Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202087
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202087 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, régularisée le 19 avril 2022 et un mémoire enregistré le 19 avril 2022, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle la président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 681,05 euros.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi et que sa situation résulte des fausses déclarations et fraudes commises par son conjoint aujourd'hui décédé ;
- elle est dans l'incapacité de rembourser sa dette et a été contrainte de déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le département de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est insuffisamment motivée au sens de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions au cours de l'audience publique.
M. B a présenté son rapport au cours de l'audience tenue le 25 septembre 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est allocataire du revenu de solidarité active depuis 2011. Le 1er décembre 2016, elle a été radiée du dispositif du revenu de solidarité active au motif qu'elle n'avait pas rempli ses obligations en ne signant pas de contrat d'engagement réciproque. Le 6 juillet 2021, Mme C a effectué une nouvelle demande de revenu de solidarité active après le décès de son conjoint survenu le 13 mai 2021 dans laquelle elle déclare avec été en couple à compter du 20 janvier 2018. L'administration a alors procédé à un échange d'informations avec les services fiscaux et a réétudié les droits de Mme C au regard de ses nouvelles déclarations. Un indu de 3 471,69 euros pour la période de mai 2015 à mai 2016 et un trop-perçu de 662,46 euros pour les mois de juin et juillet 2016 lui ont été notifiés. La dette de 3 471,69 euros a ensuite été ramenée à 2 681,05 euros. Par un courrier du 11 janvier 2022, Mme C a demandé la remise gracieuse de cette dette. Par une décision du 3 février 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Savoie a rejeté cette demande au motif que Mme C a commis une fraude en ne déclarant pas régulièrement sa situation.
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
4. En l'espèce, Mme C est allocataire du revenu de solidarité active depuis 2011 et qu'elle était initialement connue des services du département de la Haute-Savoie comme personne isolée. Pour mettre à la charge de Mme C l'indu litigieux de 2 681,05 euros qui s'étale sur la période de mai 2015 à mai 2016, le département de la Haute-Savoie a retenu que l'intéressée n'avait pas déclaré l'ensemble de ses revenus. Il résulte de l'avis d'imposition pour l'année 2015 versé par le département que Mme C a perçu la somme de 5 800 euros tirée de son activité d'autoentrepreneur et qu'elle n'a déclaré que 1 570 euros dans ses déclarations trimestrielles de ressources. Par conséquent, eu égard à l'importance des fausses déclarations et à leur caractère répété, il convient de retenir l'intention frauduleuse de la requérante et de rejeter ses conclusions à fin d'annulation et de remise gracieuse. Si Mme C expose dans ses différentes écritures que les fausses déclarations et omissions sont le fait de son conjoint aujourd'hui décédé, il résulte de sa demande de revenu de solidarité active de 2021 qu'elle déclare avoir été en couple seulement à compter de janvier 2018, soit postérieurement à la période sur laquelle s'établit l'indu litigieux. Par conséquent, elle n'est pas fondée à contester la décision du président du conseil départemental et les conclusions à fin de remise gracieuse doivent être rejetées.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le président,
J-P. BLa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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