jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2102224 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2021, Mme B A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 16 927,20 euros au titre de son préjudice financier et de 1 500 euros au titre de son préjudice moral, ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du recours indemnitaire et capitalisées ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le préfet a commis une illégalité fautive en prenant l'arrêté du 28 mai 2020 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que cela résulte du jugement du tribunal administratif de Grenoble du 24 septembre 2020 ;
- en raison de cette faute, elle a été privée de 300 euros d'allocation logement entre le 28 mai 2020 et le jour de la délivrance effective du titre, soit une somme totale de 2 700 euros ;
- en raison de la faute commise par l'Etat, elle a subi une perte de salaire mensuel de 1 580,80 euros bruts sur la période d'indemnisation ;
- son préjudice moral sera indemnisé à hauteur de 1500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2022, le préfet de l'Isère conclut à au rejet de la requête.
Il soutient que :
- en lui délivrant un titre de séjour le 17 février 2021, soit environ 4 mois après la notification du jugement du tribunal administratif de Grenoble, il n'a commis aucune faute ;
- la perte de chance de percevoir certaines prestations sociales n'est pas établie ;
- la promesse d'embauche ne suffit pas à prouver que Mme A a subi une perte de chance de percevoir des salaires ; en tout état de cause, le préjudice généré doit être calculé sur la période allant du 1er décembre 2020 au 2 février 2021 ;
- le préjudice moral n'est pas justifié.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience public :
- le rapport de M. Ban,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 16 août 1993, déclare être entrée en France le 17 novembre 2016. Le 6 février 2017 elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par arrêtés des 26 avril 2017 et du 19 mai 2017 le préfet de l'Isère a ordonné sa remise aux autorités italiennes et l'a assignée à résidence. Elle a contesté la légalité de ces décisions devant le tribunal administratif de Grenoble qui, par jugement du 9 juin 2017, a rejeté sa requête. Le 23 juin 2017, elle a été déclarée en fuite. Le 3 mai 2018, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par l'arrêté du 28 mai 2020, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par jugement du 24 septembre 2020, le tribunal administratif de Grenoble a annulé cet arrêté pour méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 et a fait injonction au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Le 17 février 2021, le préfet de l'Isère lui a délivré un titre de séjour. Par courrier du 2 février 2021, notifié le 4 février 2021, elle a demandé réparation au préfet de l'Isère des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté du 28 mai 2020. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de l'Isère.
Sur la responsabilité :
2. Il résulte de l'instruction et notamment des motifs du jugement du tribunal administratif de Grenoble du 24 septembre 2020 que l'arrêté du 28 mai 2020 méconnaissait les dispositions du 6°de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette illégalité est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
Sur les préjudices :
3. En principe, toute illégalité fautive commise par l'administration constitue une faute de nature à engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
4. En premier lieu, Mme A ne produit à l'appui de sa requête aucun élément tendant à établir, d'une part, qu'elle percevait l'aide personnalisée au logement (APL) avant le rejet fautif de sa demande titre de séjour le 28 mai 2020 et, d'autre part, que ce refus aurait causé une baisse de cette aide de 300 euros par mois. Par suite, le préjudice financier tenant à la perte de l'APL, qui serait à l'origine de la procédure d'expulsion du logement qu'elle louait, n'est pas établi et doit être rejeté.
5. En deuxième lieu, Mme A soutient qu'elle a été privée de la possibilité de travailler pendant la période allant du 28 mai 2020, date de l'arrêté jugé illégal, jusqu'au 2 février 2021, date de la délivrance de son titre de séjour. La promesse d'embauche comme garde d'enfant qu'elle produit a été établie par une habitante d'Echirolles le 20 avril 2018. Cette pièce ne suffit pas à établir, à elle seule, qu'elle a perdu une chance réelle et sérieuse de travailler durant cette période alors qu'elle ne démontre pas qu'elle a déjà occupé un emploi depuis son entrée en France et notamment depuis le 10 décembre 2020, date à laquelle elle a bénéficié d'un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au 9 mars 2021. Le préjudice correspondant à des pertes de salaires ne présente pas, dès lors, un caractère certain et doit être rejeté.
6. En troisième et dernier lieu, la requérante fait valoir que le refus fautif lui a causé une situation de grande anxiété et d'angoisse ainsi que des difficultés pour assurer l'entretien et l'éducation de son jeune enfant. Ces troubles ne sont toutefois pas suffisamment caractérisés pour lui ouvrir un droit à réparation eu égard la période relativement courte qui s'est écoulée entre le refus illégal du 28 mai 2020 et la délivrance le 10 décembre 2020 d'un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler qui sera suivi le 12 février 2021 par la délivrance d'un titre de séjour.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées. Ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être, en conséquence, rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Callot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102224
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026