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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106783

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106783

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt du 7 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Lyon, saisie d'un appel présenté par Mme A B, a annulé l'ordonnance de la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Grenoble du 6 octobre 2020 et a renvoyé l'affaire au tribunal pour qu'il soit statué sur sa requête.

Par cette requête et des mémoires, enregistrés le 5 août 2020, le 1er août 2024 et le 13 septembre 2024, Mme A B, représentée par le cabinet Adden Avocats, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 27 mars 2020 par l'ordonnateur de la commune de Combloux d'un montant de 609,00 euros au titre des frais de secours exposés après sa chute sur une piste de ski et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Combloux une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire contesté ne lui a pas été notifié, elle n'a reçu qu'une lettre de relance ;

- la lettre de relance et le titre exécutoire sont entachés d'un défaut de motivation en ce qu'ils ne précisent pas les bases et les éléments de calcul ;

- le titre exécutoire a été pris en méconnaissance de l'article R. 2321-7 du code général des collectivités territoriales en l'absence de délibération préalable du conseil municipal sur les conditions de remboursement des frais de secours en montagne régulièrement publiée ;

- il appartient à l'administration de démontrer que les tarifs pratiqués ont été ceux retenus par cette délibération ;

- sa prise en charge a été effectuée par une ambulance privée, dans des conditions opaques, sans que les tarifs des services sanitaires ne soient fixés et sans qu'il ne soit précisé que ces derniers relevaient d'un marché public ;

- le titre exécutoire ne fait pas mention des qualifications des pisteurs-secouristes et des modalités dans lesquelles les opérations de secours se sont déroulées ;

- il n'opère pas de distinction entre les différentes prestations opérées et les différents prestataires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, la commune de Combloux conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B soit condamnée à verser une somme de 2 000 euros en raison de l'atteinte à l'intégrité morale du maire et en ce que sa requête traduit une intention d'agir " de manière contraire à la loyauté et à l'honnêteté ".

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Savoie qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 février 2020, Mme B a fait une chute sur une piste de ski du domaine " Les portes du Mont-Blanc ", située sur le territoire de la commune de Combloux, qui a nécessité l'intervention des services de secours. Par un titre exécutoire du 27 mars 2020 émis par le maire de la commune de Combloux, la somme de 609 euros en remboursement des frais de secours a été mise à sa charge. Le 2 juillet 2020, le centre des finances publiques de Sallanches lui a transmis une lettre de relance se rapportant au titre exécutoire. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation du titre exécutoire du 27 mars 2020 et la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. / (). Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Les collectivités publiques ne peuvent mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elles se sont fondées pour déterminer le montant de la créance.

3. En l'espèce, le titre exécutoire émis le 27 mars 2020, qui se borne à indiquer dans la rubrique objet " S/Pistes 02/02/2020 + transport ", ne précise ni les bases de liquidation de la créance, ni les éléments de calcul. Par ailleurs, il ne comporte aucun élément en annexe et ne renvoie à aucun autre document qui détaillerait les sommes dues. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le titre exécutoire contesté est insuffisamment motivé et méconnaît, par suite, les dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire du 27 mars 2020 et la décharge de l'obligation de payer la somme de 609 euros.

Sur les conclusions de la commune de Combloux :

5. Les conclusions tendant à ce que Mme B soit condamnée à verser une somme de 2 000 euros en raison de l'atteinte à l'intégrité morale du maire et en ce que sa requête traduirait une intention d'agir " de manière contraire à la loyauté et à l'honnêteté " ne sont pas assorties des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Combloux la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire de droit à ces conclusions en tant qu'elles sont dirigées contre l'Etat dès lors qu'il n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire du 27 mars 2020 émis par l'ordonnateur de la commune de Combloux pour un montant de 609 euros est annulé.

Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 609 euros résultant du titre exécutoire du 27 mars 2020.

Article 3 : La commune de Combloux versera une somme de 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Combloux et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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