Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106529
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEXIMM AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2021 et 28 février 2022, M. D A, représenté par Me Rigoulot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 du maire de la commune de Savasse portant opposition à déclaration préalable ;
2°) de déclarer illégal par voie d'exception l'article N2 du plan local d'urbanisme (PLU) en tant qu'il interdit les extensions des habitations existantes d'une surface de plancher inférieure à 40 mètres carrés ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Savasse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué n'était pas compétent pour ce faire ;
- la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur l'article N2 du PLU de la commune, lequel est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où en autorisant la construction d'annexes non accolées de 35 m² quelle que soit la surface de plancher de l'habitation existante et en interdisant la réalisation d'extensions d'une habitation d'une surface de plancher inférieure à 40 m², il n'est pas conforme aux exigences du code de l'urbanisme ou de la protection contre le mitage de la zone N de la commune et crée une discrimination entre les propriétaires d'habitations d'une surface de plancher inférieure à 40 m² et les autres sans permettre l'objectif de protection ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 février et 15 avril 2022, la commune de Savasse, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- eu égard à sa nature, elle était tenue de s'opposer au projet ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par lettre du 1er octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à une déclaration d'illégalité de l'article N2 du plan local d'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de Me Fiat, avocate de la commune de Savasse.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er juillet 2021, M. A a déposé une déclaration préalable pour des travaux portant sur l'extension d'une construction existante et l'édification d'une clôture sur un terrain situé 1585 route des charges à Savasse. Le maire de la commune a fait opposition à cette déclaration préalable par un arrêté du 26 juillet 2021 dont M. A demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin de déclaration d'illégalité :
2. Les conclusions à fin de voir déclarer illégal l'article N2 du plan local d'urbanisme en tant qu'il interdit les extensions des habitations existantes d'une surface de plancher inférieure à 40 mètres carrés, qui tendent à d'autres fins qu'une annulation, sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par M. C, lequel bénéficiait d'une délégation de fonctions et de signature du maire consentie le 27 mai 2020 et régulièrement affichée en mairie à compter du 29 mai suivant, qui concerne notamment toutes les décisions relatives à l'urbanisme. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette délégation, prise sur le fondement de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, donnait compétence au signataire pour signer la décision en litige et définissait par ailleurs avec une précision suffisante les limites de cette délégation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire () ". Aux termes de l'article L. 151-12 du même code : " Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières et en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments d'habitation existants peuvent faire l'objet d'extensions ou d'annexes, dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site./ Le règlement précise la zone d'implantation et les conditions de hauteur, d'emprise et de densité de ces extensions ou annexes permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. /Les dispositions du règlement prévues au présent article sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classées en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1°) Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturel, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2°) Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3°) Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4°) Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5°) Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Aux termes de l'article R. 151-25 du même code : " Peuvent être autorisées en zone N : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole et forestière, ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci ".
6. L'article N 1 du PLU relatif aux occupations et utilisations du sol interdites prévoit que " Toutes les occupations et utilisations du sol non mentionnées à l'article N2 sont interdites dans l'ensemble de la zone ". L'article N2 relatif aux occupations et utilisations du sol soumises a conditions dispose que " Sont autorisées sous conditions dans l'ensemble de la zone les occupations et utilisations du sol suivantes : () - L'extension des constructions à usage d'habitation existantes à la date d'approbation du PLU :/ * sous réserve de ne pas compromettre l'activité agricole ou la qualité paysagère du site /* à condition d'assurer le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone/ * et dans la limite de 33 % de la surface totale initiale à condition que la surface totale initiale soit supérieure à 40 m² et que la surface totale de la construction après travaux n'excède pas 250 m² (existant + extensions)./ - Les annexes - non accolées - aux habitations existantes, / - * sous réserve de ne pas compromettre l'activité agricole ou la qualité paysagère du site / - * à condition d'assurer le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone / - * sous réserve que ces annexes soient implantées à une distance maximale de 20 mètres du bâtiment principal de l'habitation dont elles dépendent, / - *dans la limite de 35 m² de surface de plancher et d'emprise au sol (total des annexes hors piscine) () ".
7. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par M. A, le maire de Savasse s'est fondé sur les dispositions applicables à la zone N du règlement du plan local d'urbanisme communal (PLU), lesquelles interdisent toutes les occupations et utilisations du sol non mentionnées dans l'article N2. Il ressort des pièces du dossier que le projet se situe en zone N du PLU, zone définie par le règlement du plan local d'urbanisme comme " à protéger en raison soit de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une exploitation forestière soit de leur caractère d'espaces naturels ". Si l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme autorise, comme l'article L. 151-12 du code de l'urbanisme le permet, les extensions et annexes des habitations existantes, il ressort des termes de ces dispositions qu'elles ne sont autorisées que dans les limites qui sont précisément définies, notamment par rapport à la surface de plancher déjà existante. L'article N2 du règlement ne méconnaît ainsi pas les dispositions des articles L. 151-12, R. 151-24 et R. 151-25 du code de l'urbanisme. A supposer que le requérant ait entendu soulevé la méconnaissance par cet article du principe d'égalité, ce principe ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. En l'espèce, le choix du seuil de 40m2 de surface totale initiale en deçà duquel une construction à usage d'habitation ne peut bénéficier d'une extension constitue une différence de traitement en rapport direct avec l'objet de la norme consistant à protéger les zones naturelles et ne révèle pas une atteinte au principe d'égalité des citoyens devant la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que l'opposition à déclaration préalable serait illégale en tant que fondée sur un document d'urbanisme lui-même illégal doit être écarté.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du dossier de déclaration préalable, que le projet porte sur l'édification d'une extension d'un cabanon en pierre existant de 15m2 consistant en un chalet en bois de 19,90 m2 construit sur une dalle existante ainsi que d'une clôture. Cette extension, accolée au projet, n'a pas le caractère d'une annexe au sens des dispositions de l'article N2 du PLU. Par suite, le maire de Savasse a fait une exacte application des dispositions précitées en s'opposant à la déclaration préalable de M. A.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2021 portant opposition à déclaration préalable doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Savasse tendant à la condamnation de M. A à ce même titre.
D É C I D E :
Article 1er :La requête est rejetée.
Article 2 :Les conclusions de la commune de Savasse tendant à la condamnation de M. A au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Savasse.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
A. Derollepot
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.