Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107931
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2107931 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LEXLEAD AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 3 novembre 2021, le 27 décembre 2021 et le 15 février 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 31 mars 2016 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé l'affectation de la somme de 189 167, 32 euros au résultat du budget annexe déchets de l'année 2015 ;
2°) de condamner le président et le directeur des services de la communauté de communes Cœur de Chartreuse pour faux en écriture publique ;
3°) d'annuler les faux documents visés par le préfet de l'Isère le 14 avril 2016 et le 9 avril 2018 ;
4°) d'annuler les registres des délibérations de la communauté de communes Cœur de Chartreuse pour les années 2014 à 2020 ;
5°) de condamner la communauté de communes Cœur de Chartreuse à lui rembourser ses frais d'huissier ;
6°) de condamner la communauté de communes Cœur de Chartreuse à lui verser une somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
Il soutient que :
- les titres de recettes ne lui ont pas été fournis ;
- la délibération du 31 mars 2016 méconnaît les articles L. 5211-47, R. 5211-41, R. 2221-48, R. 2221-90, R. 2121-25, R. 2121-10, R. 2221-94, R. 2122-7-1 et R. 2121-9 du code général des collectivités territoriales.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, la communauté de communes Cœur de Chartreuse représentée par Me Fyrgatian, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant ne peut solliciter du tribunal administratif le prononcé d'une condamnation pénale ;
- les registres des délibérations dont l'annulation est demandée ne sont pas produits ;
- les conclusions dirigées contre la délibération du 31 mars 2016 sont tardives ;
- le requérant ne dispose pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique ;
- les observations de M. B et celles de Me François, représentant la communauté de communes Cœur de Chartreuse.
M. B a présenté une note en délibéré le 20 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Cœur de Chartreuse (CCCC) a été créée par un arrêté du préfet de l'Isère du 17 avril 2013. Elle regroupe 17 communes et compte environ 17 000 habitants. Issue de la fusion de trois établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre, la CCCC exerce la compétence en matière de " collecte, traitement et valorisation des déchets des ménages et des déchets assimilés, construction, aménagement et gestion de déchetteries ". À compter du 1er janvier 2016, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) a été instaurée sur l'ensemble du territoire de la CCCC. Dans sa requête, M. B, usager de ce service public et résidant à Saint-Laurent-du-Pont, demande l'annulation de la délibération du 31 mars 2016 approuvant l'affectation du résultat du budget annexe déchets de l'année 2015.
Sur la compétence de l'ordre administratif :
2. En premier lieu, ainsi que le soutient la CCCC, il n'appartient pas au juge administratif de connaître de demandes de condamnations pénales de responsables publiques. Les conclusions de M. B tendant à la condamnation du président de la CCCC et de son directeur général des services pour faux en écriture publique sont ainsi présentées devant un ordre juridictionnel incompétent pour en connaître.
Sur la recevabilité de la requête :
3. En sollicitant à la fois du tribunal qu'il annule la délibération susmentionnée et ce qu'il estime être des faux documents visés par le préfet de l'Isère le 14 avril 2016 et le 9 avril 2018, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la seule délibération du 31 mars 2016, par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Cœur de Chartreuse a approuvé l'affectation de la somme de 189 167,32 euros au résultat du budget annexe déchets de l'année 2015.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, et rendu applicable aux établissements publics de coopération intercommunale par les dispositions de l'article L. 5211-3 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. / () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. ". En vertu de l'article R. 2122-7 du même code, la publication des arrêtés du maire peut être constatée par une déclaration certifiée de celui-ci. La mention " publié " apposée, sous la responsabilité du maire, sur un acte communal fait ainsi foi jusqu'à preuve du contraire.
5. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 31 mars 2016, dont la publication suffit à faire courir les voies et délais de recours, a été publiée dès le 31 mars 2016 et transmise au contrôle de légalité le 11 avril 2016. Si M. B affirme que cette délibération n'aurait été transmise au contrôle de légalité que le 9 avril 2018, cette circonstance, à la supposer même fondée, est en tout état de cause insusceptible d'avoir prolongé le délai ouvert au requérant pour contester cette décision après le 10 juin 2018.
6. Il s'ensuit que la CCCC est fondée à soutenir que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 31 mars 2016 présentées le 3 novembre 2021 par M. B sont tardives et par suite irrecevables.
7. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ". Il résulte de ces dispositions qu'une requête est irrecevable et doit être rejetée comme telle lorsque son auteur n'a pas, en dépit d'une invitation à régulariser ou, le cas échéant, lorsqu'il n'est pas statué par ordonnance, de la communication d'un mémoire lui opposant à ce titre une fin de non-recevoir, produit soit la décision attaquée, soit, en cas d'impossibilité, tout document justifiant des diligences qu'il a accomplies pour en obtenir la communication.
8. En l'espèce, M. B qui demande l'annulation de l'ensemble des registres des délibérations de la CCCC pour les années 2014 à 2020 n'a pas produit tout ou partie de ces multiples décisions, en dépit de la fin de non-recevoir soulevée en défense par la CCCC dans son mémoire du 22 février 2024. Ses conclusions en ce sens sont donc également irrecevables.
9. Il résulte de ce qui précède que l'intégralité des conclusions principales de M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions au titre des sommes non comprises dans les dépens :
10. Les conclusions présentées par M. B tendant au remboursement de ses frais d'huissier et à la mise à la charge de la CCCC des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence du rejet de ses conclusions principales.
11. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant au prononcé de condamnations pénales sont rejetées comme étant portées devant un ordre de juridictions incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : M. B versera une somme de 1 000 euros à la communauté de communes Cœur de Chartreuse, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Cœur de Chartreuse.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. LEFEBVRE
Le président,
V. L'HÔTE
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.