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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108556

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108556

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108556
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 décembre 2021, 27 janvier 2023 et 24 août 2023, l'EURL EDPP, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles elle a été assujettie sur la période de janvier 2014 à septembre 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des amendes et pénalités mis en recouvrement le 30 avril 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis de mise en recouvrement du 30 avril 2019 est irrégulier dès lors qu'il méconnait les dispositions de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales en ne mentionnant pas les courriers du 6 mars 2019 ayant modifié le montant des impositions mises à sa charge ainsi que les motifs de rehaussement ;

- si les courriers du 6 mars 2019 fondent les impositions mises à sa charge, elle a été privée d'une garantie à savoir la possibilité de critiquer utilement ces rehaussements ;

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie en 2014 ont été irrégulièrement établis car le vérificateur a refusé d'examiner les pièces justificatives mises à sa disposition ;

- la procédure suivie par le service au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie sur la période de janvier 2015 à septembre 2017 est irrégulière dès lors que l'administration a manqué à son devoir de loyauté ;

- la procédure suivie par le service au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie sur la période de janvier 2015 à septembre 2017 est irrégulière dès lors que l'administration n'a pas pris en considération ses observations tardives ;

- l'amende pour défaut de comptabilité informatisée appliquée sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts ne figure pas sur les dernières conséquences financières qui lui ont été notifiées le 6 mars 2019.

Par des mémoires en défense enregistré les 23 juin 2022, 18 juillet 2023 et 21 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Permingeat, rapporteur public désigné en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL EDPP, qui exerce une activité de travaux de peinture, a fait l'objet, en novembre 2017, d'un contrôle sur pièces portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de cette procédure des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible lui ont été notifiés par une proposition de rectification du 15 décembre 2017. En parallèle, l'administration a engagé à l'encontre de la société une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, étendue jusqu'au 30 septembre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 6 juillet 2018, l'administration a notifié à l'EURL EDPP des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, une amende ainsi que des pénalités. L'ensemble de ces impositions supplémentaires a été mis en recouvrement le 30 avril 2019. Par une réclamation en date du 21 février 2021, l'EURL EDPP a sollicité la décharge de ces impositions. Sa réclamation ayant fait l'objet d'une décision de rejet le 25 octobre 2021, elle demande, dans la présente instante la décharge des droits supplémentaires réclamés au titre des années 2014, 2015, 2016 et 2017.

Sur les conclusions aux fins de décharge présentées sur l'année 2014 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. () "

3. La société requérante reproche à la vérificatrice de ne pas avoir examiné les pièces justificatives mises à sa disposition au titre de l'année 2014 lors de la procédure de vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, ni n'est d'ailleurs soutenu, que l'EURL EDPP a été empêchée de produire ces pièces justificatives dans le cadre du contrôle sur pièces dont elle a fait l'objet. En effet, à la suite de plusieurs invitations à produire ces pièces, et notamment d'un appel téléphonique au gérant par l'administration fiscale intervenu le 9 novembre 2018, la société requérante a fourni quelques factures qui ont été examinées par le service et qui ont conduit celui-ci à ramener de 23 151 euros à 18 873 euros les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis en recouvrement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. () ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. () ".

5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 6 mars 2019, l'administration fiscale a retenu une partie des pièces justificatives produites par l'EURL EDPP et a en conséquence réduit le montant des impositions supplémentaires mises à sa charge. La société requérante soutient que l'avis de mise en recouvrement du 30 avril 2019 a été émis en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales dès lors qu'il fait seulement référence à la proposition de rectification en date du 15 décembre 2017 et à la réponse aux observations du contribuable du 30 octobre 2018, sans renvoyer au courrier du 6 mars 2019, alors que le montant définitif des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge provient de ce courrier. Toutefois il résulte de l'instruction que le courrier du 6 mars 2019 a été adressé à la société requérante par lettre recommandée et que celle-ci en a accusé réception le 7 mars 2019. Ainsi, la société requérante qui a été informée de la modification du calcul des droits mis à sa charge avant leur mise en recouvrement, n'a été privée d'aucune garantie de procédure dont elle était en droit de bénéficier.

6. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le courrier du 6 mars 2019, qui se limite à prendre en compte certains justificatifs produits par la société requérante, a modifié le motif des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mise à la charge de l'EURL EDPP, à savoir l'insuffisance des justificatifs produits par l'intéressée. Par suite, elle ne saurait être regardée comme fondant ces rappels.

Sur les conclusions aux fins de décharge présentées sur les années 2015, 2016 et 2017 :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. "

8. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé à l'EURL EDPP une proposition de rectification motivée, le 6 juillet 2018, et l'a invitée à lui adresser son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de celle-ci. Ce faisant, l'administration a respecté les garanties prévues par les dispositions précitées des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales. Si, la société requérante soutient que l'administration fiscale a manqué à son devoir de loyauté en lui notifiant la proposition de rectification pendant la période estivale et en ne tenant pas compte de ses observations tardives, un contribuable ne peut, à l'appui de sa demande en décharge ou en réduction d'une imposition, utilement se prévaloir de ce que l'administration, bien qu'ayant conduit la procédure de contrôle et de rectification dans le respect des garanties prévues par le législateur, aurait méconnu à son encontre un " principe de loyauté ". Le moyen tiré du manquement au devoir de loyauté qu'aurait commis l'administration fiscale doit ainsi être écarté comme inopérant. Par ailleurs, à supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de la documentation administrative BOI-CF-IOR-10-50 n° 400, ces énonciations ne relèvent pas de la garantie instituée par ces dispositions, s'agissant de la procédure d'imposition, et ne sont dès lors pas opposables sur ce fondement.

9. En deuxième lieu, si l'avis de mise en recouvrement du 30 avril 2019 ne renvoie pas à la lettre du 6 mars 2019 ayant réduit les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à la charge de la société requérante, il résulte de ce qui a été exposé au point 5 que la société requérante n'a été privée d'aucune garantie de procédure dont elle était en droit de bénéficier.

10. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le courrier du 6 mars 2019 ne saurait être regardé comme fondant les impositions supplémentaires auxquelles la société requérante a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017.

Sur l'amende fiscale :

11. Aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts : " I. - Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable. / II. - Le défaut de transmission de la comptabilité dans les délais et selon les modalités prévues au 1 de l'article L. 47 AA du même livre entraîne l'application d'une amende de 5 000 €. "

12. Il résulte de la proposition de rectification du 6 juillet 2018 et de l'avis de mise en recouvrement du 30 avril 2019 que la société requérante a été assujettie à une amende fiscale d'un montant de 5 000 euros sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 D du code général des impôts au motif de l'absence de présentation du fichier des écritures comptables au titre de l'exercice 2015. La circonstance que le courrier du 6 mars 2019, qui se borne à tirer les conséquences des pièces justificatives produites par la société, ne mentionne pas cette amende ne peut être regardée comme un abandon de ce rehaussement par l'administration fiscale. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par l'EURP EDPP doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de l'EURL EDPP est rejetée. Article 2 :Le présent jugement sera notifié à l'EURL EDPP et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme B et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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