Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2201796

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2201796
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEXIMM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la SAS Chemin de l'Haye, qui demandait la condamnation de la commune de Loriol-sur-Drôme à lui verser 59 018 euros en réparation de préjudices liés à un retard de raccordement électrique. La société invoquait des fautes de la commune, notamment un retard d’accord pour les travaux et la délivrance d’un permis d’aménager sans informations fiables sur la faisabilité. Le tribunal a examiné les articles L. 342-6 et L. 342-11 du code de l’énergie, mais a estimé que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, rejetant ainsi l’ensemble des demandes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 mars, 18 juillet et 29 novembre 2022, la SAS Chemin de l'Haye, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Loriol-sur-Drôme à lui verser 59 018 euros en réparation de ses préjudices, avec intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2022 et la capitalisation des intérêts à compter de cette même date ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Loriol-sur-Drôme une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a tardé à donner l'accord pour la réalisation de travaux en domaine public par Électricité Réseau Distribution France (ERDF), depuis devenue Enedis, malgré un certificat d'urbanisme favorable et un permis d'aménager en méconnaissance de l'article L. 342-11 du code de l'énergie et n'a pas suivi la réalisation des travaux ;

- la responsabilité de la commune est engagée du fait de promesses non suivies d'effet et d'incitations erronées ;

- le permis d'aménager lui a été délivré alors qu'en l'absence d'informations fiables requises par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme sur la faisabilité de l'opération, il aurait dû lui être refusé ou être assortie de réserve ;

- son préjudice doit être réparé à hauteur de 39 018 euros au titre de la régularisation des droits de mutations qu'elle a dû régler à cause de ce retard, 10 000 euros au titre de l'immobilisation des biens et 10 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mai, 18 octobre 2022 et 2 janvier 2024, la commune de Loriol-sur-Drôme, représentée par Me Rigoulot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS Chemin de l'Haye, une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance alléguée est prescrite ;

- la commune était tenue de délivrer un certificat d'urbanisme favorable suite à l'accord du gestionnaire de réseau ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Breysse, avocat de la SAS Chemin de l'Haye.

Une note en délibéré présentée par la SAS Chemin de l'Haye a été enregistrée le 8 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 avril 2013, la SAS Chemin de l'Haye a présenté une demande de permis d'aménager aux fins de réalisation d'un lotissement de dix-sept lots à usage d'habitation, sur le terrain constitué des parcelles cadastrées section ZK nos 40, 41, 47, 460, 462, 523, 525 et 527 situées au lieu-dit " Laye " sur la commune de Loriol-sur-Drôme (Drôme). Par un arrêté du 16 juillet 2013, le maire de la commune a accordé le permis d'aménager sous réserve de respecter les prescriptions mentionnées à l'article deux de cet arrêté. Par des courriers datés du 8 mars 2021 puis du 22 mars 2022, la société requérante a demandé à la commune la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'un retard dans la réalisation des travaux de raccordement au réseau électrique qu'elle impute à des fautes de la commune. Suite au rejet implicite de cette demande préalable, elle demande au tribunal la condamnation de la commune de Loriol-sur-Drôme à lui verser la somme totale de 59 018 euros.

Sur la responsabilité de la commune :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 342-6 du code l'énergie : " La part des coûts de branchement et d'extension des réseaux non couverts par les tarifs d'utilisation des réseaux publics peut faire l'objet de la contribution due par le redevable défini à l'article L. 342-7 ou par les redevables définis à l'article L. 342-11. La contribution est versée au maître d'ouvrage des travaux, qu'il s'agisse d'un gestionnaire de réseau, d'une collectivité territoriale, d'un établissement public de coopération intercommunale ou d'un syndicat mixte ". Aux termes de l'article L 342-11 du code de l'énergie applicable au litige : " La contribution prévue à l'article L. 342-6 pour le raccordement des consommateurs au réseau de distribution est versée, dans des conditions, notamment de délais, fixées par les cahiers des charges des concessions ou les règlements de service des régies ou, à défaut, par décret en Conseil d'Etat, par les redevables mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° suivants : / 1° Lorsque l'extension est rendue nécessaire par une opération ayant fait l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable, située en dehors d'une zone d'aménagement concerté et ne donnant pas lieu à la participation spécifique pour la réalisation d'équipements publics exceptionnels ou à la participation pour voirie et réseaux mentionnées à l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme, la contribution correspondant aux équipements mentionnés au troisième alinéa de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme est versée par le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition. / La part de contribution correspondant à l'extension située hors du terrain d'assiette de l'opération reste due par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent pour la perception des participations d'urbanisme () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la commune compétente pour la perception de la contribution relative aux coûts de branchement et d'extension des réseaux non couverts par les tarifs d'utilisation des réseaux publics est redevable de la part correspondant à l'extension située hors du terrain d'assiette de l'opération lorsque celle-ci est rendue nécessaire par une opération ayant fait l'objet d'un permis de construire.

4. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune a signé le 24 juillet 2013 le devis établi par ERDF la veille, le 13 novembre 2013 un devis complémentaire établi le 21 octobre précédent et le 9 novembre 2018 un dernier devis établi le 25 avril précédent et que la commune a émis un mandat de paiement de 30 558,72 euros au titre de ces travaux le 15 mai 2014. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la commune aurait fait des promesses ou pris un engagement envers la société requérante, ni qu'elle l'aurait incitée à réaliser des travaux, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait manqué de la diligence requise pour permettre la réalisation des travaux de raccordement au réseau du projet.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme applicables au litige : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies ". En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. Ainsi, la délivrance d'un permis d'aménager illégal constitue une faute susceptible d'engager, envers son bénéficiaire, la responsabilité de la personne publique au nom de laquelle il a été accordé. Cette responsabilité est susceptible d'être atténuée par la faute commise par le bénéficiaire du permis, notamment lorsqu'il a présenté une demande tendant à la délivrance d'un permis d'aménager illégal.

6. Le permis d'aménager a été délivré le 16 juillet 2013 à la société requérante après l'avis favorable d'ERDF du 23 avril 2013, lequel a confirmé la faisabilité du projet, estimé le montant des travaux et précisé que leur réalisation était possible entre quatre et six mois après l'ordre de service de la commune et l'accord du client. Ce permis mentionne à l'article 2 les réserves assorties à l'autorisation et notamment le raccordement à l'électricité et la participation pour voirie et réseau due à ce titre. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune du fait de l'illégalité du permis d'aménager au regard des dispositions précitées ou du fait qu'il n'aurait pas été assorti de réserves.

7. Il résulte de ce qui précède que la demande indemnitaire de la SAS Chemin de l'Haye doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SAS Chemin de l'Haye doivent dès lors être rejetées.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS Chemin de l'Haye une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Loriol-sur-Drôme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de la SAS Chemin de l'Haye est rejetée.

Article 2 :La SAS Chemin de l'Haye versera à la commune de Loriol-sur-Drôme une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié la SAS Chemin de l'Haye et à la commune de Loriol-sur-Drôme.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. Derollepot

Le président,

T. PfauwadelLe greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.