Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2202486
jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BG AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 avril et 16 décembre 2022, 30 mars et 25 mai 2023, la société CJM Ile de France, représentée par Me Hansen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le maire d'Huez a accordé à la société Anahome Immobilier un permis de construire, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le maire d'Huez a accordé à la société Anahome Immobilier un permis de construire modificatif ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Huez et de la SAS Anahome une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le permis de construire et son modificatif sont entachés d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme ;
- les arrêtés sont insuffisamment motivés ; les prescriptions relatives à la saisine d'Enedis et sur l'accès au domaine public sont illégales ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;
- le projet ne respecte ni la règle de hauteur fixée par l'article UH 3.3 2 du règlement du PLU ni les règles d'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ;
- le projet méconnait l'article UH 5.4 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux espaces perméables ;
- il méconnaît l'article UH 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'obligation de prévoir un local destiné au stationnement des vélos ;
- l'implantation du projet par rapport aux limites séparatives Nord et Sud ne respecte pas les dispositions de l'article UH 3.4 du plan local d'urbanisme ;
- le permis de construire méconnaît les règles relatives à l'insertion paysagère et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Le permis de construire modificatif est illégal :
- la motivation de ce permis de construire modificatif est insuffisante dès lors qu'il ne précise pas les modifications apportées au projet initial ;
- le permis de construire modificatif comporte des prescriptions illégales car il prévoit que les réserves et prescriptions énoncées dans l'arrêté initial sont maintenues ;
- il devait être précédé d'une nouvelle saisine des commissions compétentes en matière de demande d'autorisation de travaux sur un établissement recevant du public ;
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, la commune d'Huez, représentée par Me Gautier conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Anahome Immobilier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 octobre 2022, 26 janvier et 25 avril 2023, la société Anahome Immobilier, représentée par Me Nguyen, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société CJM Ile de France en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un courrier du 26 septembre 2024, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de surseoir à statuer au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de permettre la régularisation d'un vice affectant la légalité de l'acte attaqué et les a invitées à présenter leurs observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol ;
- les conclusions de Mme C ;
- et les observations de Me Marx pour la société CJM Ile de France, et de Me Millet substituant Me Nguyen pour la société Anahome immobilier.
Une note en délibéré a été enregistrée le 3 octobre 2024 pour la commune d'Huez.
Une note en délibéré a été enregistrée le 11 octobre 2024 pour la société CJM Ile de France.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 juillet 2021, la société Anahome Immobilier a déposé une demande de permis de construire pour la surélévation et l'extension d'un bâtiment existant dénommé " La Cristallière ", d'une surface de plancher de 1 231,70 m2 sur une parcelle cadastrée section AB n° 371, située 5 place Jean Moulin à l'Alpe d'Huez. Par un arrêté du 26 novembre 2021, le maire de la commune d'Huez a délivré le permis de construire sollicité. Le recours gracieux du 21 janvier 2022 par lequel la société CJM Ile de France en a sollicité le retrait, a été explicitement rejeté le 17 février 2022. Un permis de construire modificatif a été délivré le 14 novembre 2022. La société CJM Ile de France demande l'annulation du permis de construire du 26 novembre 2021, de la décision de rejet de son recours gracieux et du permis de construire modificatif du 14 novembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme :
2. Aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative () Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de la même autorité administrative. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt de la demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire doit être obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public. () ".
3. Il résulte de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme que lorsque l'aménagement intérieur de locaux constitutifs d'un établissement recevant du public, qui nécessite une autorisation spécifique au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation, n'est pas connu lors du dépôt de la demande de permis de construire, l'autorité compétente, dont la décision ne saurait tenir lieu, sur ce point, de l'autorisation prévue par le code de la construction et de l'habitation, ne peut légalement délivrer le permis sans mentionner expressément l'obligation de demander et d'obtenir une autorisation complémentaire avant l'ouverture au public, et ce alors même que le contenu du dossier de demande de permis de construire témoignerait de la connaissance, par le pétitionnaire, de cette obligation. Une telle obligation n'est pas satisfaite dans le cas où l'arrêté accordant le permis de construire se borne à mentionner que son bénéficiaire devra respecter les prescriptions formulées par l'avis de la commission communale d'accessibilité, lequel fait état de l'obligation, pour le demandeur, de solliciter l'autorisation prévue par le code de la construction et de l'habitation.
4. En premier lieu, il ressort tant de l'avis du service départemental d'incendie et de secours du 18 août 2021 que de l'avis de la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité du 8 novembre 2021 que l'aménagement de l'intérieur de la construction n'était pas connu au moment du dépôt de la demande de permis de construire en litige. En outre, l'arrêté de permis de construire initial mentionne l'obligation de demander et d'obtenir une autorisation complémentaire avant l'ouverture au public.
5. En second lieu, il ressort de la notice et de la comparaison entre la coupe de principe longitudinale du dossier de permis de construire initial et celle du permis modificatif que si le permis initial prévoyait de conserver tant le rez-de-chaussée bas que le rez-de-chaussée supérieur, le permis de construire modificatif prévoit la démolition du rez-de-chaussée supérieur du bâtiment existant et que le rez-de-chaussée supérieur est reconstruit à neuf selon la même surface. Ainsi, les modifications induites par le permis de construire modificatif ne nécessitaient de consulter à nouveau ni le service départemental d'incendie et de secours qui avait rendu un avis le 18 août 2021 ni la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité qui a également rendu un avis le 8 novembre 2021.
6. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme doit être écarté dans toutes ses branches à l'encontre tant du permis de construire initial que du permis de construire modificatif.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisante motivation :
7. En premier lieu, une décision accordant un permis de construire assorti de prescriptions spéciales n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables qui doivent être motivées en vertu du code des relations entre le public et l'administration. Si une telle décision doit être motivée en vertu du deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme, la motivation exigée par ces dispositions peut résulter directement, comme c'est le cas en l'espèce, du contenu même des prescriptions.
8. En deuxième lieu, des omissions dans les visas d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la requérante ne peut utilement soutenir que l'arrêté ne vise ni la concession permettant la dérogation au respect des règles de stationnement, ni l'autorisation d'exploiter l'établissement recevant du public. Par ailleurs, une autorisation de travaux a été délivrée.
9. En troisième lieu, le permis de construire modificatif indique que l'objet du permis est de surélever et d'étendre le bâtiment existant et de procéder à sa " démolition partielle ", ce qui est suffisant. Aucune disposition ne crée une obligation pour l'arrêté de permis de construire modificatif de détailler les modifications apportées au projet initial, ce qui est l'objet de la notice.
10. En quatrième lieu, les prescriptions exprimées par les services consultés lors de l'instruction de la demande de permis de construire ont été reprises dans l'arrêté de permis de construire. Celles-ci sont suffisamment précises et n'ont pas pour effet de conditionner la légalité du permis de construire délivré à une consultation ultérieure des services instructeurs.
11. D'une part, Enedis a émis un avis favorable au projet dans un avis du 25 août 2021 et précise que pour la puissance demandée de 51kVA triphasé aucune contribution financière n'est due. La mention selon laquelle les distances réglementaires de sécurité entre la ligne électrique et la construction doivent respecter les distances réglementaires de sécurité décrites dans l'arrêté technique du 17 mai 2001, n'est qu'un simple rappel de la réglementation applicable à titre informatif, et ne présente pas, dès lors, un caractère illégal. Enfin, et à supposer que le terrain soit surplombé par une ligne électrique aérienne ou grevé d'une servitude de passage d'un câble électrique suffisant et que cette distance réglementaire ne puisse être respectée, cette circonstance impliquerait uniquement que ces ouvrages électriques soient mis en conformité après étude réalisée par Enedis. Ainsi, aucune nouvelle consultation ultérieure d'Enedis sur le projet ne sera nécessaire contrairement à ce qu'affirme la requérante.
12. D'autre part, si l'arrêté comporte une prescription selon laquelle le domaine public devra être aménagé en accord avec le service gestionnaire de la voirie, elle n'a pas vocation à reporter l'examen des conditions d'accès au domaine public de la construction qui ont été examinées par le service instructeur mais uniquement d'associer l'autorité compétente en matière de voirie lors de la phase de travaux.
13. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne le caractère complet du dossier de permis de construire :
14. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comportent des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
15. En premier lieu, il est exact que le plan de situation ne situe pas le terrain à l'intérieur de la commune. Toutefois, le dossier mentionne les références cadastrales du projet ainsi que l'adresse du tènement et comporte plusieurs vues de sorte que le service instructeur a été à même de situer le projet.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " () Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet serait situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques. Ainsi, le plan de masse n'avait pas à faire mention des cotes rattachées au système altimétrique de référence d'un plan de prévention des risques.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaitre l'état initial et l'état futur ; / / b) un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaitre l'état initial et l'état futur ; () ".
19. D'une part, le dossier de permis de construire comprend deux plans en coupe longitudinale (PC3) à l'échelle 1/200ème. La notice descriptive du projet précise que la topographie du terrain est inchangée. Dès lors, les plans en coupe de ce dossier de permis de construire portant sur une surélévation/extension n'avaient pas faire apparaitre l'état initial et futur du profil du terrain.
20. D'autre part, l'article L. 425-3 précité autorise que le plan de coupe joint au dossier d'un permis de construire ne mentionne que la façade " des coques vides " des établissements recevant du public dont l'aménagement intérieur n'est pas connu et dont les accès seront précisés dans une demande spécifique ultérieure. L'arrêté contesté précise en outre qu'une autorisation complémentaire devra être obtenue au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, la circonstance que le plan de coupe joint au dossier de permis de construire ne mentionne que la façade " des coques vides " n'est pas de nature à caractériser une incomplétude du dossier de permis de construire.
21. Enfin, les plans de façades Sud, Nord et Ouest (PC5) mentionnent la hauteur au faitage de la construction. Le plan des toitures comporte la hauteur et les pentes de toit du projet.
22. En quatrième lieu, l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme dispose que " lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ".
23. En l'espèce, le plan masse produit au dossier donne à constater qu'il n'existe aucun empiètement sur le domaine public et notamment sur la route du Signal. D'ailleurs, dans un courriel du 3 octobre 2022, le Département de l'Isère a indiqué que l'implantation du bâtiment et les constructions à venir (construction de balcons et d'aménagement pour les personnes à mobilité réduite) n'empiètent pas sur le domaine public routier, conformément à l'arrêté d'alignement du 24 septembre 2021, qui constate la délimitation de la voie publique.
24. En cinquième lieu, le dossier de permis de construire comprend un dossier spécifique permettant de vérifier la conformité des établissements recevant du public aux règles d'accessibilité et de sécurité contre l'incendie et d'accessibilité des personnes à mobilité réduite au titre de la législation sur les établissements recevant du public.
25. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce qui est soutenu, le dossier de demande de permis de construire est complet.
En ce qui concerne la hauteur de la construction envisagée :
26. Aux termes de l'article UH 3.3-2 du règlement du PLU :"'La hauteur maximum des constructions est réglementée en hauteur et en nombre de niveaux visibles de la façade la plus haute du rez-de-chaussée jusqu'aux combles. ()/. La hauteur maximum et le nombre de niveaux ne doivent pas dépasser': () dans le secteur UH3 : 17 m et RDC/RDCS+4+C'". Le règlement précise que : "'La hauteur totale d'une construction, d'une façade ou d'une installation correspond à la différence de niveau entre son point le plus haut et son point le plus bas situé à sa verticale. Elle s'apprécie par rapport au niveau du terrain existant avant travaux à la date de dépôt de la demande et terrain fini après travaux. Le point le plus haut à prendre comme référence correspond au faîtage de la construction, ou au sommet de l'acrotère, dans le cas de toitures terrasses ou de terrasses en attique. Les installations techniques sont exclues du calcul de la hauteur (). En cas de construction à édifier en limite de propriété et mitoyenne à une construction voisine préexistante, la différence de hauteur entre le corps principal des constructions mesurées à l'aplomb du point le plus haut de la toiture à pan ou de l'acrotère de la toiture plate, ne doit pas excéder 1. ()'".
27. Les plans de façade indiquent en pointillé la limite maximale de 17 mètres par rapport au terrain naturel. Or, il ressort tant du plan de façade Sud que du plan de façade Ouest que la construction respecte en tout point cette hauteur maximale et notamment en limite séparative Est où la construction s'élève à 16,90 m. La circonstance que le terrain est en pente descendante d'Ouest en Est n'établit pas que cette cote est erronée ni davantage que l'est celle du bâtiment voisin coté à 15,90 m. A ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH 3.3-2 du règlement du PLU doit être écarté.
En ce qui concerne l'implantation par rapport aux voies et emprises publiques :
28. Aux termes de l'article 3.3 Implantation par rapport aux voies et aux emprises publiques de la zone UH du règlement du plan local d'urbanisme : " Entrent dans le champ du présent article les voies et emprises publiques ainsi que les voies privées ouvertes au public (pour l'ensemble hors voie piétonnes et cycles indépendantes d'une voie ouverte à la circulation automobile). / Pour l'application des règles ci-après, le calcul doit se faire au nu de la façade, sans tenir compte de ses éléments de débords éventuels, tels débords de toitures et tout ouvrage en saillie à condition que leur profondeur par rapport à la façade concernée ne dépasse pas 2 m. B de 2 m, seul le surplus est pris en compte. En cas d'implantation en limite, que la hauteur de leur implantation doit être égale ou supérieure à 4,50 m du sol fini, pour une profondeur maximale de 2m (cf schémas n°3-a, 3-b et 4 en annexe). / Il doit être respecté, par rapport aux voies et emprises publiques existantes, à modifier ou à créer, un recul minimum de 2 m. / La disposition ne concerne pas : / - l'extension d'une construction existante déjà implantée en limite de l'emprise des voies existantes, à modifier ou à créer () ".
29. D'une part, il ressort notamment de la notice et du plan de masse que le projet autorisé par l'arrêté attaqué porte sur l'extension/surélévation d'un immeuble existant, déjà implanté en limite séparative à l'Ouest avec l'avenue du Signal. Ainsi, les travaux d'extension n'avaient pas à respecter le recul minimum de 2 mètres et ce même si la construction initiale était pour partie une terrasse surélevée le long de cette limite.
30. D'autre part, la notice indique qu'au Sud, le bâtiment sera implanté à plus de 2 mètres du domaine public. Il ressort du plan de masse, du plan de division et des photographies versées que l'espace piéton au droit de la construction existante est un espace privé affecté à la circulation piétonne indépendant de la voie publique ouverte à la circulation automobile qui la jouxte. Dès lors, cet espace privé n'entre pas dans le champ de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme. Il en résulte que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 3.3 relatives à l'implantation par rapport aux voies et emprises publiques sont méconnues.
En ce qui concerne l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives :
31. Aux termes de l'article UH.3.4 du règlement du PLU dans sa version issue de la modification n°2 du PLU approuvée le 4 mai 2022 : " Implantation par rapport aux limites séparatives () L'implantation jusqu'en limite de la limite séparative des propriétés voisines est autorisée dans les cas suivants (dans ce cas, les débords de toiture et ouvrage en saillie sont pris en compte) : ()/ - construction édifiée en mitoyenneté avec une construction existante érigée en limite de propriété, (pour l'intégralité de la limite concernée) ".
32. Il résulte de cet article que l'implantation en limite séparative est autorisée pour les constructions édifiées en mitoyenneté avec une construction existante érigée en limite de propriété pour l'intégralité de la limite concernée.
33. Un permis de construire modificatif a été délivré le 14 novembre 2022 sous l'empire des nouvelles dispositions de l'article UH.3.4 précitées. Il ressort tant du plan de masse que de la notice que le bâtiment projeté en limite Ouest sera implanté et prolongé en limite séparative au bâtiment mitoyen l'hôtel les Bruyères. La circonstance, à la supposer établie, que la construction projetée dépasse le gabarit de la construction au Nord et au Sud qui lui est mitoyenne est sans incidence. Dès lors, par application de l'exception prévue à l'article 3.4 du règlement du plan local d'urbanisme qui autorise l'implantation en limite séparative dans son intégralité sans que puisse être opposées les dimensions de la construction mitoyenne, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH.3.4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne les espaces perméables :
34. Aux termes de l'article UH 5.4 du règlement du plan local d'urbanisme modifié le 4 mai 2022, en vigueur à la date du permis de construire modificatif : " Toute opération de construction nouvelle (hors travaux de réfection et/ou d'extension de construction existante) doit comporter un minimum d'espaces perméables correspondant à une part de la surface des espaces libres de toute construction () - dans les secteurs UHh3, UH3 et UH3* : 30% ".
35. La notice de présentation de la modification n° 2 du plan local d'urbanisme précise que le règles des espaces verts et espaces perméables sont valables uniquement pour les constructions neuves, dès lors qu'elles ne peuvent être respectées en cas de réfection et/ou d'extension de constructions existantes dès lors que les espaces libres sont la plupart du temps insuffisants. Ainsi, les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu exclure l'application de cette règle aux extensions de constructions existantes telles que le projet contesté. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH 5.4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne le local à vélo :
36. L'article UH 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme exige au minimum pour les opérations de quatre logements et plus, un local spécifique fermé ou couvert, et facile d'accès correspondant à 1m² par logement.
37. Aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; "
38. La notice architecturale indique qu'" un local vélos de 5 m² sera aménagé en RDCs ". Si la requérante fait valoir que les plans du rez-de-chaussée haut et bas du dossier établissement recevant du public (ERP) joint au dossier de permis de construire en application de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme ne localise pas un local à vélo, il ressort toutefois de ces mêmes plans que la partie Nord du rez-de-chaussée bas n'est pas aménagée par un ERP et rien ne fait obstacle à ce que le local à vélo prenne place dans cet espace comme cela ressort du plan annexé à l'arrêté d'alignement. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des règles relatives à l'insertion paysagère et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
39. En se bornant à indiquer qu'en sus de la méconnaissance des règles relatives à l'insertion paysagère du projet dans son environnement, le permis de construire litigieux méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sans autre développement, la société requérante n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut ainsi qu'être écarté.
40. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société CJM Ile de France doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
41. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la société CJM Ile de France est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société CJM Ile de France, à la commune d'Huez, et à la société Anahome Immobilier.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
P. ThierryLa greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202486