Mme E D, doit être évalué ainsi :
* préjudice d'affectation : 13 000 euros ;
- le centre hospitalier devra également rembourser à la requérante la somme de 816,51 euros réglée à la CPAM du Rhône.
Par des mémoires en défense enregistrés le 7 octobre 2021, le 23 avril 2022, le 25 avril 2022 et le 3 août 2022, le centre hospitalier de Rives, représenté par Me Rebaud, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les prétentions indemnitaires soient ramenées à de plus justes proportions, et, en outre, à ce que la société La mobilière suisse lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'il n'a commis aucun manquement de nature à engager sa responsabilité.
La requête a été communiquée à la CPAM du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Naillon,
- les conclusions de Mme C,
- et les observations de Me Louveau, représentant le centre hospitalier de Rives.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er septembre 2018, M. D, âgé de 78 ans, a été admis au centre hospitalier de Rives, dans le service de médecine générale spécialisé dans la prise en charge des personnes âgées. Après s'être enfui de l'hôpital vers 19 heures 30 le jour même, il a franchi les barrières de l'autoroute A48 et a été mortellement percuté par le véhicule conduit par M. A. La compagnie d'assurance MAAF, agissant pour le compte de la compagnie d'assurance La Mobilière Suisse, assureure du véhicule conduit par M. A, a procédé à l'indemnisation de l'épouse et de la fille de M. D, à hauteur de 113 251,51 euros. Par courrier du 12 octobre 2020, le centre hospitalier de Rives a rejeté la demande d'indemnisation préalable formée par la compagnie d'assurance La Mobilière Suisse le 15 mai 2020.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Rives :
2. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur [] ". Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute [] ". Aux termes de l'article L. 6111-1 du même code : " Les établissements de santé publics, privés d'intérêt collectif et privés assurent, dans les conditions prévues au présent code, en tenant compte de la singularité et des aspects psychologiques des personnes, le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades, des blessés et des femmes enceintes et mènent des actions de prévention et d'éducation à la santé [] ".
3. Bien que l'admission de M. D le 1er septembre 2018 au centre hospitalier de Rives ait été motivée par des troubles gastriques, il était désorienté et présentait des " troubles cognitifs [] préoccupants " selon le personnel médical. Ses proches, venus lui rendre visite, ont quitté l'établissement vers 18 heures 15. Le procès-verbal de renseignement judiciaire du 2 septembre 2018 indique qu'après leur départ, M. D a été rattrapé à deux reprises, et " avait clairement indiqué qu'il voulait retourner chez lui ". De plus, un risque de fugue, dont la direction de l'Hôpital reconnait avoir eu connaissance, était signalé dans le dossier médical de l'intéressé par le centre hospitalier de Voiron. Alors que sa présence était contrôlée dans sa chambre vers 19 heures, lors de la distribution du repas du soir, le personnel soignant se rendait compte de sa fuite vers 19 heures 30, et déclenchait le protocole de gestion des fugues. Si l'établissement avait pris des mesures permettant de le retrouver en cas de fugue, en particulier la pose d'un bracelet à son poignet mentionnant son identité ainsi que d'une étiquette dans son dos sur laquelle étaient inscrites les coordonnées de l'hôpital, ces mesures n'étaient pas suffisantes pour empêcher la fuite, l'intéressé ayant pu sortir par la porte principale qui était en accès libre, sans avoir a minima été vu. Il résulte de ce qui précède qu'en s'abstenant de mettre en œuvre une surveillance renforcée, compte tenu des velléités de sortie de l'établissement et de l'état de désorientation de M. D, dont il était dûment informé, le centre hospitalier de Rives a commis une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service public hospitalier de nature à engager sa responsabilité.
4. Par voie de conséquence, la société d'assurance La Mobilière Suisse, qui a indemnisé Mmes B et E D à hauteur de 113 251,51 euros, est subrogée, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de ces dernières à l'encontre du centre hospitalier de Rives, en application de l'article L. 121-12 du code des assurances.
Sur les demandes d'indemnisation :
En ce qui concerne les préjudices de Mme B D, épouse de la vicime :
5. En premier lieu, le préjudice d'affection de Mme B D découlant exclusivement de la faute commise par le centre hospitalier de Rives sera justement apprécié par l'allocation d'une indemnité de 25 000 euros.
6. En deuxième lieu, le préjudice économique subi par une personne du fait du décès de son conjoint est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à son entretien, compte tenu de ses propres revenus.
7. Il ressort de l'avis d'imposition 2018 produit à l'instance que les revenus annuels du foyer de M. et Mme D s'élevaient en moyenne à 29 381 euros. Il convient de déduire de ces revenus, dès lors que le foyer ne comportait pas d'enfant à charge, 35 % pour la part de consommation personnelle de M. D, soit une somme de 10 283,35 euros. Les revenus du foyer postérieurs au décès de M. D s'élèvent, compte tenu des revenus personnels de Mme D qui perçoit, en moyenne 1027,82 euros par mois au titre de la retraite, à 12 334 euros par an. Dès lors, la perte de revenus de sa veuve peut être évaluée à 6 763,81 euros par an.
8. Ainsi, au jour du jugement, la perte de revenus s'élève à 36 637 euros. Pour le futur, iIl convient de convertir cette somme en capital. Il y a lieu pour ce faire d'utiliser la table de capitalisation des rentes viagères fondée sur les tables de survie 2014-2016 et un taux d'intérêt de 0%. Compte tenu de l'âge qu'aurait eu M. D à ce jour (83 ans), et du coefficient de 6,705 afférent, le préjudice économique futur de Mme D peut être évalué à 45 351 euros. Il en résulte que son préjudice économique total s'élève à 81 988 euros.
9. En troisième lieu, il y a lieu d'indemniser les frais d'obsèques à hauteur de 5 782,33 euros, correspondant à la somme dont Mme D s'est acquittée après des pompes funèbres.
En ce qui concerne les préjudices de Mme E D, fille de la victime :
10. Le préjudice d'affection de Mme E D découlant exclusivement de la faute commise par le centre hospitalier de Rives sera justement apprécié par l'allocation d'une indemnité de 13 000 euros.
En ce qui concerne la créance réglée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône :
11. En demandant le remboursement de frais réglés à la CPAM sans attester de leur nature ni de leur imputabilité au défaut de surveillance, alors qu'elle a été invitée à préciser ces demandes dans le cadre de l'instruction, la requérante ne peut voir ses conclusions accueillies.
12. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Rives doit être condamné à verser à la requérante la somme de 113 251,51 euros, correspondant au montant de l'indemnité qu'elle demande et qui n'est pas inférieure aux préjudices subis par la mère et la fille de M. D qu'elle a indemnisés.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
13. Aux termes de l'article L. 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure [] ". Aux termes de l'article L. 1231-7 du même code : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement[] ". Aux termes de l'article L. 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".
14. La société La Mobilière Suisse a droit aux intérêts de la somme de 113 251,51 euros à compter de la date de réception de la demande préalable d'indemnisation datée du 15 mai 2020 par le centre hospitalier. Ces intérêts seront capitalisés à chaque échéance anniversaire de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 :Le centre hospitalier de Rives est condamné à verser à la société La Mobilière Suisse la somme de 113 251,51 euros, avec intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la demande préalable d'indemnisation par le centre hospitalier de Rives. Les intérêts échus à cette date seront capitalisés à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 :Le centre hospitalier de Rives versera à la société La Mobilière Suisse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 :Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 9 :Le présent jugement sera notifié à la société La Mobilière Suisse, au centre hospitalier de Rives, et à la Caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
L. Naillon
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°200748
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026