Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106565

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL KHÔRA AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme F et autres, qui demandaient l’annulation d’un permis de construire modificatif délivré le 9 avril 2021 par la commune de Chamonix-Mont-Blanc à Mme I pour l’agrandissement d’un parking enterré. Le tribunal a jugé que le permis attaqué était bien un permis modificatif et non un nouveau permis, les modifications n’apportant pas de bouleversement au projet initial. Il a également écarté les moyens d’incomplétude du dossier et de fraude, et a rejeté la requête comme irrecevable pour défaut d’intérêt à agir des requérants. La décision s’appuie sur les articles L. 600-1-2 du code de l’urbanisme et L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 29 novembre 2023, Mme J F, M. C F et M. et Mme E, représentés par Me Cortes, demandent au tribunal :

1°) d'annuler ensemble l'arrêté en date du 9 avril 2021 par lequel la commune de Chamonix-Mont-Blanc a accordé un permis de construire modificatif n° PC07405618A0046M01 à Mme A I pour l'agrandissement d'un parking enterré sis 53 Clos des Charmilles à Chamonix et la décision expresse de rejet du recours gracieux du 28 juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chamonix-Mont-Blanc une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable et ils ont intérêt pour agir ;

- l'arrêté du 9 avril 2021 est un nouveau permis de construire et non un permis de construire modificatif ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet ; le dossier ne porte pas mention d'une servitude de passage ;

- la demande de permis de construire revêt un caractère frauduleux ;

- si le tribunal devait considérer que le permis de construire délivré postérieurement à M. I sous le n° PC07405618 A0047 selon arrêté du 20 juin 2018 n'a pas procédé au retrait implicite du permis de construire n° PC 07405618 A0046 délivré le 20 juin 2018 à Mme I, il est demandé à la commune de procéder à son retrait pour fraude.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, la commune de Chamonix-Mont-Blanc conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable car les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 juillet et le 14 décembre 2023 (ce dernier non communiqué), Mme A I, représentée par la SCP CGCG, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable car tardive.

Par ordonnance du 30 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2023.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cortes, représentant les requérants, et de Me Giorsetti, représentant Mme I.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 avril 2018, Mme A I a déposé une demande de permis de construire un garage enterré sur un terrain situé 53, Clos des Charmilles, sur les parcelles cadastrées section G n° 2454-3517-5091. Par arrêté de permis de construire n° PC07405618A0046 du 20 juin 2018, le maire de Chamonix a délivré le permis de construire sollicité. Parallèlement, M. D I, fils de la pétitionnaire, a également déposé, le 13 avril 2018, une autre demande de permis de construire un garage semi-enterré sur le même tènement. Par arrêté du 20 juin 2018 n° PC07405618A0047, le maire de la commune de Chamonix-Mont-Blanc a autorisé la construction. Sur demande du pétitionnaire, la commune a toutefois retiré ce dernier permis de construire. Le 12 février 2021, Mme I a déposé un dossier de demande de permis modificatif en vue de l'agrandissement du parking enterré, pour une surface de 195 m². Par arrêté de permis de construire n° PC 07405618A0046M01 du 9 avril 2021, le maire de Chamonix a délivré le permis de construire modificatif sollicité.

Sur la nature du permis de construire attaqué :

2. D'une part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, compte tenu du fait que les permis accordés à Mme I et à son fils ne portaient pas sur des projets identiques et avaient été accordés à des pétitionnaires distincts, l'arrêté n° PC 07405618A0046 accordé à Mme I n'a pas été implicitement retiré par le permis n° PC07405618A0047 accordé à son fils.

3. D'autre part, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

4. Il ressort des pièces du dossier que le seul élément modifié par la demande du 12 février 2021 consiste en un léger agrandissement du garage enterré sur le côté Est. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux du permis de construire initial auraient été achevés. Par suite, ces modifications envisagées n'apportaient pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dès lors, l'arrêté n° PC07405618A0046M01 du 9 avril 2021 est, contrairement à ce que soutiennent les requérants, un permis de construire modificatif.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

5. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

6. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien.

7. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé.

8. Pour justifier de leur intérêt pour agir, les requérants, qui n'ont pas contesté le permis de construire initial n° PC07405618A0046, soutiennent que le projet de construction autorisé a vocation à être implanté en limite séparative de la propriété des époux E et à proximité immédiate de la maison des consorts F. Ils soutiennent également que le projet a vocation à créer un accès sur le chemin du Clos des Charmilles aux parcelles cadastrées n° 5091 et 4109 appartenant à M. et Mme G qui ne disposent d'aucune servitude de passage sur le chemin du Clos des Charmilles. Enfin, ils invoquent l'augmentation de la circulation par la desserte d'un foncier extérieur au Clos des Charmilles et non desservi par le chemin privé du Clos des Charmilles.

9. Toutefois, ainsi qu'il a été déjà dit au point 4, il ressort des pièces du dossier que le seul élément modifié par la demande du 12 février 2021 consiste en un léger agrandissement de 35,5 m² du garage enterré sur le côté Est. Par suite, ces modifications envisagées, qui ne sont pas de nature à augmenter significativement la circulation automobile sur le chemin privé du clos de Charmilles, ne sont pas de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien des requérants. Par suite, la fin de non-recevoir doit être accueillie.

10. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'arrêté du 9 avril 2021 étant un permis de construire modificatif, l'absence dans le dossier de permis de construire modificatif d'une servitude de passage n'a pas, eu égard aux modifications demandées, pu exercer d'influence sur l'appréciation du service instructeur. Par suite, le moyen doit être écarté. Enfin, les requérants se prévalent, au soutien du moyen tiré du caractère frauduleux de la demande de permis de construire modificatif, que le projet de parking enterré présente sur les plans de masse une surface de 259,04 m² augmentée à 294,64 m² soit 100 m² de plus que ce qui a été déclaré sur le formulaire Cerfa. Toutefois, le caractère frauduleux doit être apprécié uniquement au regard des modifications apportées par le permis de construire modificatif. Or, il ressort clairement que le permis de construire modificatif se borne à prévoir une augmentation de 35,5 m² de la surface du garage. Par suite, le moyen doit être également écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2021 n° PC07405618A0046M01. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais du procès :

12. Les requérants, partie perdante à l'instance, verseront la somme de 1 500 euros à Mme A I en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions similaires de la commune de Chamonix-Mont-Blanc.

D E C I D E :

Article 1er :La requête est rejetée.

Article 2 :Les requérants verseront la somme de 1 500 euros à Mme A I en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions de la commune de Chamonix-Mont-Blanc tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C F en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Chamonix-Mont-Blanc et à Mme A I.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme H, première-conseillère,

- Mme B, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. H

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.