Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104239
jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2104239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, M. A B et la société civile immobilière (SCI) La Ferme du Maréchal, représentés par Me Duflot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir :
- par voie d'action, l'arrêté du maire d'Annecy du 29 janvier 2021 portant alignement individuel, ensemble le refus opposé à leur recours gracieux ;
- par voie d'exception, le plan d'alignement arrêté par la commune d'Annecy le 29 janvier 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Annecy la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté du 29 janvier 2021 émane d'une autorité incompétente ;
- cet arrêté est dépourvu de base légale dans la mesure où, d'une part, le plan d'alignement sur lequel il se fonde a été pris sans enquête publique préalable, où, d'autre part, ce plan ne pouvait inclure, dans la voirie communale, le chemin du Maréchal dans la mesure où cette voie est un chemin rural appartenant au domaine privé de la commune et où, enfin, cet arrêté empiète sur sa propriété ;
- l'arrêté individuel d'alignement devait se fonder sur l'arrêté d'alignement existant par application de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière ;
- l'arrêté individuel d'alignement empiète sur sa propriété.
Par un mémoire enregistré le 15 février 2022, la commune d'Annecy, représentée par la SELARL CDMF-Avocats affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Le mémoire présenté par M. B et la SCI La Ferme du Maréchal, enregistré le 26 juin 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- les observations de M. B, et de Me Poncin, représentant la commune d'Annecy.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et la SCI La Ferme du Maréchal sont propriétaires de parcelles cadastrées n°2, 7 et 217 situées au 65 chemin du Maréchal sur le territoire de la commune d'Annecy. Dans la présente instance, ils demandent l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté d'alignement individuel adopté par le maire de cette commune le 29 janvier 2021 et du plan établi le même jour par le cabinet GEHOM.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 29 janvier 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 112-3 du code de la voirie routière : " L'alignement individuel est délivré par () le maire, selon qu'il s'agit () d'une voie communale ". En l'espèce, l'arrêté d'alignement contesté ayant été, conformément à ces dispositions, délivré par le maire d'Annecy, le moyen tiré de l'incompétence de son auteur ne peut qu'être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. / Le plan d'alignement, auquel est joint un plan parcellaire, détermine après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale, propriétaire de la voie, et organisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration la limite entre voie publique et propriétés riveraines. / L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine ".
4. Si le plan établi par le cabinet GEHOM auquel se réfère l'arrêté d'alignement individuel en litige est maladroitement dénommé " plan d'alignement ", un tel document ne saurait, en l'absence d'adoption par délibération du conseil municipal de la commune d'Annecy et dans la mesure où il ne concerne que les parcelles des requérants, recevoir une telle qualification juridique. En l'absence par ailleurs de plan d'alignement couvrant le chemin du Maréchal, l'exception d'illégalité de ce prétendu plan, excipée par M. B et la SCI La Ferme du Maréchal à l'encontre de l'arrêté individuel du 29 janvier 2021, doit être écartée.
5. En l'absence de plan d'alignement, les requérants ne peuvent utilement invoquer le fait que l'arrêté individuel d'alignement aurait dû, par application de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière, se conformer à ce document.
6. Un arrêté individuel d'alignement est un acte purement déclaratif dont l'objet est de constater, à la date de son établissement, les limites réelles du domaine public routier. Il n'emporte aucune conséquence sur le droit de propriété des riverains. Par suite, M. B et la SCI La Ferme du Maréchal ne peut utilement se prévaloir, pour contester la légalité de l'arrêté en litige, du fait qu'il incorporerait dans le domaine public des terrains lui appartenant.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir du prétendu plan d'alignement :
7. Comme indiqué au point 4, le plan établi par le cabinet GEHOM ne saurait être qualifié de plan d'alignement. Par ailleurs, la voie de l'exception d'illégalité ne peut conduire au prononcé de l'annulation d'un acte administratif, même reconnu illégal. Par suite, les conclusions présentées par les requérants tendant à l'annulation pour excès de pouvoir du prétendu plan d'alignement adopté par la commune d'Annecy, doivent être rejetées.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction présentées par M. B et la SCI La Ferme du Maréchal doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
9. Eu égard à leur qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions que M. B et la SCI La Ferme du Maréchal présentent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune d'Annecy sur le même fondement doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et la SCI La Ferme du Maréchal est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Annecy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune d'Annecy.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, premier conseiller,
Mme Permingeat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2104239