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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101006

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101006

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE GULLUDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février 2021 et le 3 mars 2023, M. A B, représenté par la SELARL CDMF-Avocats affaires publiques, agissant par Me Fiat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Geoire-en-Valdaine a rejeté sa demande d'abrogation partielle de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme en tant qu'elle classe les terrains cadastrés section AO nos 155, 157 (partie sud) et 159 en zone As et non en Nh ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Geoire-En-Valdaine une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire était incompétent pour rejeter la demande d'abrogation et ne pouvait légalement refuser d'inscrire à l'ordre du jour de l'assemblée municipale l'abrogation partielle demandée ;

- le classement des parcelles cadastrées section AO, nos155, 157 et 159 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et est en contradiction avec le PADD.

Par des mémoires en défense enregistrés le 29 décembre 2022 et le 12 décembre 2023, la commune de Saint-Geoire-en-Valdaine, représentée par Me Le Gulludec, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme C ;

- et les observations de Me Vincent, représentant M. B et de Me Le Gulludec représentant la commune Saint-Geoire-en-Valdaine.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 17 novembre 2011 modifiée par délibération du 27 novembre 2014, le conseil municipal de Saint-Geoire-en-Valdaine a approuvé le nouveau plan local d'urbanisme de la commune. Par courrier daté du 21 octobre 2020, M. B a demandé au maire de saisir le conseil municipal afin qu'il soit procédé à son abrogation en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section AO nos155, 157 (partie sud) et 159 en zone As. Le maire a rejeté cette demande par décision du 29 janvier 2021. M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

2. Aux termes de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. M. B est propriétaire d'un tènement composé des parcelles cadastrées section AO n° 155, 157 et 159 au lieu-dit " La Combe - Cormérieu " pour une superficie de 2 373 m2. Celui-ci a été classé pour une large partie en zone As correspondant à une zone agricole d'intérêt naturel identifié à l'exception du bâtiment réhabilité en habitation classée en zone Nhb3 (zone naturelle d'habitat diffus). Cet habitat isolé est séparé du bourg par une distance significative et se situe entre deux petites zones Nh dans une vaste zone As à proximité du site Natura 2000 du Val d'Ainan. Les parcelles sont incluses dans une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique de type 1 Marais du Val d'Ainan. Le classement litigieux concerne la partie Sud de la parcelle 157 correspondant au jardin d'une ancienne ferme rénovée supportant une grange indépendante ainsi que les parcelles 155 et 159. S'agissant de la partie Sud de la parcelle 157, elle appartient à une vaste zone agricole éloignée des groupes de constructions eux-mêmes isolés situés au Nord ou au Sud. La circonstance que cette partie de parcelle constitue le jardin du bâtiment rénové, qu'elle a conservé son caractère enherbé et qu'elle supporte une grange utilisée comme annexe à l'habitation ne fait pas obstacle à son classement en zone As tout comme le fait que l'ancienne ferme réhabilitée ait été classée quant à elle en zone Nhb3 pour tenir compte de l'habitation. Les parcelles 155 et 159, constituent des prés vierges de toute construction appartenant à ce vaste secteur agricole de telle sorte que M. B n'est pas fondé à soutenir que ce tènement est homogène et forme un ensemble bâti cohérent alors que la parcelle 159 est séparée de la propriété par un chemin.

5. Par ailleurs, les auteurs du plan local d'urbanisme n'avaient pas l'obligation de classer l'ensemble du tènement dont il est propriétaire dans le même zonage. En outre, dès lors que les auteurs d'un plan local d'urbanisme ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes ou passées d'occupation et d'utilisation des sols, M. B ne peut utilement se prévaloir du classement antérieur des parcelles en zone NC du plan d'occupation des sols. La circonstance que la configuration des lieux ne permettrait pas une exploitation agricole du tènement est sans incidence.

6. Enfin, ce classement est par ailleurs cohérent avec le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme qui ont entendu mettre en valeur notamment la vallée de l'Ainan " mis sous pression par l'urbanisation ", selon les termes du projet d'aménagement et de développement, et de protéger ces paysages et milieux naturels. L'inclusion dans le secteur As de ce jardin et de la grange dans un secteur non urbanisé de la commune, répond aux objectifs que les auteurs du plan local d'urbanisme se sont donnés et que rappelle le projet d'aménagement et de développement de mettre en valeur l'environnement paysager et naturel. Dans ces conditions, les circonstances dont fait état le requérant tiré de l'homogénéité du tènement, de l'absence de potentiel agricole et de valeur agricole particulière des parcelles concernées, de la présence d'un mur ancien en pisé et du raccordement de la maison aux réseaux d'eau et d'électricité ne suffisent pas pour considérer que ce classement en secteur As procède d'une erreur manifeste d'appréciation. Ainsi, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'incohérence avec le projet d'aménagement et de développement doivent être écartés.

En ce qui concerne la compétence du maire pour refuser la demande d'abrogation du plan local d'urbanisme :

7. Aux termes de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme : " L'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par le conseil municipal après enquête publique () ". L'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, relatif à la convocation du conseil municipal, dispose que : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour () ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme de la commune, c'est au maire qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation d'un plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le classement des parcelles cadastrées section AO nos155, 157 (partie sud) et 159 en zone As n'est pas entaché d'illégalité. Par conséquent, le maire pouvait légalement refuser d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal la demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme telle que présentée dans la demande qui lui a été faite le 21 octobre 2020 sans entacher sa décision d'incompétence. Par suite, le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le maire de Saint-Geoire-en-Valdaine a refusé d'abroger la délibération approuvant le plan local d'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros qu'il paiera à la commune de Saint-Geoire-en-Valdaine, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Saint-Geoire-en-Valdaine une somme de

1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Geoire-En-Valdaine.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101006

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