Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103764

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme B, exploitante d’un restaurant à Valloire, qui contestait le refus du préfet de la Savoie d’autoriser une enseigne (n°2) au titre des abords d’un monument historique. Le tribunal a jugé que, faute d’accord de l’architecte des Bâtiments de France, le préfet était en situation de compétence liée pour refuser l’autorisation, rendant inopérants les moyens de la requérante. La décision s’appuie sur les articles L. 581-8 et L. 581-18 du code de l’environnement, ainsi que sur l’article L. 621-30 du code du patrimoine.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juin 2021 et le 24 août 2021, Mme A B, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 8 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Savoie a rejeté sa demande d'autorisation préalable concernant l'" enseigne n°2 ".

Elle soutient que :

- l'" enseigne n°2 " n'est pas visible depuis l'église classée monument historique ;

- son établissement n'est pas situé dans le circuit de promenade touristique de la commune ;

- la façade de l'hôtel de ville de la commune de Valloire, situé en face de l'église " Notre Dame de l'Assomption ", est équipé d'un écran géant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2021, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour ne contenir aucun moyen de droit ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Argentin,

- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B exerce une activité de restauration sur la commune de Valloire. Elle a déposé, le 9 décembre 2020, une demande d'autorisation préalable pour la régularisation de cinq enseignes concernant son restaurant. Par l'arrêté contesté du 8 janvier 2021, pris après avis de l'architecte des Bâtiments de France, le préfet de la Savoie a autorisé les enseignes déclarées par Mme B à l'exception des enseignes n°2 et n°5. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse l'autorisation concernant l' " enseigne n°2 ".

2. Aux termes de l'article L. 581-8 du code de l'environnement : " I. ' A l'intérieur des agglomérations, la publicité est interdite : 1° Aux abords des monuments historiques mentionnés à l'article L. 621-30 du code du patrimoine () ". Aux termes de l'article L. 581-18 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat fixe les prescriptions générales relatives à l'installation et à l'entretien des enseignes en fonction des procédés utilisés, de la nature des activités ainsi que des caractéristiques des immeubles où ces activités s'exercent et du caractère des lieux où ces immeubles sont situés. () Sur les immeubles et dans les lieux mentionnés aux articles L. 581-4 et L. 581-8 () l'installation d'une enseigne est soumise à autorisation. Aux termes de l'article R. 581-16 du même code, dans sa version applicable au litige : " () II. - L'autorisation d'installer une enseigne prévue à l'avant-dernier alinéa de l'article L. 581-18 est délivrée par l'autorité compétente en matière de police : 1° Après accord de l'architecte des Bâtiments de France lorsque cette installation est envisagée sur un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques ou protégé au titre des abords en application de l'article L. 621-30 du code du patrimoine ou situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine () ".

3. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles () qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. ".

4. D'une part, il est constant que l'immeuble concerné par la demande d'autorisation d'" enseigne n°2 " relève de la réglementation de protection des abords d'un monument historique. D'autre part, il résulte des dispositions précitées que le préfet de la Savoie était, eu égard à l'absence d'accord de l'architecte des Bâtiments de France concernant l'installation de l'enseigne n°2, en situation de compétence liée pour refuser l'installation de l'enseigne n°2 sollicitée par Mme B. Dans ces circonstances, l'ensemble de ses moyens dirigés contre l'arrêté du 8 janvier 2021 en litige ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Savoie, la requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, président,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Portal, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

A. BedeletLe greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.