Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2200956

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2200956
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné les contestations de M. B concernant des indus de revenu de solidarité active (RSA) et d'allocation de logement sociale (ALS). Le requérant soutenait que les sommes réclamées n'étaient pas fondées, arguant que certaines ressources étaient des remboursements ou des prêts et que sa situation maritale avait été mal datée. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le département, jugeant la requête suffisamment motivée. Sur le fond, il a estimé que les moyens de M. B n'étaient pas fondés et a rejeté ses demandes d'annulation des décisions confirmant les indus de RSA et d'ALS, ainsi que ses demandes de remboursement. La solution retenue s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles et du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée 16 février 2022 sous le n°2200956, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 900,74 euros pour la période d'octobre 2020 à juillet 2021.

Il soutient que l'indu n'est pas fondé dès lors que le département a fait une erreur en prenant en compte de nombreuses ressources qui étaient en réalité des remboursements et des prêts et qu'il n'avait donc pas à déclarer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car elle est insuffisamment motivée au sens de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, sous le n°2205888, et un mémoire enregistré le 22 mai 2023, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu d'allocation de logement sociale de 393 euros pour la période de juin à août 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours et confirmé un indu de revenu de solidarité active de 896,66 euros ;

3°) d'annuler la dette de prestations sociales de 4 293,74 euros mise à sa charge par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au département de la Haute-Savoie de procéder au remboursement de la somme de 585,60 euros affectée au remboursement de ses dettes ;

5°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement, au profit de Mme D, de la somme de 1 061,16 euros correspondant aux sommes retenues sur ses prestations sociales.

Il soutient que :

- les indus ne sont pas fondés dès lors qu'il mène une vie maritale depuis le 28 octobre 2021 et non depuis le 27 mai 2021 ;

- l'administration a comptabilisé des sommes correspondantes à des remboursements dans le calcul de ses revenus.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 3 mai 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La requête a été régulièrement adressée au département de la Haute-Savoie qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n°2005-1516 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience tenue le 25 septembre 2024 :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est allocataire du revenu de solidarité active, de l'allocation de logement sociale et de prestations familiales. Suite à un contrôle de ses ressources, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié, par une décision du 13 août 2021, un indu de revenu de solidarité active de 3 900,14 euros pour la période d'octobre 2020 à juillet 2021. M. B a contesté le bien-fondé de cette dette par un recours préalable rejeté par le président du conseil départemental de la Haute-Savoie le 10 janvier 2022. Par une décision du 27 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 393 euros. Par une décision du 29 avril 2022, la caisse lui a notifié un rappel de droit à l'allocation de revenu de solidarité active d'un montant de 585,60 euros qu'elle a affecté au remboursement de sa dette. M. B a contesté ces décisions par un recours préalable implicitement rejeté par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie s'agissant de l'allocation de logement sociale et par le président du conseil départemental s'agissant du revenu de solidarité active.

2. Les deux requêtes susvisées concernent un même allocataire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par conséquent il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement

3. M. B conteste par la requête n°2200956, la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu de revenu de solidarité active de 3 900,74 euros pour la période de septembre 2020 à juillet 2021. Par sa requête n°2205888, il conteste d'une part la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé un indu d'allocation de logement sociale de 393 euros ainsi que la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé la décision de la caisse d'affecter le rappel d'allocation de revenu de solidarité active de 585,60 euros au remboursement de ses dettes.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Savoie à la requête n°2200956 :

4. M. B développe les moyens et pièces nécessaires à l'étude de sa contestation. Dès lors, cette requête comporte des conclusions visant à annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et des moyens qui permettent au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, conformément à l'article R. 411-1 du code de justice administrative qui dispose que " () la requête () contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ". Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Savoie doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie à la requête n°2205888 :

5. Aux termes de l'article R. 823-24 du code de la construction et de l'habitation : " Les dispositions des articles R. 133-9-2, D. 553-1, D. 553-2, D. 553-4 et D. 553-5 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des indus ". Aux termes de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale : " I.- L'action en recouvrement de prestations indues prévue à l'article L. 133-4-1 s'ouvre par l'envoi à l'assuré par le directeur de l'organisme créancier, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que l'assuré a perçu des prestations indues ".

6. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif (). Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration () ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

7. Aux termes de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une personne doit adresser un document à l'administration par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation d'un téléservice au sens de l'article 1er de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, d'un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques ou d'un procédé électronique, accepté par cette administration, permettant de désigner l'expéditeur et d'établir si le document lui a été remis ". Aux termes de l'article R. 112-17 du même code : " Lorsqu'une administration souhaite recourir à un procédé électronique, prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15 et ne relevant pas de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, elle informe les personnes intéressées, dont il lui appartient de recueillir l'accord exprès, des caractéristiques du procédé utilisé, conforme aux règles fixées par le référentiel général de sécurité prévu à l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 précitée, ainsi que des conditions de mise à disposition du document notifié, de garantie de l'identité de son destinataire et de prise de connaissance par ce dernier. Elle leur indique également les modalités de mise à jour des coordonnées et le délai de préavis prévu à l'article R. 112-18 ainsi que le délai, fixé à l'article R. 112-20, au terme duquel, faute de consultation du document par le destinataire, celui-ci est réputé lui avoir été remis ".

8. Aux termes de l'article 1 de l'ordonnance n°2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives : " I. - Sont considérés comme autorités administratives au sens de la présente ordonnance () les organismes gérant des régimes de protection sociale relevant du code de la sécurité sociale et du code rural () les autres organismes chargés de la gestion d'un service public administratif () II. - Sont considérés, au sens de la présente ordonnance : 1° Comme système d'information, tout ensemble de moyens destinés à élaborer, traiter, stocker ou transmettre des informations faisant l'objet d'échanges par voie électronique entre autorités administratives et usagers ainsi qu'entre autorités administratives ; () 4° Comme téléservice, tout système d'information permettant aux usagers de procéder par voie électronique à des démarches ou formalités administratives ". Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que si la caisse d'allocations familiales peut utiliser un procédé électronique pour notifier le trop-perçu litigieux préalable prévue l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, le débiteur de cet indu est considéré comme l'ayant reçue à la date de sa première consultation à la condition que celui-ci ait consenti son accord express pour l'usage d'un tel mode de transmission.

9. Il résulte de l'instruction que si M. B s'est vu adresser la notification de l'indu d'allocation de logement sociale par voie électronique, le 28 septembre 2021 et qu'il en a pris connaissance le 1er octobre 2021, il ne résulte toutefois d'aucune pièce du dossier qu'il aurait donné son accord pour qu'il soit procédé à la notification de décisions individuelles par voie électronique. Ainsi, si cette notification a été de nature à déclencher la procédure de recouvrement et à interrompre le délai de prescription de l'action en recouvrement, elle n'a toutefois pas eu pour effet de déclencher le délai de recours contentieux de deux mois, applicable en l'espèce.

10. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

11. Il résulte de ce qui a été au point 9 que M. B a eu connaissance de la décision de notification de l'indu le 1er octobre 2021. Il disposait d'un délai raisonnable d'un an pour intenter son recours préalable en contestation du bien-fondé de cette dette, soit avant le 2 octobre 2022. Il résulte du courrier du 11 août 2022 que M. B a présenté ce recours préalable le 14 mars 2022 soit dans le délai d'un an. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de qu'il serait forclos doit être écartée.

Sur les conclusions relatives au remboursement des sommes prélevées sur les aides sociales de Mme D :

12. Mme D n'est pas partie à l'instance et M. B ne justifie pas d'un mandat pour agir en son nom. Par conséquent, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes prélevées sur les prestations sociales de Mme D sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé des indus :

13. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active et d'allocation de logement sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active de 3 900,74 euros :

14. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ".

15. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

16. Il résulte de l'instruction que pour mettre à la charge de M. B l'indu litigieux de revenu de solidarité active d'un montant de 3 900,14 euros pour la période d'octobre 2020 à juillet 2021, le département de la Haute-Savoie s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'a pas déclaré la somme de totale de 16 899,11 euros perçue entre septembre 2020 et mai 2021. Toutefois, d'une part, l'administration reconnaît que cette somme comprend un prêt de 10 000 euros ainsi que des remboursements de paiements qu'il a effectué pour un montant total de 2 105 euros. D'autre part, il résulte des relevés de compte produits par M. B qu'il n'avait pas à déclarer l'ensemble des sommes perçues provenant de la caisse primaire d'assurance maladie et qui ont été versés le 4 septembre 2020, le 15 octobre 2020 et le 29 avril 2020 pour des montants de 6,04 euros, 68,82 euros et 125,84 euros. Il justifie également avoir été remboursé par sa mutuelle à hauteur de 45,15 euros le 19 octobre 2020 et de 83,85 euros le 30 avril 2021 ainsi que de plusieurs remboursements d'une enseigne de bricolage et d'une compagnie aérienne pour un montant de 57,25 euros le 14 janvier 2021 et de 46,05 euros le 15 décembre 2020. Enfin, il justifie avoir été remboursé par ses opérateurs énergétiques à hauteur de 40,60 euros en novembre 2020, de 7,75 euros en mars 2021 ainsi que de 50 euros et 11,59 euros en mai 2021. M. B fournit également le justificatif de la somme de 1 215,34 euros correspondant à un remboursement de notes de frais. Par conséquent, M. B justifie, via les libellés inscrits sur ses relevés de comptes et qui ne sont pas contestés par l'administration en défense qu'une partie des sommes, s'élevant à 1 758,28 euros, qu'il a reçu entre septembre 2020 et avril 2021 correspond à divers remboursements qu'il n'avait donc pas à déclarer. En outre, il résulte de ces mêmes relevés que la somme de 805 euros qu'il a perçu sur son compte épargne en avril 2021 correspond à une erreur de destinataire dans le virement initié depuis son compte courant. Toutefois, les sommes de 500 euros, 350 euros et 143 euros perçues le 10 septembre 2020, le 12 novembre 2020 et le 30 décembre 2020 et qui correspondent à des ventes de biens ainsi qu'à un versement d'un proche constituent des ressources devant être déclarées au titre du revenu de solidarité active. Par conséquent, M. B, justifie qu'il n'avait pas à déclarer la somme de 14 668,28 euros sur les 16 899,11 euros invoqués par le département.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé l'indu de revenu de solidarité active de 3 900,74 euros.

En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :

18. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : () b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer. Pour l'application du 1°, les enfants à charge doivent respecter les conditions prévues à l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article R. 823-2 du même code : " Les aides personnelles au logement sont attribuées sur la demande de l'intéressé déposée auprès de l'organisme payeur mentionné à l'article R. 823-1 dont il relève. Cette demande est conforme à un modèle type. Elle est assortie de pièces justificatives définies par arrêté des ministres chargés du logement, du budget, de la sécurité sociale et de l'agriculture. Le même arrêté définit le modèle-type de la demande et précise celles de ces pièces justificatives qui doivent être produites chaque année et, parmi celles-ci, celles dont le défaut de présentation avant la date qu'il fixe entraîne la suspension du paiement de l'aide ". Enfin, il résulte de l'article R. 823-3 du même code : " Les changements survenus, au cours de la période de paiement de l'aide, dans la situation du bénéficiaire ou du ménage font l'objet de justifications fournies avec la demande de révision du montant de l'aide ".

19. Aux termes de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale : " Les organismes de sécurité sociale demandent, pour le service d'une prestation ou le contrôle de sa régularité, toutes pièces justificatives utiles pour vérifier l'identité du demandeur ou du bénéficiaire d'une prestation ainsi que pour apprécier les conditions du droit à la prestation, notamment la production d'avis d'imposition ou de déclarations déposées auprès des administrations fiscales compétentes. Les organismes peuvent se dispenser de ces demandes lorsqu'ils sont en mesure d'effectuer des contrôles par d'autres moyens mis à leur disposition ".

20. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que le montant de l'allocation de logement sociale est calculé au regard des ressources du demandeur ainsi que de la composition de son foyer. Celui-ci est tenu de faire connaître à la caisse d'allocations familiales tout changement de situation survenu permettant à cet organisme de procéder à un nouveau calcul de ses droits. Toutefois, en application de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité, eu égard à sa mission de service de public et aux prérogatives de puissance publique attachées à cette mission de versement pour le compte de l'Etat des aides au logement, la caisse est tenue d'effectuer les vérifications nécessaires relatives à la situation du demandeur notamment en lui demandant la communication des pièces nécessaires à une telle étude.

21. Pour mettre à la charge de M. B l'indu litigieux d'allocation de logement sociale, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie expose que l'intéressé entretient une vie maritale depuis le 27 mai 2021. Toutefois, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que la caisse aurait procédé à des investigations permettant d'établir que la vie maritale de M. B aurait débuté avant le 28 octobre 2021, date à laquelle il déclare avoir débuté sa relation avec Mme D. Surtout, la caisse ne produit ni ne justifie d'aucune démarche entreprise auprès du requérant par laquelle elle aurait recherché à s'informer sur sa situation et à établir l'existence d'une vie maritale à compter de mai 2021. Par conséquent, la caisse, n'est pas fondée à mettre à sa charge l'indu d'allocation de logement sociale pour ce motif.

22. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours et confirmé l'indu doit être annulée.

En ce qui concerne l'imputation du rappel d'allocation de revenu de solidarité active :

23. Aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir ".

24. Il résulte de l'instruction que le rappel de revenu de solidarité active de 585,60 euros a été affecté au remboursement des dettes de M. B. Dès lors que l'intéressé n'a pas opté pour le remboursement de ses dettes en une seule fois, la caisse pouvait procéder à l'affectation de ce rappel au remboursement de ses dettes. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à demander le versement direct de ce rappel.

Sur les conséquences des annulations :

En ce qui concerne le revenu de solidarité active :

25. Il résulte de l'instruction que le département de la Haute-Savoie a procédé à une première régularisation partielle du dossier de M. B en retirant de la prise en compte de ses ressources les sommes de 500 euros, 1 000 euros, 150 euros, 455 euros et 10 000 euros correspondant à divers prêts et versements et en réduisant le montant de l'indu de 341,04 euros, le portant ainsi à 3 559,70 euros. Eu égard au motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de procéder à une nouvelle évaluation de l'indu mis à la charge de M. B en ne prenant en compte que les ressources qu'il devait déclarer pour la période d'octobre 2020 à juillet 2021 telles qu'elles ont été exposées au point 16.

26. Il y a donc lieu d'enjoindre au département de la Haute-Savoie de procéder à un nouveau calcul de l'indu et de notifier une nouvelle décision expresse notifiant le nouveau montant indu à M. B avant le 31 décembre 2024.

En ce qui concerne l'allocation de logement sociale :

27. Eu égard au motif de l'annulation prononcée au point 21, il y a lieu de décharger M. B de l'obligation de payer l'indu d'allocation de logement sociale de 393 euros et d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes indûment perçues en remboursement de cette dette si les sommes recouvrées dépassent le montant total des indus mis à la charge du requérant, toutes prestations sociales et familiales confondues.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental de la Haute-Savoie du 10 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté le recours préalable de M. B et confirmé l'indu d'allocation de logement sociale de 393 euros est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au département de la Haute-Savoie de procéder à un nouveau calcul de l'indu et de notifier le nouveau montant à M. B avant le 31 décembre 2024 conformément aux points 25 et 26 des motifs du présent jugement.

Article 4 : M. B est déchargé de l'obligation de payer l'indu d'allocation de logement sociale de 393 euros.

Article 5 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie de procéder au remboursement des sommes perçues en remboursement des indus si ces sommes dépassent l'ensemble des dettes de prestations sociales mis à la charge de M. B.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie et au département de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le président,

J.P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s2200956, 2205888