Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106618

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106618
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a constaté, par ordonnance, qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur la requête de M. B. Ce dernier contestait la décision du Département de l'Isère refusant le renouvellement de sa mesure d'accompagnement de jeune majeur. Le tribunal a relevé que M. B avait atteint l'âge de 21 ans en cours d'instance, le rendant inéligible à toute prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au titre de l'article L. 112-3 du code de l'action sociale et des familles. Par conséquent, le litige est devenu sans objet, et les conclusions à fin d'annulation et d'injonction ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 octobre 2021 et 14 avril 2022, M. A B, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2021 par laquelle le Département de l'Isère a rejeté son recours administratif formulé contre la décision du 1er décembre 2020 rejetant sa demande de renouvellement de la mesure d'accompagnement de jeune majeur dont il bénéficiait et mettant fin à sa prise en charge à la date du 31 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de l'Isère de lui attribuer une mesure administrative en faveur des jeunes majeurs ;

3°) à défaut, enjoindre au conseil départemental de l'Isère réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) en tout état de cause, et dans l'attente, d'enjoindre au conseil départemental de l'Isère de poursuivre sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard

5°) de condamner le conseil départemental de l'Isère à payer à son Conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, celui-ci s'engageant à exercer l'option prévue à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2022, le Département de l'Isère, représenté par Me Cano, conclut à l'irrecevabilité de la requête à titre principal, subsidiairement à son rejet et à ce que l'Etat soit mis en cause dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions aux fins d'annulation et à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de prendre en charge ses frais d'hébergement.

Par un courrier du 26 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce que la requête est devenue sans objet : le requérant ayant atteint 21 ans au cours de l'instance devant le tribunal administratif de Grenoble, il n'est ainsi plus susceptible de faire l'objet d'une prise en charge en tant que jeune majeur par l'aide sociale à l'enfance à la date à laquelle le tribunal administratif statue

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de l'action sociale et des familles

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif (), les premiers vice-présidents des tribunaux (), le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux () et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () / 3' Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () ".

2. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 112-3 du code de l'action sociale et des familles : " La protection de l'enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l'enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits. () Ces interventions peuvent également être destinées à des majeurs de moins de vingt et un ans connaissant des difficultés susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

4. Il est constant que M. B est né le 2 avril 2002, de sorte qu'il a atteint 21 ans au cours de l'instance devant le tribunal administratif de Grenoble. Il n'est ainsi plus susceptible de faire l'objet d'une prise en charge en tant que jeune majeur par l'aide sociale à l'enfance à la date à laquelle le tribunal administratif statue. Dans ces circonstances, et eu égard à l'office du juge consistant à examiner la situation de l'intéressé à la date à laquelle il statue, les conclusions de M. B dirigées contre la décision du président du conseil départemental de l'Isère en date du 1er décembre 2020 mettant un terme à sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance sont devenues sans objet, postérieurement à l'introduction de sa demande devant le tribunal administratif de Grenoble. Dès lors n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire par le Département de l'Isère tendant, dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions aux fins d'annulation de la requête, à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de prendre en charge les frais d'hébergement du requérant.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de condamner le département de l'Isère au titre des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire par le Département de l'Isère.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Cans et au Département de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 7 octobre 2024.

Le président de la 6ème chambre

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106618