Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105838
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105838 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 août 2021, 29 janvier 2024 et 4 avril 2024, Mme C E, M. A E, Mme B E et M. D E, représentés par Me Fiat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le maire de Bilieu a rejeté leur demande tendant à ce que soit inscrite à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal la question de l'abrogation de la délibération du 7 novembre 2020 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune ;
2°) d'enjoindre au maire de convoquer le conseil municipal pour examiner cette question dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bilieu une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas justifié que les modalités de concertation prévues aient été respectées ;
- il n'est pas justifié que le débat sur le projet d'aménagement et de développement durable ait été régulièrement mené ;
- le contenu du projet d'aménagement et de développement durable ne respecte pas les dispositions de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme ;
- le rapport de présentation est insuffisant s'agissant de la mise en œuvre de la loi Montagne et de l'analyse des capacités de stationnement sur la commune, en méconnaissance de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme ;
- il n'est pas justifié que l'ensemble des personnes publiques associées aient été saisies pour avis conformément aux articles L. 153-16 et L. 153-17 du code de l'urbanisme ;
- il n'est pas justifié de la régularité de l'arrêté de mise à l'enquête et de l'avis d'enquête publique ;
- il n'est pas justifié de la complétude du dossier soumis à enquête publique ;
- il n'est pas justifié que le rapport du commissaire enquêteur respecte les articles L. 123-15 et R. 123-19 du code de l'environnement ;
- compte tenu des modifications apportées au plan local d'urbanisme après l'enquête publique, la commune de Bilieu aurait dû organiser une nouvelle enquête publique en vertu de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;
- la délibération en litige, adoptée à huis clos, méconnaît l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales ;
- le plan local d'urbanisme approuvé méconnaît le principe d'équilibre énoncé à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;
- le règlement approuvé n'est pas cohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durable, en méconnaissance de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme ;
- le contenu des orientations d'aménagement et de programmation ne respecte pas l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme ;
- le classement de la parcelle cadastrée section A n° 20 est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre 2021, 27 février 2024 et 13 août 2024, la commune de Bilieu, représentée par Me Buffet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens relatifs aux vices de forme et de procédure sont inopérants dans le cadre d'une demande d'abrogation ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas assortis de précisions suffisantes ou pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beytout,
- les conclusions de Mme Paillet-Augey, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vincent, avocate des requérants, et de Me Buffet, avocate de la commune de Bilieu.
Une note en délibéré a été enregistrée le 10 septembre 2024 pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Le conseil municipal de Bilieu a prescrit l'élaboration d'un plan local d'urbanisme et fixé les modalités de la concertation par une délibération du 8 juin 2017. Le débat sur le projet d'aménagement et de développement durable a eu lieu le 9 avril 2018. Le bilan de la concertation a été tiré et le projet de plan local d'urbanisme arrêté par une délibération du 20 juillet 2019. L'enquête publique s'est déroulée du 20 novembre 2019 au 2 janvier 2020. Enfin le plan local d'urbanisme a été approuvé par une délibération du 7 novembre 2020. Par courrier du 5 mai 2021, les consorts E ont demandé au maire de la commune d'inscrire l'abrogation du plan local d'urbanisme à l'ordre du jour du conseil municipal. Le maire a rejeté leur demande par une décision du 30 juin 2021, dont les consorts E demandent l'annulation dans la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les vices de forme et de procédure :
2. Si, dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.
3. Il s'en suit que les consorts E ne peuvent utilement invoquer, à l'appui de leurs conclusions à fin d'annulation du refus opposé à sa demande d'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune de Bilieu, les moyens tirés du non-respect des modalités de la concertation, de l'information insuffisante du conseil municipal s'agissant du projet d'aménagement et de développement durable, de l'imprécision du projet d'aménagement et de développement durable s'agissant des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace, de l'insuffisance du rapport de présentation sur la loi dite " loi Montagne " et les capacités de stationnement, de l'absence de consultation de l'ensemble des personnes publiques associées, de l'irrégularité de l'arrêté et de l'avis d'enquête publique, de l'incomplétude du dossier soumis à enquête, de l'insuffisance du rapport du commissaire enquêteur, de l'existence de modifications postérieures à l'enquête publique ne procédant pas de celle-ci et bouleversant substantiellement le projet de plan local d'urbanisme et de l'irrégularité de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme à huis clos.
En ce qui concerne les autres moyens :
S'agissant de la méconnaissance du principe d'équilibre
4. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel ; / e) Les besoins en matière de mobilité () ".
5. Si les requérants soutiennent dans leur requête que le plan local d'urbanisme approuvé ne respecte pas le principe d'équilibre, ils n'indiquent pas lequel des objectifs énoncés par les dispositions précitées est insuffisamment pris en compte et pour quelles raisons. Le moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.
S'agissant de la cohérence entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durable :
6. Aux termes de l'article R. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
7. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme (PLU) entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
8. En l'espèce, les requérants se bornent à affirmer que le règlement et le projet d'aménagement et de développement durable ne sont pas cohérents, sans indiquer ni les dispositions du règlement ni les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable concernés. Le moyen, dépourvu des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.
S'agissant du contenu des orientations d'aménagement et de programmation :
9. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles () ". Et aux termes de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; / 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; / 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; / 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; / 6° Adapter la délimitation des périmètres, en fonction de la qualité de la desserte, où s'applique le plafonnement à proximité des transports prévu aux articles L. 151-35 et L. 151-36. / II. - En zone de montagne, ces orientations définissent la localisation, la nature et la capacité globale d'accueil et d'équipement des unités touristiques nouvelles locales ".
10. Les requérants reprochent notamment aux orientations d'aménagement et de programmation du plan local d'urbanisme de Bilieu de fixer une densité minimale à l'hectare, d'indiquer le nombre minimal de logements attendus et la typologie attendue des constructions, de préciser la mixité sociale souhaitée et quantifiée et également de prévoir les modalités techniques de gestion des eaux notamment pluviales. Toutefois ces différents éléments répondent à la définition et au contenu des orientations d'aménagement et de programmation énoncés par les dispositions précitées et ne relèvent pas du règlement. Le moyen tiré de la méconnaissance des article L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.
En ce qui concerne le classement de la parcelle cadastrée section A n° 20 en zone agricole :
11. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste, fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'un détournement de pouvoir.
12. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
13. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
14. La parcelle cadastrée section A n° 20, d'une superficie de 2 385 m², est vierge de toute construction et fait partie d'un ensemble plus vaste de parcelles à l'état naturel, à l'extérieur de la partie urbanisée de la commune. Les requérants ne démontrent pas son absence de potentiel agricole, alors qu'elle est entièrement recouverte d'une prairie. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que son classement en zone agricole est entaché d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par les consorts E doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
17. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bilieu, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
18. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants le versement à la commune de Bilieu d'une somme de 1 000 euros au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts E est rejetée.
Article 2 : Les consorts E verseront une somme de 1 000 euros à la commune de Bilieu en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Bilieu.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
E. BEYTOUT
Le président,
P. THIERRY La greffière,
A. ZANON
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.