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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2102880

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2102880

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2102880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE GULLUDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2021 et un mémoire du 17 mai 2022, la SCI Val des Près, représentée par Me Fiat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-1842 du 1er décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Egrève s'est opposé à sa déclaration préalable, ensemble la décision du 9 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Egrève de lui délivrer l'autorisation sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Egrève une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 mars 2022 et le 15 février 2024, la commune de Saint-Egrève, représentée par Me Le Gulludec, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme Paillet-Augey, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Poncin, représentant la SCI Val des Prés et, de Me Le Gulludec représentant la commune de Saint-Egrève.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 novembre 2020, la SCI Val des Prés a déposé une déclaration préalable ayant pour objet le détachement d'un lot à bâtir de 11 493 m2 entre les parcelles cadastrées section AS 54 et AS 297 situées 16 rue du lac sur la commune de Saint-Egrève. Par un arrêté n°2020-1842 du 1er décembre 2020, la commune de Saint-Égrève s'est opposée à la déclaration préalable de la SCI Val des Prés. La demande de retrait de cet arrêté effectuée par la SCI Val des Prés par un courrier du 21 janvier 2021 a été rejetée le 9 mars 2021. La SCI Val des Prés demande l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2020 et de la décision du 9 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la motivation :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour s'opposer à la déclaration préalable de la SCI Val des Prés, le maire de la commune de Saint-Egrève s'est fondé sur la circonstance que le projet est situé en zone inondable Bl'1 du secteur des îles et de Crétinon du plan de prévention des risques naturels de Saint-Egrève et que cette zone est inconstructible en application du règlement de la zone Rl'. Par suite, l'arrêté du 1er décembre 2020 du maire de la commune de Saint-Egrève est suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'erreur de droit et l'erreur manifeste d'appréciation :

4. Les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels (PPRN) prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application.

5. Le zonage réglementaire du risque du plan de prévention des risques naturels prévisibles de la commune de Saint-Egrève approuvé par arrêté préfectoral le 11 décembre 2007 délimite des zones " violettes " et notamment une zone Bl'1 pour le secteur des îles et de Crétinon qui couvre les parcelles cadastrées section AS 54 et 297 constituant le terrain d'assiette de la division foncière envisagée. Selon le règlement, cette zone violette exposée à un risque d'inondation en pied de versant, à un risque d'inondation de plaine ou susceptible d'être nécessaire au maintien des équilibres hydrologiques est " inconstructible en l'état, nécessitant une révision du PPR ". Le règlement du plan précise que les zones violettes ne pourraient être rendues constructibles qu'à l'issue d'une procédure de révision du plan et après réalisation d'une étude hydraulique d'ensemble et/ou de travaux de protection dépassant le cadre de la parcelle et relevant d'un maître d'ouvrage collectif (public ou privé). Enfin, ce même règlement prévoit que les zones violettes relèvent en l'état du règlement de la zone Rl' qui correspond à la zone rouge où les constructions sont interdites, ce qui fait obstacle au projet de la SCI requérante. Enfin, les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation de la rivière Isère en aval de Grenoble approuvé le 29 août 2007 sont complémentaires au PPRN et n'ont pas vocation à s'y substituer. Par suite, la circonstance que ce plan de prévention des risques d'inondation classe les parcelles cadastrées section AS 54 et 297 en zone Bi3,r d'autorisation sous prescriptions, est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, que le maire de Saint-Egrève s'est opposé à la déclaration préalable en relevant que le terrain du projet est inconstructible en application du PPRN approuvé par arrêté préfectoral le 11 décembre 2007.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 1er décembre 2020 et contre la décision de rejet du recours gracieux doivent être rejetées.

7. Le présent jugement n'appelant par suite aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requérante à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SCI Val des Près doivent dès lors être rejetées.

9. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Val des Près une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Egrève au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la SCI Val des Près est rejetée.

Article 2 : La SCI Val des Près versera à la commune de Saint-Egrève une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Val des Près et à la commune de Saint-Egrève.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102880

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