Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108070

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEXLEAD AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A et de l'association "Oui à l'échangeur de Viry" qui demandaient l'annulation des délibérations n°6 et n°8 du 27 avril 2021 du conseil municipal de Viry. Ces délibérations concernaient la modification du projet de diffuseur sur l'autoroute A40 et l'abandon de la liaison "Ouest". Le tribunal a jugé que la requête était irrecevable, car les délibérations attaquées constituaient des actes préparatoires ou de simple intention politique ne faisant pas grief, et que les requérants ne justifiaient pas d'un intérêt à agir suffisant. La demande de frais de justice a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2021, M. B A et l'association " Oui à l'échangeur de Viry ", représentés par la SELARL Arnaud Bastid, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les délibérations n°6 et 8 du 27 avril 2021 par lesquelles le conseil municipal de Viry a approuvé, d'une part, de demander à ce que le projet de diffuseur sur l'autoroute A40 soit positionné à hauteur de la gare de péage actuelle des autoroutes et tunnel du Mont-Blanc et non plus " route de la Gare " à Viry, d'autre part, de renoncer au projet de liaison " Ouest " et, enfin, de demander à ce que la convention tripartite liant la commune au département de la Haute-Savoie et à la communauté de communes du Genevois soit modifiée, ensemble le rejet de leur recours gracieux du 22 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Viry une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. A a intérêt à agir en sa qualité de contribuable local ;

- l'association " Oui à l'échangeur de Viry " a intérêt à agir au regard de son objet statutaire ;

- la requête n'est pas tardive ;

- les délibérations attaquées ont été adoptées à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que le droit à l'information des conseillers municipaux prévu à l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales a été méconnu ;

- la délibération n°6 est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle excède la demande du conseil départemental portant sur le fait de maintenir ou résilier la convention de financement, qu'elle contredit la portée de la délibération n°7 qui se prononce en faveur du maintien de la liaison " Est " et en ce que l'impact sur la circulation sera plus conséquent ;

- la délibération n°8 est entachée d'une erreur de fait en ce que la forte consommation d'espaces agricoles n'est pas établie et en ce que la consommation d'espaces agricoles, si elle est avérée, sera compensée par les bénéfices de la mise en place du diffuseur et de ses liaisons ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que l'abandon de la liaison " Ouest " est motivée en réalité par le fait que le projet impactait la propriété d'un conseiller municipal ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en que la demande du conseil départemental portait sur le fait de maintenir ou résilier la convention de financement alors que la commune a choisi de solliciter une simple modification de celle-ci.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2022, la commune de Viry, représentée par la SELARLU Lexlead Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de chacun des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- M. A ne justifie pas de sa qualité de résident et de contribuable local, ni de ce que les décisions attaquées auraient une incidence sur les finances locales, ni de ce qu'il serait impacté par la réorganisation du trafic routier ;

- le président de l'association n'a pas de pouvoir pour ester en justice ;

- les délibérations attaquées en ce qu'elles concernent le projet d'aménagement ne font pas grief dès lors qu'elles ont un caractère préparatoire et traduisent une simple prise de position politique ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 22 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'acte par lequel le conseil municipal de Viry a manifesté son intention de modifier une convention tripartite conclue avec le département de la Haute-Savoie et la communauté de communes du Genevois, cet acte ne faisant pas grief.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,

- et les observations de Me François, représentant la commune de Viry.

Considérant ce qui suit :

1. Le département de la Haute-Savoie et la société Autoroutes et tunnels du Mont-Blanc ont engagé le projet de réaliser un nouveau diffuseur sur l'autoroute A40 et des liaisons d'accès reliant la route départementale n°1206, sur le territoire de la commune de Viry. Une convention de financement portant sur la réalisation des liaisons de raccordement du diffuseur à la route départementale a été conclue en mars 2014 entre le département de la Haute-Savoie, la commune de Viry et la communauté de communes du Genevois. Le projet a fait l'objet d'une concertation du public menée entre le 6 juin et le 8 juillet 2016 sur le fondement du 3° de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme. A la suite de la prise de fonctions d'un nouveau conseil municipal en mai 2020, la commune de Viry a fait part de ses interrogations quant au projet lors d'un comité de pilotage. Par un courrier du 11 janvier 2021, le président du conseil départemental, après avoir répondu aux différentes interrogations de la commune et après avoir rappelé son souhait de réaliser le projet initial et d'engager la procédure préalable à la déclaration d'utilité publique, l'a invitée à confirmer son intention de résilier ou non la convention financière. Par deux délibérations n°6 et n°8 du 27 avril 2021, le conseil municipal de Viry a décidé, d'une part, de demander à ce que le projet de diffuseur sur l'autoroute A40 soit positionné à hauteur de la gare de péage actuelle des autoroutes et tunnel du Mont-Blanc et non plus " route de la Gare " à Viry, d'autre part, de renoncer au projet de liaison " Ouest " et, enfin, de demander à ce que la convention tripartite liant la commune au département et à la communauté de communes du Genevois soit modifiée. Par une délibération n°7 du même jour, le conseil municipal de Viry s'est prononcé favorablement à la poursuite du projet de liaison " Est ". Le recours gracieux de M. B A et de l'association " Oui à l'échangeur de Viry " du 23 juillet 2021 a été rejeté par une décision du 22 septembre 2021. Par la présente requête, M. B A et l'association " Oui à l'échangeur de Viry " demandent l'annulation des délibérations n°6 et 8 du 27 avril 2021 ainsi que le rejet de leur recours gracieux du 22 septembre 2021 dirigé contre ces délibérations.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, les décisions par lesquelles le conseil municipal de Viry se borne à manifester son intention, d'une part, de demander à ce que le projet de diffuseur sur l'A40 soit positionné à hauteur de la gare de péage actuelle des autoroutes et tunnel du Mont-Blanc et non plus " route de la Gare " à Viry et, d'autre part, de renoncer au projet de liaison " Ouest " en raison de la forte consommation d'espaces agricoles, revêtent le caractère de déclaration de principe dépourvues d'effet juridique dès lors que ces projets relèvent respectivement de la maîtrise d'ouvrage de la société Autoroutes et Tunnel du Mont-Blanc et du département de la Haute-Savoie et qu'elles s'inscrivent dans le cadre d'une opération d'aménagement n'ayant pas encore donné lieu aux procédures d'enquête publique et de déclaration d'utilité publique.

3. En second lieu, la décision par laquelle le conseil municipal de Viry manifeste son intention de modifier une convention tripartie conclue avec le département de la Haute-Savoie et la communauté de communes du Genevois portant sur le financement d'études et de travaux, en réponse à la demande du 11 janvier 2021 du président du conseil départemental mentionnée au point 1, présente le caractère d'une mesure préparatoire à l'éventuelle conclusion de cet avenant qui ne peut intervenir qu'avec l'accord des autres parties.

4. Ces décisions étant insusceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre ces dernières et contre la décision du 22 septembre 2021 portant rejet du recours gracieux doivent, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir, être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Viry, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A et l'association " Oui à l'échangeur de Viry " demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de chacun des requérants une somme de 600 euros au titre des frais exposés par la commune de Viry et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et de l'association " Oui à l'échangeur de Viry " est rejetée.

Article 2 : M. A et l'association " Oui à l'échangeur de Viry " verseront chacun en ce qui le concerne une somme de 600 euros à la commune de Viry au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, représentant unique, et à la commune de Viry.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.