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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2108642

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108642

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGERMAIN-PHION JACQUEMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021 sous le n°2108642 et un mémoire enregistré le 16 mai 2022, Mme B C, représentée par la SCP Germain-Phion Jacquemet, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 20 octobre 2021 par laquelle elle a été exclue de l'institut de formation des soins infirmiers de Grenoble pour une durée de 5 ans ;

2°) de mettre à la charge de cet institut la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses capacités professionnelles ;

- le centre hospitalier ne pouvant légalement retirer la décision contestée pour la remplacer par la décision du 18 février 2022, il n'y a pas lieu de rediriger les conclusions en excès de pouvoir de sa requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le centre hospitalier Alpes-Isère, représenté par Me Bracq, membre du cabinet Asterio, conclut au rejet de la requête et demande la mise à la charge de la requérante d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la décision contestée ayant été retirée et remplacée par une décision du 18 février 2022, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre cette nouvelle décision ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par le centre hospitalier Alpes-Isère, enregistré le 16 septembre 2022 n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée le 15 avril 2022 sous le n°2202449 et un mémoire enregistré le 30 juin 2022, Mme B C, représentée par la SCP Germain-Phion Jacquemet, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 18 février 2022 par laquelle elle a été exclue de l'institut de formation des soins infirmiers de Grenoble pour une durée de 5 ans ;

2°) de mettre à la charge de cet institut la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la sanction en litige est entachée de vices de procédure dans la mesure où, d'une part, elle n'a pas bénéficié du délai de 15 jours prévu par l'article 57 de l'arrêté du 21 avril 2007 entre la saisine de la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires et la décision rendue par cette instance le 30 septembre 2021 et où, d'autre part, cette décision lui a été notifiée plus de 5 jours ouvrés après son adoption en méconnaissance de l'article 65 du même arrêté ;

- la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires aurait dû se réunir une seconde fois ;

- la sanction en litige n'est pas motivée ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la sanction en litige est discriminatoire ;

- elle est sanctionnée deux fois pour les mêmes faits ;

- la sanction en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le centre hospitalier Alpes-Isère, représenté par Me Bracq, membre du cabinet Asterio, conclut au rejet de la requête et demande la mise à la charge de la requérante d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par le centre hospitalier Alpes-Isère, enregistré le 16 septembre 2022, n'a pas été communiqué.

Par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige.

Le centre hospitalier Alpes-Isère a présenté un mémoire en réponse enregistré le 18 décembre 2023.

Mme C a présenté un mémoire en réponse enregistré le 18 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- et les observations de Me Germain-Phion représentant Mme C et de Me Teston représentant le centre hospitalier Alpes-Isère.

Considérant ce qui suit :

1. Après une année d'exclusion pour motif disciplinaire de l'institut de soins infirmiers du centre hospitalier Alpes-Isère en décembre 2019, Mme C a été réintégrée à compter de septembre 2021 afin de finir sa formation d'élève infirmière. Elle en a toutefois rapidement été à nouveau exclue, pour une durée cette fois de 5 ans, par décision de la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires du 20 octobre 2021. Dans la première instance, Mme C demande l'annulation pour excès de pouvoir de cette nouvelle sanction. Cette décision ayant été, en cours d'instance, retirée et remplacée par une seconde décision de même portée du 18 février 2022, Mme C en poursuit également, dans la seconde instance, l'annulation pour excès de pouvoir.

2. Les requêtes n°2108005 et 2202449 de Mme C présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 20 octobre 2021 :

3. En l'espèce, la sanction du 20 octobre 2021 a été retirée en cours d'instance par une décision du 18 février 2022 qui, outre ce retrait, porte également exclusion de Mme C pour motif disciplinaire pendant 5 ans. Dans l'instance n°2202449, Mme C ne conteste pas ce retrait. Par suite, il est devenu définitif. Il s'ensuit que les conclusions en excès de pouvoir présentées par Mme C dans l'instance n°2108642 ont perdu leur objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 18 février 2022 :

4. Aux termes de l'article 22 de l'arrêté du 21 avril 2007 : " La section compétente pour le traitement des situations disciplinaires prend des décisions relatives aux fautes disciplinaires ". Aux termes de l'article 29 du même arrêté : " Les décisions de la section font l'objet d'un vote à bulletin secret. Les décisions sont prises à la majorité. En cas d'égalité de voix, la voix du président de section est prépondérante. / Tous les membres ont voix délibérative. / La décision prise par la section est prononcée de façon dûment motivée par celle-ci et notifiée par écrit, par le président de la section, au directeur de l'institut à l'issue de la réunion de la section ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le pouvoir disciplinaire appartient à la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires, instance collégiale, et non à son seul président. Or, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment des indications figurant dans la décision du 18 février 2022, que la section n'a été réunie qu'une seule fois, le 15 octobre 2021. Dans ces circonstances, seule la décision du 20 octobre 2021, retirée en cours d'instance, peut être regardée comme émanant de cette instance collégiale. La décision en litige du 18 février 2022, juridiquement distincte, émane, quant à elle, de son seul signataire, la présidente de la section, qui ne disposait pas du pouvoir disciplinaire. Il y a lieu, par suite, d'en prononcer l'annulation pour excès de pouvoir en ce qu'elle porte exclusion de Mme C de la formation en soins infirmiers pour une durée de 5 ans.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la charge du centre hospitalier Alpes-Isère la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions qu'il présente sur le même fondement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :

Article 4 :

Article 5 :Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires de l'institut de soins infirmiers du centre hospitalier Alpes-Isère a exclu Mme C de la formation en soins infirmiers pendant 5 ans.

La décision du 18 février 2022 par laquelle la présidente de la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires de l'institut de soins infirmiers du centre hospitalier Alpes-Isère a exclu Mme C de la formation en soins infirmiers pendant 5 ans est annulée.

Le centre hospitalier Alpes-Isère versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier Alpes-Isère.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2108642 2202449

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