Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2108743

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2108743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantAARPI VERCORS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, qui contestait la délibération du 23 septembre 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS lui refusant le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, la signature par la vice-présidente étant régulière en l'absence du président. Il a également jugé que le quorum était atteint lors de la séance, conformément aux articles R. 632-2, R. 632-9 et R. 632-12 du code de la sécurité intérieure. Enfin, le tribunal a estimé que le CNAPS n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en appliquant l'article L. 612-20 du même code, le comportement de M. B étant incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, M. A B, représenté par l'AARPI Vercors Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 23 septembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et sa demande tendant au renouvellement de sa carte professionnelle initialement délivrée en qualité d'agent privé de sécurité ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 794 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée du 23 septembre 2021 a été signée par la vice-présidente et non par le président ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le quorum n'était pas atteint ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de la délibération du 23 septembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a rejeté, d'une part, son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la délibération du 10 mai 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est lui avait refusé le renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité et, d'autre part, sa demande tendant au renouvellement de cette carte professionnelle.

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article R. 632-10 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction applicable au litige : " La Commission nationale d'agrément et de contrôle, présidée par son doyen d'âge, élit son président à la majorité absolue des voix de ses membres et à bulletins secrets parmi les membres de la commission désignés aux 1° et 2° de l'article R. 632-9. / () / Le président est élu pour une durée de trois ans renouvelable une fois. En cas d'égalité de voix, le plus âgé des candidats est élu. / Un vice-président, chargé de suppléer le président en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci et d'assurer l'intérim en cas de vacance momentanée du poste de président, est élu dans les mêmes conditions. ".

3. En l'espèce, il n'est pas contesté que le président de la commission nationale d'agrément et de contrôle ait été effectivement absent ou empêché lors de la séance du 5 août 2021 au cours de laquelle le recours administratif préalable obligatoire de M. B a été examiné. Par suite, la circonstance tirée de ce que la délibération attaquée a été signée par la vice-présidente de cette commission, conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, n'est pas de nature à caractériser une irrégularité formelle.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort du procès-verbal de séance versé en défense que le quorum, exigé par les dispositions combinées des articles R. 632-2, R. 632-9 et R. 632-12 dans leur rédaction alors en vigueur du code de la sécurité intérieure, a été respecté lors de la séance du 5 août 2021 au cours de laquelle le recours administratif préalable obligatoire de M. B a été examiné.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". Aux termes des premier, troisième et neuvième alinéas de l'article L. 612-20 de ce code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () / Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. ".

6. La délibération attaquée fait état de ce que les conditions prévues par le 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ne sont pas satisfaites dès lors que M. B a été mis en cause pour des faits d'abandon de famille commis du 1er mai au 30 juin 2020, pour des faits de vol simple et d'escroquerie commis le 24 février 2017 alors qu'il exerçait des fonctions de vigile, et pour des faits d'utilisation frauduleuse de numéro de carte bancaire le 24 janvier 2017.

7. Il ressort de l'avis de classement à auteur du procureur de la République du 2 février 2021 que les faits d'abandon de famille commis du 1er mai au 30 juin 2020 n'ont pas fait l'objet de l'engagement de poursuites dès lors que l'intéressé s'est mis en conformité avec ses obligations légales. L'enquête de moralité versée à l'instance indique que M. B déclarait avoir des soucis d'argent en raison des mesures de confinement liées à l'épidémie de la Covid-19. Par ailleurs, ces faits, commis sur une courte durée, ne présentent pas de lien direct avec les fonctions d'agent privé de sécurité.

8. En outre, s'agissant des faits d'utilisation frauduleuse de carte bancaire le 24 janvier 2017, il ressort de l'avis de classement à auteur du procureur de la République du 27 avril 2018 qu'ils n'ont pas fait l'objet de l'engagement de poursuites dès lors que l'auteur des faits s'est mis en conformité avec la loi. Il ressort de l'enquête de moralité versée à l'instance que M. B déclarait que ces faits avaient été commis par une connaissance, que cette connaissance a reconnu les faits et que la victime a été indemnisée du montant de son préjudice de 595 euros trois jours après la date de commission des faits. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits soient imputables au requérant.

9. En revanche, s'agissant des faits de vol simple et d'escroquerie commis le 24 février 2017, il ressort de l'avis de classement à auteur du procureur de la République du 26 juillet 2018 que ces derniers ont fait l'objet d'un rappel à la loi. L'enquête de moralité versée à l'instance précise que le requérant, qui était vigile dans un bar, a reconnu avoir ramassé une carte bancaire tombée au sol, être à l'origine d'un paiement de 13 euros sur le site " Blablacar " et avoir donné ensuite la carte bancaire à une connaissance qui a confirmé être à l'origine d'une commande sur le site " Bazarchic " pour un montant de 444,40 euros. Ces faits commis dans l'exercice des fonctions, au regard de leur nature, traduisent un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des biens, sont contraires à l'honneur et à la probité et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Il résulte de l'instruction que ces seuls faits auraient suffi à justifier le refus contesté. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.