mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101039 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CHEVALIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 février 2021, 29 mars 2021 et 7 novembre 2022, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Marguerites, représenté par Me Chevalier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 de la commission des recours en matière de contrôle des structures des exploitations agricoles de la région Auvergne Rhône-Alpes en tant qu'elle ramène le montant de la sanction qui lui a été infligée à la somme de 50 546,10 euros, sans l'annuler ou à tout le moins la réduire à 18 460,17 euros ;
2°) d'annuler, à titre subsidiaire, l'arrêté du 2 septembre 2020 et l'arrêté modificatif du 4 septembre 2020 par lesquels le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé à son encontre une sanction pécuniaire d'un montant de 71 606,97 euros au titre de l'année 2020 pour avoir exploité sans autorisation des parcelles sur le territoire de la commune d'Aime-La-Plagne ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- le calcul de la sanction pécuniaire est erroné en qu'il aurait dû se fonder sur la surface admissible, au sens de la PAC, de 121,09 ha en l'affectant ensuite d'un coefficient d'équivalence de 0,5 ;
- la sanction financière est dépourvue de base légale en ce qu'elle se fonde sur le refus illégal d'exploiter qui lui a été opposé le 20 mars 2020 ;
- la sanction infligée est disproportionnée.
Par un mémoire enregistré le 13 juin 2022, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le GAEC des Marguerites ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,
- les observations de Me Chevalier représentant le GAEC des Marguerites.
Une note en délibéré, présentée pour le GAEC des Marguerites a été enregistrée le 26 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 mars 2020, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté la demande du GAEC des Marguerites tendant à être autorisé à exploiter les parcelles cadastrées section A numéros 0007 à 0009, 0013 à 0025 et 0073 à 0081, d'une superficie totale de 168,4870 hectares, situées sur le territoire de la commune nouvelle d'Aime-la-Plagne. Par jugement du 8 août 2023 devenu définitif, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête du GAEC des Marguerites tendant à l'annulation de cet arrêté. Par un autre arrêté du 20 mars 2020, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a autorisé M. B A à exploiter ces mêmes parcelles. Par arrêté du 2 septembre 2020 modifié le 4 septembre 2020, il a infligé au GAEC des Marguerites la sanction pécuniaire de 71 606,97 euros, soit 850 euros par hectare, pour avoir exploité en 2020 les parcelles de l'alpage du Riondet sans autorisation. Sur recours administratif préalable obligatoire, la commission des recours en matière de contrôle des structures des exploitations agricoles de la région Auvergne Rhône-Alpes a réduit, par décision du 2 décembre 2020, le montant de la sanction pécuniaire à la somme de 50 546,10 euros, soit 600 euros par hectare. Par sa requête, le GAEC des Marguerites demande à titre principal l'annulation de la décision du 2 décembre 2020 ou de réduire le montant de la sanction à la somme de 18 460,17 euros.
Sur les conclusions d'annulation de l'arrêté modifié du 2 septembre 2020 du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes :
2. Aux termes de l'article L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsqu'elle constate qu'un fonds est exploité contrairement aux dispositions du présent chapitre, l'autorité administrative met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine et qui ne saurait être inférieur à un mois. La mise en demeure mentionnée à l'alinéa précédent prescrit à l'intéressé soit de présenter une demande d'autorisation, soit, si une décision de refus d'autorisation est intervenue, de cesser l'exploitation des terres concernées. Lorsque l'intéressé, tenu de présenter une demande d'autorisation, ne l'a pas formée dans le délai mentionné ci-dessus, l'autorité administrative lui notifie une mise en demeure de cesser d'exploiter dans un délai de même durée. Lorsque la cessation de l'exploitation est ordonnée, l'intéressé est mis à même, pendant le délai qui lui est imparti, de présenter ses observations écrites ou orales devant toute instance ayant à connaître de l'affaire. Si, à l'expiration du délai imparti pour cesser l'exploitation des terres concernées, l'autorité administrative constate que l'exploitation se poursuit dans des conditions irrégulières, elle peut prononcer à l'encontre de l'intéressé une sanction pécuniaire d'un montant compris entre 304,90 et 914,70 euros par hectare. La surface prise en compte correspond à la surface de polyculture-élevage faisant l'objet de l'exploitation illégale, ou son équivalent, après, le cas échéant, application des coefficients d'équivalence résultant, pour chaque nature de culture, de l'application de l'article L. 312-6. Cette mesure pourra être reconduite chaque année s'il est constaté que l'intéressé poursuit l'exploitation en cause. ". Aux termes de l'article L. 331-8 du même code : " La décision prononçant la sanction pécuniaire mentionnée à l'article L. 331-7 est notifiée à l'exploitant concerné, qui peut la contester, avant tout recours contentieux, dans le mois de sa réception, devant une commission des recours dont la composition et les règles de fonctionnement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. Les recours devant cette commission sont suspensifs. Leur instruction est contradictoire. La commission, qui statue par décision motivée, peut soit confirmer la sanction, soit décider qu'en raison d'éléments tirés de la situation de la personne concernée il y a lieu de ramener la pénalité prononcée à un montant qu'elle détermine dans les limites fixées à l'article L. 331-7, soit décider qu'en l'absence de violation établie des dispositions du présent chapitre il n'y a pas lieu à sanction. Dans les deux premiers cas, la pénalité devient recouvrable dès notification de sa décision. La décision de la commission peut faire l'objet, de la part de l'autorité administrative ou de l'intéressé, d'un recours de pleine juridiction devant le tribunal administratif. ".
3. Il résulte de ces dispositions que le recours organisé devant la commission prévue à l'article L. 331-8 du code rural et de la pêche maritime contre la sanction prononcée par l'autorité préfectorale sur le fondement de l'article L. 331-7 du même code constitue un préalable obligatoire à tout recours contentieux. La décision prise par la commission sur ce recours préalable se substitue à la sanction prononcée par le préfet. Dès lors, les conclusions dirigées contre l'arrêté modifié du 2 septembre 2020 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'annulation de la décision du 2 décembre 2020 de la commission des recours :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 331-11 du code rural et de la pêche maritime : " La procédure d'instruction des recours est contradictoire. La décision de la commission des recours ne peut intervenir qu'après que l'exploitant sanctionné et le préfet de région auteur de la décision ont été mis à même de présenter leurs observations écrites. Ceux-ci sont informés qu'ils seront entendus par la commission des recours s'ils en font la demande. Ils peuvent se faire assister ou représenter () ".
5. Il résulte de l'instruction que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a produit devant la commission des recours un premier et seul mémoire en défense le 25 novembre 2020. Ce mémoire, comportant 9 pages, a été communiqué au GAEC des Marguerites par courriel le 27 novembre 2020 à 10 h 57, soit 5 jours avant la séance de la réunion de la commission des recours qui s'est tenue le 2 décembre 2020.
6. En égard à ce délai, le GAEC des Marguerites a été à même de préparer sa défense et de faire valoir, de manière utile et effective, son point de vue à la fois par un mémoire en réplique communiqué le jour de la séance du 2 décembre 2020 et par les observations orales que le co-gérant du GAEC des Marguerites et son conseil ont pu exprimer devant les membres de la commission.
7. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations avant que la commission des recours ne se prononce dans sa séance du 2 décembre 2020. Au demeurant, il ne fait pas état d'éléments qu'il aurait été dans l'impossibilité de présenter à la commission des recours faute de délai suffisant. Dès lors, en refusant de faire droit à la demande formulée le 30 novembre 2020 par le GAEC des Marguerites de reporter la date de la séance, la commission n'a pas méconnu le caractère contradictoire de l'instruction de son recours.
8. En deuxième lieu, l'article L. 331-7 cité au point 2 définit la surface à prendre en compte pour déterminer le montant de la sanction par renvoi à la surface de polyculture-élevage faisant l'objet de l'exploitation illégale après, le cas échéant, application des coefficients d'équivalence afférente à chaque nature de culture.
9. Aussi, en l'espèce, c'est par une exacte application de ces dispositions que la commission des recours a déterminé le quantum de la sanction à partir de la surface totale de 168,4870 hectares des parcelles concernées à laquelle elle a appliqué, pour tenir compte du caractère de surface d'altitude peu productive de l'alpage du Riondet, le coefficient d'équivalence de 0,5 mentionné à l'article 3-c du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) Auvergne-Rhône-Alpes pour aboutir à une surface prise en compte de 84,2435 hectares. Il s'ensuit que le GAEC des Marguerites n'est pas fondé invoquer le bénéfice cumulé des dispositions portant, d'une part, sur la surface admissible au sens de la politique agricole et, d'autre part, sur le coefficient d'équivalence de 0,5 du SDREA poursuivant, pour partie, les mêmes objectifs que le SDREA.
10. En troisième lieu, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la sanction pécuniaire contestée serait privée de base légale en raison de l'illégalité du refus d'exploiter l'alpage du Riondet qui lui a été opposé le 20 mars 2020 eu égard à l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du 8 août 2023 du tribunal administratif de Grenoble devenu définitif ayant rejeté la demande d'annulation de cette décision.
11. En quatrième lieu, il appartient au juge administratif, saisi d'une requête dirigée contre une sanction pécuniaire prononcée par la commission des recours en matière de contrôle des structures des exploitations agricoles, de vérifier que son montant était, à la date à laquelle elle a été infligée, proportionné tant aux manquements commis qu'à la situation, notamment financière, de la personne sanctionnée.
12. Il résulte de l'instruction que le GAEC des Marguerites a commis des manquements délibérés au refus qui lui a été opposé le 20 mars 2020 en poursuivant l'exploitation de l'alpage du Riondet durant la saison d'estive de 2020 malgré, d'une part, les deux constats diligentés sur place les 7 juillet et 12 août 2020 par un agent de la direction départementale des territoires et, d'autre part, la mise en demeure du 9 juillet 2020 lui demandant de cesser d'exploiter dans le délai d'un mois et le courrier du 13 août 2020 préalable à l'application de la sanction pécuniaire. Dans son courrier de réponse du 25 août 2020, le GAEC des Marguerites indique explicitement qu'il ne libérerait les parcelles litigieuses qu'à la fin de la saison d'estive alors que le préfet soutient, sans être précisément contredit, que des solutions alternatives lui ont été proposées localement suite à plusieurs échanges, y compris avec le sous-préfet d'Albertville.
13. Toutefois, ces faits constituent le premier et unique manquement reproché au GAEC des Marguerites. Celui-ci avait d'ailleurs obtenu l'accord du propriétaire de l'alpage du Riondet pour poursuivre son exploitation. Il n'est pas contesté, en outre, que l'éleveur bénéficiaire de l'autorisation d'exploiter n'a pas eu besoin de recourir à l'alpage du Riondet durant l'été 2020 en raison de l'autorisation d'exploiter également l'alpage des Acrays, d'une superficie de 74 hectares, qui suffisait à faire pâturer son troupeau de 15 vaches pendant toute la saison. Enfin, le GAEC des Marguerites a d'ailleurs régularisé sa situation en obtenant une autorisation d'exploiter l'alpage du Riondet dans le cadre d'un nouveau groupement pastoral.
14. Par ailleurs, sa situation économique et foncière apparaît fragile depuis le commencement de son activité en 2016, particulièrement au titre de l'exercice 2020 au terme duquel un résultat négatif de 20 804 euros est inscrit au compte de résultat.
15. Dès lors, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce et en tenant compte de la circonstance que le GAEC des Marguerites a perçu une aide de 24 602,71 euros au titre de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) en raison de l'exploitation illégale de cet alpage en 2020, il y a lieu de ramener de 600 à 400 euros par hectare la sanction qui lui a été infligée par la décision de la commission de recours du 2 décembre 2020.
16. Il résulte de tout ce qui précède que le GAEC des Marguerites est seulement fondé à demander à la réduction de la sanction infligée qui doit être ramenée au taux de 400 euros par hectare, soit une somme totale de 33 697,40 euros (84,2435 x 400).
Sur les frais liés à l'instance :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du GAEC des Marguerites tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La sanction infligée au GAEC des Marguerites par la commission de recours est ramenée à la somme de 33 697,40 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au groupement agricole d'exploitation en commun des Marguerites, au préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026