Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103422

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL K2 AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. C qui demandait l'annulation du refus implicite du préfet de la Savoie de lui restituer ses armes, saisies définitivement en 2007. Le tribunal a relevé que le préfet se trouvait en situation de compétence liée, car la saisie définitive et la vente aux enchères prévues par l'article 71-5 du décret n°95-589 font obstacle à toute restitution. En conséquence, les moyens invoqués par M. C ont été jugés inopérants, et ses conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 21 mai 2021, M. A C, représenté par Me Cordel, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir le refus que le préfet de la Savoie a implicitement opposé à sa demande tendant à ce qu'il lui restitue ses armes saisies le 31 janvier 2006 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de retirer ou abroger l'arrêté du 28 janvier 2007 et de lui restituer ses armes dans le délai d'un mois courant à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus en litige est dépourvu de base légale dans la mesure où le préfet de la Savoie était tenu d'abroger ou de retirer l'arrêté de 2007 en tant qu'il ordonne la saisie définitive de ses armes et munitions et leur vente aux enchères ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de retirer ou d'abroger cet arrêté pour lui substituer une décision plus favorable ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui restituer ses armes.

Malgré une mise en demeure prononcée par application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, le préfet de la Savoie n'a pas présenté d'écritures en défense.

Par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la situation de compétence liée du préfet de la Savoie lui imposant de rejeter la demande de M. C.

M. C a répondu à ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 11 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n°95-589 relatif à l'application du décret du 18 avril 1939 fixant le régime des matériels de guerre, armes et munitions ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cordel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 janvier 2006, en état d'ébriété, M. C a fait feu dans la vitrine d'un magasin lui appartenant avant d'être hospitalisé d'office. Suite à cet incident, le préfet de la Savoie lui a provisoirement ordonné, par arrêté du 30 janvier 2006, de remettre immédiatement aux services de gendarmerie les armes et munitions de toutes catégories en sa possession et lui a interdit d'en acquérir ou d'en détenir. Un an plus tard, par arrêté du 28 janvier 2007, le préfet en a ordonné la saisie définitive ainsi que la vente aux enchères publiques et a réitéré l'interdiction faite à l'intéressé d'acquérir ou détenir des armes soumises à déclaration ou à autorisation. Le 10 septembre 2015, M. C a demandé la levée de cette interdiction. Le refus implicite que le préfet de la Savoie lui a opposé a été annulé par jugement n°1600013 du 7 mars 2018 du tribunal de céans. Fort de cette décision, M. C a, le 27 janvier 2021, demandé au préfet de la Savoie de lui restituer ses armes. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir du refus que le préfet de la Savoie lui a implicitement opposé.

2. Aux termes de l'article 71-1 du décret n°95-589 en vigueur à la date de l'arrêté du 28 janvier 2007 : " L'arme et les munitions remises ou saisies provisoirement en application des I et II de l'article L. 2336-4 du code de la défense sont conservées, pendant une durée maximale d'un an, par les services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale. / Avant l'expiration de ce délai, le préfet prononce soit la restitution de cette arme et de ces munitions, soit leur saisie définitive, après avoir invité la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, dont un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article 40 ". Aux termes de l'article 71-5 du même texte : " L'arme et les munitions saisies définitivement par le préfet, dont l'acquisition et la détention ne sont pas prohibées, sont vendues aux enchères publiques au profit de la personne à qui elles ont été saisies, à moins que celle-ci ne manifeste son intention de renoncer au bénéfice d'une telle procédure pour les remettre à l'Etat. / Dans ce dernier cas, ainsi que dans celui d'absence d'adjudication lors de la vente, cette arme et ces munitions sont remises aux fins de destruction dans les conditions prévues par arrêté conjoint du ministre de la justice, du ministre chargé du budget, du ministre de l'intérieur et du ministre de la défense ".

3. Comme exposé au point 1, le préfet de la Savoie a décidé, en 2007, la saisie définitive des armes et munitions de M. C et leur vente aux enchères publiques avec versement à ce dernier du produit net de cette vente. Dans une telle hypothèse, l'article 71-5 précité prévoit soit la vente effective des armes soit, en cas d'échec de cette vente, leur remise aux fins de destruction ce qui fait échec, dans les deux cas, à toute restitution à leur ancien propriétaire. Par suite, le préfet de la Savoie ne pouvait que rejeter la demande de M. C tendant à ce qu'il lui restitue ses armes et munitions saisies, situation de compétence liée qui rend inopérants tous les moyens invoqués par l'intéressé. Il en résulte que ses conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

4. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller ;

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103422