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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106181

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106181

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2021, M. C A, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis le mois d'avril 2020, dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à Me B sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation car il est dans une situation de particulière vulnérabilité ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne démontre pas qu'il a été informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'un refus de se soumettre à un test PCR ;

- elle méconnaît l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité, ni n'a procédé à un entretien personnel avec lui avant l'édiction de la décision contestée ;

- la décision méconnaît les articles L. 744-7 et D. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car c'est à tort qu'il a été déclaré en fuite ; son état de santé ne lui permettait pas de se soumettre à un test PCR ; il n'a manqué aucun rendez-vous en préfecture et a toujours respecté son assignation à résidence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 28 juillet 2023 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 13 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- et les observations de Me Margat, substituant Mme B, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 septembre 1998, déclare être entré en France le 27 décembre 2020. Il a présenté une demande d'asile le 5 janvier 2021, enregistrée par le préfet de l'Isère selon la procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 8 mars 2021, le préfet du Rhône a décidé son transfert vers l'Allemagne. Le 20 avril 2021, à l'aéroport de Saint Exupéry à Lyon, M. A ayant refusé de soumettre au test PRC Covid-19 obligatoire requis dans le cadre de son transfert aux autorités allemandes, il a été déclaré en fuite le même jour et le préfet du Rhône a pris à son encontre une assignation à résidence. Par un courrier du 21 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé M. A de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ce qu'il a fait, par une décision du 4 mai 2021, dont M. A demande l'annulation.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour lui permettre de la contester utilement Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. ". Il est possible à l'OFII, après examen de la situation particulière de l'intéressé et après avoir mis celui-ci, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. En l'espèce, la décision attaquée a été adoptée au motif qu'il a refusé de se soumettre à un test PCR (Polymerase Chain reaction) Covid-19 obligatoirement requis dans le cadre de son éloignement, l'Allemagne exigeant un test PCR de moins de 72 heures. L'OFII produit un procès-verbal d'audition du 20 avril 2021 mentionnant qu'à l'aéroport, M. A a refusé de se soumettre au test PCR.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé des conditions de suspension et de retrait des conditions matérielles d'accueil le 5 janvier 2021, en français, langue qu'il a indiqué comprendre. En outre, M. A a, le 8 mars 2021, lors de la remise de son arrêté de transfert vers l'Allemagne a été informé que s'il refusait de se soumettre au test PCR requis pour l'exécution de son arrêté de transfert en Allemagne, il serait regardé comme ayant pris la fuite et ne pourrait plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Ce document, versé au dossier, indique également que le test PCR était exigé par les autorités allemandes en charge de sa demande d'asile. M. A n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences d'un refus de se soumettre à un test PCR.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. ". Contrairement à ce que soutient le requérant, l'OFII justifie avoir procédé à un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité le 5 janvier 2021, le jour du dépôt de sa demande d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées.

8. En quatrième lieu, M. A expose qu'il est sans ressource, sans solution d'hébergement et souffrant de problèmes médicaux, il est dans une situation de particulière vulnérabilité. Il produit pour en justifier trois certificats médicaux. Le premier du 1er avril 2021 se borne à mentionner la prise de médicament en cas d'angoisse et les deux autres des 29 juin 2021 et 20 juin 2023 sont postérieurs à la décision attaquée. Si le certificat médical du 29 juin 2021 mentionne qu'il a été reçu par le centre hospitalier Alpes-Isère le 11 janvier 2021, aucun suivi médical n'avait débuté à la date de la décision attaquée. M. A a d'ailleurs présenté, dans un courrier du 28 avril 2021, des observations au courrier du 21 avril 2021 de l'OFII l'informant de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans lequel il ne mentionne pas de circonstances médicales particulières concernant sa vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation au regard de sa vulnérabilité et de l'erreur de fait la concernant doivent être écartés.

9. En cinquième et dernier lieu, les éléments médicaux produits par le requérant, qui ne mentionnent aucune impossibilité médicale à se soumettre à un test PCR, ne suffisent pas à justifier qu'il ne s'y soit pas soumis, de manière légitime, si bien que M. A doit être regardé comme s'étant soustrait de manière intentionnelle au respect des exigences des autorités chargées de l'asile. Par suite, en suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A, l'OFII n'a pas commis d'erreur de droit au regard des articles L. 744-7 et D. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni n'a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

C. PAILLET-AUGEY Le président,

P. THIERRY

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne à préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21061812

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