Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106845
jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106845 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BCV AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et un mémoire enregistrés les 14 octobre 2021 et 20 décembre 2022, le préfet de la Savoie, demande au tribunal d'annuler la délibération du 25 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Novalaise a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme (PLU).
Il soutient que la délibération attaquée :
- méconnaît l'article L. 153-49 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de l'avant-pays savoyard au regard du non-respect de la densité minimale de constructions à l'hectare et au regard de la consommation d'espaces prévus par le SCoT à l'horizon 2025 ;
- méconnaît les articles L. 153-19 et L. 153-21 du code de l'urbanisme dès lors que la modification du classement du tènement situé au nord des parcelles cadastrées n°1073 à 1075 au lieu-dit Le Collomb ne procède pas de l'enquête publique.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 octobre 2022 et le 20 janvier 2023, la commune de Novalaise, représentée par Me Combaret, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le déféré est tardif ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Portal,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Perrouty pour la commune de Novalaise.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Savoie demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil municipal de Novalaise du 25 mai 2021 approuvant la révision du plan local d'urbanisme (PLU).
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du même code alors applicable : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale : 1° Les plans locaux d'urbanisme () ". L'article L. 153-49 de ce code dispose que : " Lorsqu'un plan local d'urbanisme doit être rendu compatible avec un document mentionné aux articles L. 131-4 (), l'autorité administrative compétente de l'Etat en informe l'établissement public de coopération intercommunale ou la commune ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels les schémas de cohérence territoriale peuvent contenir des normes prescriptives, ceux-ci doivent se borner à fixer des orientations et des objectifs. Les plans locaux d'urbanisme sont soumis à une simple obligation de compatibilité avec ces orientations et objectifs. Si ces derniers peuvent être en partie exprimés sous forme quantitative, il appartient aux auteurs des plans locaux d'urbanisme, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, ainsi qu'il a été dit, non leur conformité aux énonciations des schémas de cohérence territoriale, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.
4. Le préfet de la Savoie soutient, d'une part, que le PLU en litige est incompatible avec l'objectif du SCoT de l'avant-pays savoyard qui prévoit que la densité brute moyenne de chaque zone à urbaniser prévue dans le PLU ne pourra être inférieure à 25 logements minimum par hectare pour les communes pôles d'équilibre. Le préfet de la Savoie invoque des erreurs d'application par la commune de Novalaise de la méthode d'identification des notions d'extensions urbaines et de dents creuses décrites dans le SCoT de l'avant-pays savoyard si bien que la densité brute moyenne de chaque zone à urbaniser serait inférieure à la densité de 25 logements minimum par hectare fixée par le SCoT pour les communes pôles d'équilibre. Le préfet de la Savoie fait valoir, d'autre part, que le PLU en litige est incompatible avec l'objectif du SCoT de l'avant-pays savoyard concernant la consommation d'espaces prévus à l'horizon 2025. Cependant, le préfet de la Savoie ne s'est pas livré à une analyse globale des orientations et objectifs du SCoT de l'avant-pays savoyard exigée par le contrôle de compatibilité défini au point précédent. En tout état de cause, les deux parcelles sises " Au Fauge ", le secteur " Aux Richards " et le secteur de Courvaz/Albens mentionnés par le préfet de la Savoie dans son mémoire en défense ne représentent au total qu'une superficie de 0,7 ha de telle sorte qu'une prise en compte de cette superficie ne conduirait pas, au vu de sa faible ampleur, à une incompatibilité du PLU en cause avec la densité minimale de 25 logements par hectare prévu par le SCoT de l'avant-pays savoyard. Par ailleurs, si le SCoT de l'avant-pays savoyard prévoit une surface brute dédiée à la production de l'habitat de 13,6 ha entre 2015 et 2025, il n'impose pas de respecter une progression linéaire dans le temps de cette production de l'habitat à un rythme constant et proportionnel au vu de l'échéance fixée à l'horizon 2029 du plan local d'urbanisme. Ainsi, contrairement aux allégations du préfet de la Savoie, la consommation d'espaces de 5,6 ha prévue par le rapport de présentation du plan local d'urbanisme d'ici 2029, en y ajoutant la consommation de 5,8 ha déjà réalisée sur la période de 2015 à 2019, soit une enveloppe totale de 11,4 ha, ne dépasse pas l'objectif prévu par le SCoT de l'avant-pays savoyard et n'est dès lors pas incompatible avec celui-ci. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique () ". Selon l'article L. 153-21 du même code : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8 ".
6. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
7. Contrairement à ce que soutient le préfet de la Savoie, la modification du classement du tènement situé au nord des parcelles cadastrées 1073 à 1075 au lieu-dit le Collomb en zone naturelle au lieu d'une zone urbaine Uc2 initialement prévue découle directement d'une réserve émise par les services de l'Etat lors de l'enquête publique en ce qui concerne la prise en compte des risques naturels, en particulier les risques d'inondation et d'aléas de ruissellement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L.153-19 et L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, le déféré du préfet de la Savoie doit être rejeté.
Sur les frais de justice :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Novalaise au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Le déféré du préfet de la Savoie est rejeté.
Article 2 :L'Etat versera à la commune de Novalaise une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié au préfet de la Savoie et à la commune de Novalaise.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bedelet, présidente,
M. Argentin, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
N. Portal
La présidente,
A. Bedelet
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.