Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105811
jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 août 2021 et le 13 octobre 2022, le syndicat des copropriétaires de la copropriété Le Signal, le syndicat des copropriétaires de la copropriété La Muzelle, le syndicat des copropriétaires de la copropriété Le Panoramic, le syndicat des copropriétaires de la copropriété Le Belvédère, le syndicat des copropriétaires de la copropriété Les Chanses et Hauts Lieux, M. B C et Mme D A, représentés par la SELARL CDMF-avocats, affaires publiques, agissant par Me Fiat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 17 février 2021 par laquelle le conseil municipal d'Huez a approuvé la modification n° 1 du plan local d'urbanisme, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Huez une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'enquête publique, qui s'est tenue pendant le second confinement lié à l'épidémie de COVID 19, n'a pas pu être menée de manière effective ;
- les règles de hauteur applicables en zone UH3* sont en contradiction avec le projet d'aménagement et de développement durable ;
- ces règles sont entachées d'erreur de droit au regard des articles L. 151-9 et R. 151-33 du code de l'urbanisme qui interdisent de différencier, au sein d'une même zone, les règles applicables à des constructions relevant de la même destination ;
- ces règles entraînent une rupture d'égalité au profit des constructions situées au sud de l'avenue de l'Eclose et au détriment des autres ;
- ces règles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intérêt que présentent les lieux avoisinants.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 avril 2022 et le 16 novembre 2022, la commune d'Huez, représentée par Me Gautier, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 25 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut de base légale de la délibération attaquée du fait de l'annulation définitive de la délibération du 26 novembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune d'Huez.
Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2024, le syndicat des copropriétaires de la copropriété Le Signal et autres ont présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beytout,
- les conclusions de Mme Paillet-Augey, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vincent, représentant le syndicat de copropriétaires de la copropriété Le Signal et autres.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 17 février 2021, le conseil municipal d'Huez a approuvé la modification n° 1 du plan local d'urbanisme de la commune. Par un courrier du 30 avril 2021, le syndicat des copropriétaires de la copropriété Le Signal et autres ont formé un recours gracieux contre cette délibération, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de la délibération du 17 février 2021 et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen d'ordre public relevé par le tribunal :
2. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
3. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
4. La délibération du 26 novembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune d'Huez a été annulée par des jugements définitifs du 15 février 2022. Cette délibération constituant la base légale de la délibération en litige approuvant la modification n° 1 du plan local d'urbanisme, il y a lieu d'annuler cette dernière délibération par voie de conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête
Sur les frais de l'instance :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande du syndicat de copropriétaires de la copropriété Le Signal et autres au titre des dispositions précitées.
7. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande la commune d'Huez au titre des dispositions précitées.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 17 février 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par le syndicat de copropriétaires de la copropriété Le Signal et autres sont annulées.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la copropriété Le Signal en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune d'Huez.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
E. BEYTOUT
Le président,
P. THIERRYLa greffière,
A. ZANON
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.