Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101942
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2101942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL K2 AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars et le 20 juillet 2021, Mme C E, M. H E, Mme D F et Mme J E, représentés par Me Cordel, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du maire de Verchaix refusant de retirer les arrêtés du 28 octobre 2013 et 9 février 2017 autorisant M. B à reconstruire un chalet d'alpage ;
2°) d'enjoindre au maire de Verchaix de retirer le permis de construire et le permis de construire modificatif délivrés les 28 octobre 2013 et 9 février 2017, dans le délai d'un mois à compter du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) d'enjoindre au maire de Verchaix de dresser un procès-verbal d'infraction et de l'adresser au procureur de la République ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Verchaix la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés contestés sont entachés de fraude ;
- ils méconnaissent les articles N1 et N2 du règlement du plan local d'urbanisme de Verchaix ;
- ils méconnaissent les articles N4, N6, N7 et N11 et N12 de ce même règlement du plan local d'urbanisme ainsi que l'article L.145-3 alinéa 2 du code de l'urbanisme ;
- le permis de construire modificatif est privé de base légale du fait de l'annulation juridictionnelle de l'arrêté préfectoral autorisant la reconstruction du chalet d'alpage ;
- l'injonction de dresser un procès-verbal d'infraction est justifiée dès lors que l'annulation juridictionnelle de l'arrêté préfectoral prive de base légale les autorisations de construire.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2021, la commune de Verchaix, représentée par la SCP Alain et Alex Bouvard, conclut au rejet de la requête et à la condamnation in solidum des requérants à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, M. G B, représenté par la SARL Ballaloud et associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation solidaire des requérants à lui verser la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 6 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert,
- les conclusions de Mme A ;
- les observations de Me Cordel, représentant les requérants, et les observations de Me Planchet, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 octobre 2013, le maire de Verchaix a délivré à Mme et M. B un permis les autorisant à reconstruire un chalet d'alpage de 96 m² sur un terrain situé lieu-dit Pré du Four, assorti de la prescription selon laquelle, en application de l'article L. 145-3-I du code de l'urbanisme, " les travaux ne pourront pas commencer avant d'avoir obtenu l'arrêté du préfet les autorisant ". Par un arrêté du 25 juillet 2016, le préfet de la Haute-Savoie a autorisé lesdits travaux de reconstruction du chalet d'alpage sous un certain nombre de réserves architecturales qui ont fait l'objet du permis de construire modificatif délivré par la commune de Verchaix le 9 février 2017. Par un jugement du 4 juillet 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté préfectoral du 25 juillet 2016 autorisant les travaux de reconstruction du chalet. Les requérants, voisins immédiats du chalet d'alpage de M. B, demandent l'annulation du refus du maire de retirer les permis de construire initial et modificatif au motif qu'ils sont frauduleux, outre l'injonction au maire de dresser un procès-verbal d'infraction.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de retirer les permis de construire délivrés à M. B et à fin d'injonction de procéder à leur retrait :
2. D'une part, aux termes de l'article L.145-3 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " I.- (). Peuvent être également autorisées, par arrêté préfectoral, après avis de la commission départementale compétente en matière de nature, de paysages et de sites, dans un objectif de protection et de mise en valeur du patrimoine montagnard, la restauration ou la reconstruction d'anciens chalets d'alpage ou de bâtiments d'estive, ainsi que les extensions limitées de chalets d'alpage ou de bâtiments d'estive existants lorsque la destination est liée à une activité professionnelle saisonnière () "
3. D'autre part, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.
4. En l'espèce, si l'existence passée d'un chalet d'alpage sur le fonds du pétitionnaire, détruit en 1960, est constante, les requérants contestent l'existence de ruines et l'authenticité des photographies reproduites dans la demande de permis de construire de M. B pour attester du volume de ce chalet, ces éléments conditionnant l'applicabilité du texte relatif à la reconstruction des chalets d'alpage.
5. D'une part, pour contester l'authenticité des reproductions de photographies du chalet à reconstruire, constituant l'annexe 2 de la demande de permis de construire de M. B, les requérants se prévalent de l'attestation d'un tiers qui affirme que les photographies litigieuses ne peuvent pas correspondre au terrain d'assiette au regard de sa topographie et de l'architecture des lieux. Toutefois, au regard du caractère rapproché du chalet dans les photographies en cause, donnant peu d'indications sur la topographie du lieu, le travail de démonstration réalisé par l'attestant est insuffisamment probant. Par ailleurs, il ne peut être déduit de la circonstance que M. B n'a pas produit devant la commission départementale nature, paysage et site, les originaux des photographies de l'annexe 2, l'absence d'authenticité de celles-ci. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les reproductions de photographies du chalet à reconstruire présentes dans la demande de permis de construire de M. B seraient issues d'un montage et, partant, entachées de fraude.
6. D'autre part, et s'agissant de l'existence de ruines du chalet à reconstruire, celle-ci n'est pas contredite par l'avis du préfet en date du 7 mai 2012 qui fait état d'" éléments restant sur le terrain ". Elle ne l'est pas non plus par les déclarations de M. I retranscrites dans le procès-verbal de la commission nature, paysages et sites du 16 juin 2016 aux termes desquelles il n'a trouvé sur place " aucune trace de ruines du chalet compte tenu du début des travaux ". Par ailleurs, il ne peut être déduit l'inexistence des vestiges du chalet de l'absence de leur mention dans le procès-verbal de bornage du 21 mai 2015 et dans l'acte de propriété du tènement de M. B, dès lors que ces documents n'ont pas pour objet de relever de tels restes d'une construction passée. Enfin, l'attestation selon laquelle il ne restait plus depuis plusieurs années de ruines ou traces du chalet d'alpage brûlé par la foudre en 1960, est contredite par les photographies de l'annexe 1 de la demande de permis de construire, dont l'authenticité n'est pas contestée par les requérants, et qui laissent voir la présence d'un ensemble de pierres compatible avec les restes du soubassement d'une construction. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les mentions de la notice de la demande de permis de construire de M. B seraient erronées. En tout état de cause, cette information de l'existence de ruines sur le terrain d'assiette, à la supposer fausse, ce qui n'est pas démontré en l'espèce, est, seule, insuffisante à caractériser des manœuvres frauduleuses.
7. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application des règles d'urbanisme relatives à la reconstruction des chalets d'alpage. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le refus du maire de Verchaix de faire usage de son pouvoir de retirer les permis de construire délivrés les 28 octobre 2013 et 9 février 2017 à M. B, dont il n'est pas démontré qu'ils seraient frauduleux, est illégal.
8. Les conclusions d'annulation du refus du maire de retirer le permis de construire accordé à M. B ne peuvent qu'être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune et de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête est rejetée.
Article 2 :Les conclusions formées par la commune de Verchaix et par M. B sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. H E en application de l'article R.751-3 du code de justice administrative, à M. G B et à la commune de Verchaix.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°210194