Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106527

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL RETEX AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de Claveyson avait refusé un permis de construire à M. C, apiculteur, pour une maison d'habitation et des bureaux en zone agricole. La juridiction a retenu que le maire s'était cru lié par l'avis défavorable de la direction départementale des territoires, méconnaissant ainsi ses pouvoirs issus de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme. Elle a également jugé que le projet était strictement nécessaire à l'exploitation agricole au sens de l'article 1.1.2 du règlement du PLU, en raison des contraintes spécifiques de l'élevage de reines. En conséquence, le tribunal a annulé le refus et enjoint à la commune de délivrer le permis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2021 et des mémoires enregistrés le 15 décembre 2022, le 12 août 2024 et le 30 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Matras, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de Claveyson a rejeté sa demande de permis de construire, ensemble le refus opposé à son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Claveyson de lui délivrer le permis demandé dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 150 euros ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Claveyson la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il bénéficie, par application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, d'un permis de construire tacite qui ne pouvait être retiré qu'après respect de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus en litige est entaché d'erreurs matérielles ;

- le maire s'est cru, à tort, lié par l'avis émis par la direction départementale des territoires le 29 mars 2021 ;

- le refus en litige méconnaît l'article 1.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) applicable en zone A.

La commune de Claveyson, représentée par Me D'Audigier, a présenté un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024 par lequel elle conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- les observations de Me Punzano, représentant M. C et de Me D'Audigier, représentant la commune de Claveyson.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, apiculteur depuis 2013, a déposé une demande en vue de la construction d'une maison d'habitation et de bureaux à Claveyson (Drôme) sur deux parcelles cadastrées ZT 263 et 265 classées agricoles, à proximité immédiate de ses bâtiments agricoles. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir du refus que le maire lui a opposé par arrêté du 6 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ".

3. En l'espèce, le maire de Claveyson a adressé un message électronique à la direction départementale des territoires le 3 mai 2021, soit trois jours avant adoption de l'arrêté en litige, dans lequel il déplore l'avis défavorable émis par ce service de l'Etat dans les termes suivants : " En tant que maire, on me demande de signer le refus de permis de construire d'une habitation en zone agricole de M. B C en évoquant le lien de nécessité agricole non avéré sur la base des arguments suivants (). ". Et, après avoir fait état des motifs pour lesquels il nourrit un doute sur la légalité d'un refus de permis de construire, le maire conclut ainsi : " Ceci explique mon hésitation à signer ce document qui vient à échéance le 10 mai ". Cette correspondance atteste du fait que le maire de Claveyson s'est cru lié par l'avis défavorable du service agricole de la direction départementale des territoires en date du 10 mars 2021, méconnaissant ainsi les pouvoirs que lui confèrent les dispositions citées au point précédent. Le moyen correspondant doit donc être accueilli.

4. L'article 1.1.2 du règlement du PLU applicable en zone A y autorise les constructions à usage d'habitation et leurs annexes " à condition d'être strictement nécessaires à une exploitation agricole () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'élevage de reines que M. C a entrepris pour les besoins de son activité d'apiculteur et souhaite développer afin de les commercialiser nécessite, en période de naissance, une intervention rapide pour prévenir leur mort. Ainsi l'intéressé doit, plusieurs jours par semaine pendant plusieurs mois de l'année, se rendre dans ses bâtiments d'élevage toutes les 3 heures, de jour comme de nuit. Par ailleurs, malgré la relative proximité de son logement actuel de ses bâtiments agricoles, il justifie par l'attestation d'un client ne pas avoir pu, à plusieurs reprises, honorer les commandes qui lui étaient faites à cause d'une mortalité importante de son cheptel. Dès lors, compte tenu des conditions très particulières de son activité, la construction de son habitation à proximité de ses bâtiments d'élevage est " strictement nécessaire " à son activité au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen invoqué par M. C, tiré de leur méconnaissance par le permis en litige, doit également être accueilli.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de Claveyson a rejeté la demande de permis de construire de M. C doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée au point 7 implique nécessairement que, par application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il soit enjoint au maire de Claveyson de délivrer à M. C le permis de construire demandé par ce dernier. Il y a lieu de lui impartir, pour ce faire, un délai de 3 mois courant à compter de la date de notification du jugement.

Sur les frais du litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Claveyson la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées par cette commune sur ce fondement du code de justice administrative doivent être rejetées eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de Claveyson a rejeté la demande de permis de construire de M. C, ensemble le refus opposé à son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Claveyson de délivrer à M. C le permis de construire qu'il a sollicité dans le délai de 3 mois courant à compter de la date de notification du jugement.

Article 3 : La commune de Claveyson versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Claveyson.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106527