Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104436
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2104436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021, Mme C de D, représentée par la SELARL CDMF-Avocats affaires publiques, agissant par Me Poncin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de Le Sappey-en-Chartreuse a, au nom de l'Etat, ordonné l'interruption des travaux sur la parcelle cadastrée section AD n° 32 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Le Sappey-en-Chartreuse une somme de
5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;
- les travaux exécutés sont conformes à l'autorisation d'urbanisme délivrée ;
- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2021, la commune de Le Sappey-en-Chartreuse, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol ;
- les conclusions de Mme E ;
- les observations de Me Vincent , représentant Mme de D, de Me Touvier pour la commune de Le Sappey-en-Chartreuse, et de Mme B représentant le préfet de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 juillet 2018, M. A de D, conjoint de la requérante, depuis lors décédé, a déposé une déclaration préalable de travaux, enregistrée sous le numéro DP 038471 18 00026, pour l'installation d'une clôture métallique, d'une hauteur d'un mètre cinquante, au Nord/Ouest de la parcelle cadastrée section AD n°32, dans le hameau du Mollard côté chemin rural des Barrières sur le territoire de la commune du Sappey-en-Chartreuse. Une décision tacite de non-opposition est née. Le 19 juillet 2018, M. A de D a déposé une demande préalable de travaux, enregistrée sous le numéro DP 038471 18 00029, pour l'installation d'une clôture métallique, au Sud/Est de la parcelle AD 32, d'une hauteur d'un mètre cinquante, en prolongement d'une clôture métallique existante sur la parcelle AD 31, " selon bornage géomètre expert ". La commune de Le Sappey-en-Chartreuse, après avoir retiré le refus de déclaration préalable du 8 novembre 2018 par un arrêté du 21 février 2020 n° 2020-15 a, par un arrêté n°2020-16 du même jour délivré l'autorisation sollicitée " sous réserve du droit des tiers ". Les 7 juillet 2020 et 4 mai 2021, le maire de la commune de Le Sappey-en-Chartreuse a fait dresser des procès-verbaux d'infraction. Par un arrêté du 4 mai 2021, dont Mme D demande l'annulation, le maire de la commune lui a ordonné d'interrompre ces travaux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la procédure contradictoire :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public () / Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Et aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ().
3. Un arrêté interruptif de travaux, pris sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, constitue une mesure de police qui figure au nombre des décisions qui doivent être motivées et être précédées d'une procédure contradictoire. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, constitue une garantie pour le titulaire du permis qui réalise des travaux qu'elle entend interrompre. La décision d'interruption est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire du permis a été effectivement privé de cette garantie.
4. La déclaration préalable qui a été accordée à M. et Mme de D portait uniquement sur l'édification d'une clôture d'une hauteur d'un mètre cinquante en contrebas de leur maison au Sud-Est de la parcelle AD n°32. Ces derniers ont entrepris la mise en place d'un portail et des travaux de terrassement. Compte tenu tant des risques pour la sécurité publique en raison de la localisation des travaux à proximité du carrefour avec la route départementale RD 512, que de la nécessité d'interrompre rapidement les travaux en raison de la brièveté de leur exécution, la situation d'urgence doit être regardée comme constituée. Par suite, le non-respect de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas entaché d'illégalité l'arrêté du 4 mai 2021 du maire de la commune de Le Sappey-en-Chartreuse.
En ce qui concerne les motifs de l'arrêté :
5. Pour ordonner l'interruption des travaux, le maire de la commune de Le Sappey-en-Chartreuse s'est fondé sur cinq motifs : l'exécution de travaux depuis la voie publique sans autorisation de voirie, le terrassement d'une butte en zone de risque de glissement de terrain au PPRN sans étude géologique préalable, la préparation de l'installation d'un portail donnant sur une voirie sans autorisation d'urbanisme, l'existence d'un risque à la sécurité publique et à la sécurité routière ainsi que l'empiétement sur un emplacement réservé et en méconnaissance d'un arrêté d'alignement.
6. En premier lieu, il ressort du procès-verbal du 4 mai 2021, et notamment de la photographie annexée à celui-ci, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qu'une mini-pelleteuse gêne le passage des riverains dans l'impasse Lavanche à l'angle de la route départementale 512 dite du col de Porte alors que deux permissions de voirie avaient déjà au préalable été refusées à la requérante.
7. En deuxième lieu, il ressort du formulaire Cerfa joint au dossier de la déclaration préalable le 19 juillet 2018 que le projet consiste en l'installation d'une clôture métallique sur la parcelle cadastrée section AD n° 32 en prolongement de celle déjà implantée sur la parcelle AD n° 25. Si le plan cadastral joint à cette demande comporte une clôture le long de l'impasse Lavanche et le long de la route départementale n°512, la seule mention de petites flèches sur ce document ne pouvait suffire à matérialiser un projet de pose d'un portail débouchant sur l'impasse dont les caractéristiques ne sont mentionnées dans aucune autre pièce. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 21 février 2020 n'a pas autorisé la pose d'un portail au Sud-Est de la parcelle AD 32.
8. En troisième lieu, tant le procès-verbal que les photographies versées permettent de constater que des travaux de terrassement ont été réalisés au pied du talus de la parcelle AD 32. Or, cette parcelle est située en zone de risque BG2-6 et Bg1V glissement de terrain zone violette niveau moyen et niveau faible du plan de prévention des risques naturels où sont interdits les travaux d'affouillements, sauf dans le cadre de travaux et aménagements de nature à réduire les risques ou d'infrastructures de desserte et à la condition de réaliser au préalable une étude de stabilité de versant. A supposer même que les travaux litigieux puissent être regardés comme étant de " nature à réduire les risques ou d'infrastructures de desserte ", aucune étude préalable n'a été réalisée.
9. Il résulte de ce qui précède que le maire de Le Sappey-en-Chartreuse pouvait sur ces seuls motifs prendre l'arrêté interruptif de travaux contesté.
En ce qui concerne le détournement de procédure et de pouvoir :
10. En se bornant à indiquer que le président de Grenoble Alpes Métropole, dont la décision a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 9 février 2017, avait exercé son droit de préemption urbain sur cette parcelle pour un motif de sécurité routière, que la commune tente de faire échec à l'autorité absolue de la chose jugée et met tout en œuvre pour l'empêcher de jouir de sa propriété, Mme de D n'établit ni le détournement de pouvoir ni le détournement de procédure allégués.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2021.
Sur les frais d'instance :
12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme de D doivent dès lors être rejetées.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de Mme de D une somme de 750 euros qu'elle paiera à la commune de Le Sappey-en-Chartreuse, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme de D est rejetée.
Article 2 : Mme de D versera à la commune de Le Sappey-en-Chartreuse une somme de
750 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C de D, à la commune de Le Sappey-en-Chartreuse et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
P. ThierryLa greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2104436