jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2108009 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 24 août 2022, Mme B A, représentée par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de la décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et pénalités auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ayant présenté sa réclamation préalable dans les délais légaux tels que prolongés par l'ordonnance n°2020-306, sa requête n'est pas tardive ;
- la proposition de rectification et la réponse apportée à ses observations sont insuffisamment motivées ;
- l'administration n'a pas répondu aux observations qu'elle a formulées le 22 décembre 2017 et le 29 janvier 2018 mais à des observations formulées le 28 décembre 2017 ;
- la réponse qui a été apportée aux observations du 28 décembre 2017 est prématurée ;
- son activité relève du régime applicable aux activités commerciales et non aux prestations de service.
Par un mémoire enregistré le 7 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête de Mme A est irrecevable car tardive ;
- subsidiairement, les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Le mémoire présenté par Mme A, enregistré le 3 novembre 2023 après clôture de l'instruction intervenue le 16 septembre 2022, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- et les observations de Me Wolf, représentant Mme A.
Mme A a présenté une note en délibéré, enregistrée le 9 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce une activité de vente à distance, par voie électronique, de cours de langue française consistant à mettre à disposition d'abonnés des sessions d'enseignement. Elle a fait l'objet, en 2017, d'une vérification de comptabilité portant sur ses exercices clos 2014 et 2015. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale a estimé, d'une part, que son activité consistait en des prestations de service relevant des bénéfices industriels et commerciaux et, d'autre part, que, compte tenu des bénéfices qu'elle avait réalisés, elle dépassait le seuil lui permettant de bénéficier du régime d'auto-entrepreneur et de la franchise de TVA. L'intéressée et sa compagne ont, en conséquence et à due proportion, été assujetties à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, outre pénalités. Dans la présente instance, Mme A en demande la décharge.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu (), le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, () ". Aux termes de l'article 10 de l'ordonnance n°2020-306 : " I. - Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales () lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 ".
5. En l'espèce, les impositions en litige concernent les années 2014 et 2015. Le délai de reprise dont disposait l'administration fiscale par application des dispositions citées au point 4 expirait donc initialement le 31 décembre 2017 et le 31 décembre 2018. Le service ayant notifié à la requérante une proposition de rectification en novembre 2017, ce délai, qui a recommencé à courir dans son intégralité à compter de cette date, s'en est trouvé prorogé jusqu'au 31 décembre 2020 par application de l'article L. 189 du livre des procédures fiscales puis, par application de l'article 10 de l'ordonnance n°2020-306, prolongé jusqu'au 14 juin 2021. Ces textes ne conditionnent pas la prorogation et la prolongation de délai qu'ils instituent à un comportement déterminé de l'administration fiscale. Par suite, le délai de reprise dont le service bénéficiait a été automatiquement accru, peu important qu'il fasse, ou non, usage du délai supplémentaire qui lui a ainsi été accordé. Il en résulte que Mme A, qui jouit du même délai pour présenter sa demande préalable par application de l'article R. 193-3 du livre des procédures fiscales, avait jusqu'au 14 juin 2021 pour adresser sa demande au service. Il est constant, en l'espèce, que la requérante a adressé sa réclamation au service le 11 juin 2021. Par suite, cette demande n'étant pas tardive, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de décharge :
6. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ".
7. Aux termes de l'article 158 du code général des impôts : " 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par un coefficient de 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (), réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion, association ou organisme mixte de gestion agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater K ter, () ; b) Qui ne font pas appel aux services d'un expert-comptable, d'une société membre de l'ordre, d'une association de gestion et de comptabilité ou d'une succursale d'expertise comptable, autorisé à ce titre par l'administration fiscale et ayant conclu avec cette dernière une convention en application des articles 1649 quater L et 1649 quater M () ". L'application du coefficient de 1,25 prévu par ces dispositions ne constitue pas un chef de redressement autonome. L'insuffisance de motivation de la proposition de rectification qui ne mentionne pas l'application de ce coefficient multiplicateur de 1,25 affecte donc la régularité de la notification du chef de redressement dans son ensemble, privant ainsi le contribuable de la faculté de retracer le calcul de l'assiette afin de formuler utilement ses observations ou de faire connaître, de manière éclairée, son acceptation de la rectification proposée.
8. En l'espèce, la proposition de rectification du 29 novembre 2017 ne mentionne pas l'application, aux bénéfices industriels et commerciaux réalisés par Mme A et imposés au titre de 2014 et 2015, du coefficient de 1.25 prévu par les dispositions citées au point précédent. Une telle omission, qui entache d'irrégularité la notification du chef de redressement dans son ensemble, impose la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige, outre pénalités, dans la mesure où ces dernières sont exclusivement assises sur ce chef de redressement.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'accueillir les conclusions à fin de décharge présentées par Mme A.
Sur les frais du litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A et Mme C sont déchargées des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et pénalités mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, premier conseiller,
Mme Permingeat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2108009
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026