Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101197
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP VPNG AVOCATS ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2021 et le 2 mai 2022, Mmes E A et D F, représentées par Me Fiat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Les Belleville a délivré un permis de construire à M. B ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Les Belleville la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que l'arrêté contesté :
- méconnaît les dispositions des articles R. 431-6, R. 431-8 et R. 431-13 du code de l'urbanisme ;
- méconnaît les dispositions des articles 2.1, 2.2 et 2.3 du plan local d'urbanisme (PLU).
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2021 et le 1er juillet 2022, la commune de Les Belleville, représentée par Me Bézard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A et Mme F une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, M. B, représenté par Me Laurent, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A et Mme F une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Argentin,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,
- les observations de Me Fiat, représentant les requérantes, de Me Lalubie, représentant la commune de Les Belleville et de Me Laurent représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Mmes A et F demandent l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Les Belleville a délivré un permis de construire à M. B portant sur la démolition d'un garage et la construction d'une maison d'habitation d'une surface plancher de 159 m².
Sur les conclusions en annulation :
2. Au terme de l'article R. 431-6 du code de l'urbanisme : " Lorsque le terrain d'assiette comporte des constructions, la demande précise leur destination, par référence aux différentes destinations et sous-destinations (), leur surface de plancher et indique si ces constructions sont destinées à être maintenues et si leur destination ou sous-destination est modifiée par le projet. ".
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. Les requérantes font valoir que la demande de permis de construire ne comporte aucun élément concernant le bâtiment existant à usage de garage implanté sur la parcelle en cause, en particulier ses dimensions et sa surface de plancher. Cependant, Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le formulaire de demande de permis de construire mentionne que des bâtiments doivent faire l'objet d'une démolition totale et que, d'autre part, la notice descriptive du projet précise que le garage et les murets existants seront démolis pour permettre l'implantation d'une maison d'habitation. En outre, la demande de permis de construire comporte un plan de masse qui représente graphiquement l'état initial du terrain comportant le tracé du garage à démolir. Ainsi, s'agissant d'un bâtiment voué à une démolition complète, l'absence de précision des dimensions et de la surface de plancher de ce bâtiment n'a pu fausser l'interprétation portée par l'autorité administrative.
5. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-6 du code de l'urbanisme doit être écarté.
6. Au terme de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer () ".
7. Les requérantes font valoir qu'aucun élément de la notice architecturale ne fait état des partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et que la demande comporte des contradictions concernant le nombre d'emplacements de stationnement.
8. Il ressort des pièces du dossier que la note descriptive du projet comporte les informations relatives aux partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement telles que prescrites par les dispositions précitées du a) et du b) du 2° de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme.
9. Si la notice du projet architectural est insuffisamment détaillée s'agissant du traitement des espaces libres, le descriptif du projet, les plans de masse ainsi que les vues photographiques produites par le pétitionnaire permettaient, d'une part, de remarquer l'absence de plantations à conserver et, d'autre part, de constater le caractère particulièrement résiduel des espaces libres de construction. Par suite, les insuffisances du dossier sur ce point n'ont pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. En outre, et s'agissant du nombre d'emplacements de stationnement, la demande de permis de construire a fait l'objet d'une notice explicative complémentaire laquelle fait état d'un nouveau calcul pour le nombre de places de stationnement justifiant que son nombre soit réduit de 4 à 3.
11. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.
12. Aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ".
13. Les requérantes font valoir que le projet emporte surplomb sur le domaine public alors qu'aucune autorisation de survol ne figure dans la demande de permis. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'une autorisation de survol domaine public a été accordée par la commune le 24 février 2020 au cours de l'instruction de la demande de permis de construire. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme doit être écarté.
14. Aux termes de l'article 2.1 du PLU, relatif à la volumétrie et implantation des constructions : " Implantation par rapport aux voies et emprises publiques : / Afin de préserver la morphologie des centres anciens, l'emprise des constructions devront s'implanter avec un recul minimum correspondant à l'alignement du/des bâtiment(s) existant(s) / En cas d'absence d'alignement, le recul minimum par rapport à la bordure de la voie circulée sera : de 4 m. pour les routes départementales ; de 3 m. pour toutes les autres voies ouvertes à la circulation automobile ".
15. Les requérantes font valoir que le bâtiment en cause n'est pas implanté à l'alignement des parcelles voisines, ne respecte pas le recul minimal par rapport à la voie communale et empiète sur le domaine public.
16. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans de masse de la demande de permis de construire, que la construction projetée est alignée avec le bâtiment implanté sur la parcelle voisine J1613 située en bordure de la voie publique.
17. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles voisines J1759 et J1758, bordées par la parcelle 1152, ne sont pas situées en bordure d'une voie publique.
18. Enfin, comme il a été dit au point 13, le pétitionnaire a bénéficié d'une autorisation de survol du domaine public.
19. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.1 du PLU doit être écarté.
20. Aux termes de l'article 2.2 du PLU relatif à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère : " () Par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, les constructions doivent respecter le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, les sites, les paysages naturels ou urbains ainsi que la conservation des perspectives monumentales et du volume des constructions avoisinantes () ".
21. Les requérantes font valoir que le bâtiment autorisé comporte des proportions éloignées de celle du bâti traditionnel. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la construction en cause repose sur un plan rectangulaire affecté d'un volume simple et dont les dimensions sont de 9,80 m de large et de 14,20 de long. Par leurs seules affirmations, insuffisamment circonstanciées, les requérantes n'établissent pas que les proportions du bâtiment autorisé ne respectent pas les prescriptions précitées du PLU.
22. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.2 du PLU doit être écarté.
23. Aux termes de l'article 2.3 du PLU relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non-bâtis et abords des constructions : " () Ce traitement paysager doit être réalisé selon les conditions suivantes : l'espace laissé libre de toute construction, aménagement de voirie, accès et aire de stationnement, doit faire l'objet d'un aménagement paysager à dominante végétale en quantité et qualité suffisante () ".
24. Il ressort des pièces du dossier que la construction autorisée occupe la quasi intégralité du terrain d'assiette. En se bornant seulement à soutenir que le projet ne comporte pas d'indication sur le traitement environnemental et paysager des abords de la construction, les requérantes n'établissent pas que le permis de construire contesté méconnaît les dispositions de l'article 2.3 du PLU. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.3 du PLU doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Les Belleville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mmes A et F demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mmes A et F une somme de 1 500 euros à verser tant à la commune nouvelle de Les Belleville et de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mmes A et F est rejetée.
Article 2 : Mmes A et F verseront à la commune de Les Belleville la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Mmes A et F verseront à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à la commune nouvelle de les Belleville et à M. C B.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
M. Argentin, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
S. Argentin
La présidente,
A. BedeletLe greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.