Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105683

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble annule l'arrêté du 15 juin 2021 par lequel le maire de Chamonix Mont-Blanc s'est opposé à la déclaration préalable de M. D pour la création d'un abri ouvert. Le tribunal juge que le projet constitue une annexe fonctionnelle à un bâtiment principal, au sens du règlement du plan local d'urbanisme (PLU), et que les motifs de refus tirés de la méconnaissance des règles de recul et de distance entre constructions sont entachés d'erreur de droit. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté municipal, sur le fondement des articles I AUE 7, IAU8 et UE8 du règlement du PLU de Chamonix Mont-Blanc, ainsi que des dispositions générales de ce règlement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 août 2021 et le 29 juin 2024, M. C D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juin 2021 par lequel le maire de Chamonix Mont-Blanc s'est opposé à sa déclaration préalable de création d'un abri ouvert sur un terrain situé 264 chemin de la Rosière et cadastré section B n°4469 et 5236.

La requête a été communiquée à la commune de Chamonix Mont-Blanc, qui n'a pas défendu malgré une mise en demeure du 5 avril 2022.

Par une ordonnance du 3 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2023.

Par une lettre du 13 juin 2024, la commune a été invitée à produire, sur le fondement de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative, le règlement du plan local d'urbanisme applicable à la date de la décision contestée. Cette pièce a été communiquée au requérant le 27 juin 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 mai 2021, M. D a déposé une déclaration préalable de travaux portant sur la création d'un " abri ouvert en annexe " de son atelier, d'une surface de 16,56 m², pour garer un véhicule professionnel et stocker du bois. Par l'arrêté contesté du 15 juin 2021, le maire de Chamonix Mont-Blanc s'y est opposé au motif que le projet, qui ne constitue pas une annexe à un bâtiment principal sur la parcelle objet de la demande, méconnaissait les articles 7, 8 et 9 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone 1AUE.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4.11 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de Chamonix Mont-Blanc : " Sont tenues pour annexes les constructions répondant simultanément aux trois conditions suivantes :/- la destination de la construction est du domaine fonctionnel du bâtiment principal, tels que les garages, les abris de jardins, les celliers. La construction ne peut être à usage d'hébergement ou d'habitation;/ - la construction est édifiée postérieurement à celle existante et peut être accolée ou non au bâtiment principal;/ la construction a une surface de plancher inférieure à la construction existante " A ceux de l'article I AUE 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions doivent respecter un recul minimum de 3 m. / E, les annexes fonctionnelles des constructions, qu'elles soient accolées ou non à ces dernières, peuvent être implantées sans condition de recul par rapport aux limites des propriétés voisines, dans la mesure où leur hauteur ne dépasse pas 3.50 m et la longueur cumulée de leurs façades bordant la propriété voisine de dépasse pas 10 m, sans qu'aucune façade ne dépasse 6 m. "

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable porte sur la création d'un garage destiné au véhicule professionnel et au stockage de bois d'une surface de 16,56 m², annexe à un atelier de menuiserie existant d'une surface de 24 m². Dans ces conditions, la construction à édifier répond aux trois conditions cumulatives définies par le plan local d'urbanisme pour être qualifiée d'annexe. Par ailleurs, l'arrêté fait état de ce que le projet ne constitue pas une annexe à un bâtiment principal sis sur la parcelle objet de la demande. Si le formulaire Cerfa de la déclaration préalable mentionne comme terrain d'assiette la parcelle n°5236, il ressort du plan de masse que la construction sera édifiée sur la parcelle n°4469 qui accueille déjà le bâtiment principal. Au demeurant, les deux parcelles limitrophes n°4469 et 5236 forment un même tènement. Par suite, et contrairement au motif opposé par le maire de la commune de Chamonix-Mont-Blanc, la construction projetée doit être regardée comme une annexe.

4. D'autre part, il résulte de l'article I AUE 7 du règlement du plan local d'urbanisme précité que les annexes fonctionnelles des constructions peuvent être implantées sans condition de recul par rapport aux limites des propriétés voisines sous réserve que la hauteur ne dépasse pas 3.50 m et la longueur cumulée de leurs façades bordant la propriété voisine de dépasse pas 10 m, sans qu'aucune façade ne dépasse 6 m. A n'est pas contesté que le projet de construction annexe M. D remplit ces conditions pour une implantation sans recul. Par suite, en opposant à M. D une règle de recul de 4 mètres non applicable à son projet, le maire de Chamonix Mont-Blanc a commis une erreur de droit. Dès lors, ce premier motif tiré de la méconnaissance de l'article IAUE7 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur de droit.

5. En deuxième lieu, en application combinée des articles IAU8 et UE8 du règlement du plan local d'urbanisme, la distance minimale entre deux constructions sur une même propriété est de 8 mètres, ramenée à 2 mètres pour les annexes non accolées des constructions principales sur une même propriété.

6. En l'espèce, le projet portant sur la construction d'une annexe non accolée à une construction principale sur une même propriété, le maire ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, considérer qu'elle devait être éloignée d'au moins 8 mètres de la construction principale. Par suite, ce second motif est également entaché d'erreur de droit.

7. En troisième lieu, en application combinée des articles IAU8 et UE8 du règlement du plan local d'urbanisme, le coefficient d'emprise au sol en zone IAUE s'élève à 0,15.

8. Il ressort du dossier de déclaration préalable que la surface du tènement, composé des parcelles n°4469 et 5236, s'élève à 153 m² et que l'emprise au sol de la construction existante (29,25 m²) et de l'annexe à créer (20 m²) est de 40,56 m², portant le coefficient d'emprise au sol à 0,26, soit une valeur supérieure au maximum autorisé par le règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, le maire pouvait valablement opposer au projet un refus fondé sur ce motif tiré de la méconnaissance du coefficient d'emprise au sol.

9. Or il ressort des pièces du dossier que le maire aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le moyen tiré de la méconnaissance du coefficient d'emprise au sol pour s'opposer à la déclaration de travaux de M. D. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2021 du maire de Chamonix Mont-Blanc.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. D est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la commune de Chamonix Mont-Blanc.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105683