Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203068
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2022 et des mémoires enregistrés le 9 novembre 2022 et le 2 septembre 2024, M. A H, M. K C, M. B J, M. F G et M. E, représentés par la SELARL Concorde avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir le permis de construire valant division que le maire de Jarrie a délivré le 23 novembre 2021 à M. et Mme D en vue de la construction de 9 logements individuels, ensemble le refus opposé à leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Jarrie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté en litige méconnaît l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) relatives aux accès et à la voirie en zone UD3 ;
- cet arrêté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le pétitionnaire a induit en erreur le service instructeur sur la configuration de l'accès au projet en litige et sur son intégration dans le site et son environnement ;
- le projet méconnaît les dispositions du PLUi relatives à la gestion des eaux pluviales ;
- le projet méconnaît les dispositions du PLUi relatives au nombre de place de stationnement obligatoires tant pour les véhicules que pour les vélos ;
- le projet méconnaît les dispositions du PLUi concernant le nombre d'arbres à planter ;
- les pétitionnaires ont obtenu ce permis en ayant recours à des manœuvres frauduleuses.
La commune de Jarrie, représentée par la SELARL CDMF-Avocats, affaires publiques a présenté trois mémoires enregistrés le 6 septembre 2022, le 2 décembre 2022 et le 14 décembre 2022 par lesquels elle conclut au rejet de la requête et demande une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne démontrent pas leur intérêt à contester le permis en litige ;
- subsidiairement, les moyens qu'ils invoquent ne sont pas fondés.
M. et Mme D, représentés par la SELAS Lega-Cité, ont présenté quatre mémoires, enregistrés le 13 octobre 2022, le 2 décembre 2022, le 10 juillet 2024 et le 31 juillet 2024, par lesquels ils concluent au rejet de la requête ou, subsidiairement à ce que le Tribunal fasse application des articles L. 600-5 et/ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demandent une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- les requérants ne démontrent pas leur intérêt à contester le permis en litige ;
- subsidiairement, les moyens qu'ils invoquent ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- les observations de Me Douche pour les requérants, de Me Fiat pour la commune de Jarrie et de Me Couderc pour M. et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D ont obtenu, le 23 novembre 2021, un permis pour la réalisation d'un ensemble immobilier de 9 logements individuels sur le lot n°1 d'un lotissement dénommé " Pré Allerme " couvrant deux parcelles cadastrées AH163 et AH240 situées sur le territoire de la commune de Jarrie (Isère). Dans la présente instance, les propriétaires de différents lots de ce lotissement en demandent l'annulation pour excès de pouvoir.
2. Aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs () ".
3. La demande ayant donné lieu au permis de construire initial du 23 novembre 2021 ne comportait pas de projet de constitution d'une association syndicale en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Toutefois, M. et Mme D ont, en cours d'instance, obtenu un permis modificatif, non contesté, contenant les statuts d'une association syndicale libre dénommée " Le Clos Allerme ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le permis en litige des dispositions de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme citées au point 2 doit être écarté comme inopérant.
4. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".
5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. S'agissant en premier lieu des accès au projet contesté, le document intitulé " PC4 - Programme de travaux " joint à la demande des pétitionnaires mentionne que : " L'accès aux futurs logements se fera depuis la voie existante au Nord qui débouche sur la RD112 par l'intermédiaire d'une voie de desserte en impasse ". Ces indications, complétées par le plan de masse et les photographies figurant dans le dossier de demande, sont suffisamment précises pour permettre de comprendre que l'accès au projet s'effectue en empruntant, sur quelques mètres, la voie privée du lotissement du Pré Allerme même si elle n'est pas explicitement citée. S'agissant, en second lieu, des documents graphiques représentant l'insertion du projet dans son environnement, il est vrai qu'ils le représentent dans un espace vierge de toute construction alors qu'il a vocation à s'implanter sur un des lots d'un lotissement déjà construit. Toutefois, cette présentation est corrigée par les photographies, aérienne et terrestres, également versées au dossier sur lesquelles les constructions avoisinantes sont visibles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par le permis en litige, des dispositions citées au point 4 doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8.2 des dispositions générales du règlement écrit du PLUi auquel renvoie l'article 8.2 de ce même document relatif à la zone UD3 : " Pour toute nouvelle opération d'aménagement, la voirie interne doit présenter des caractéristiques adaptées à l'importance et à la destination des constructions à desservir. () Les voies en impasse doivent permettre le retournement des véhicules de secours et de service ".
8. La voie interne qui dessert les 9 logements inclus dans le projet en litige se termine en impasse au niveau du logement n°7. Sa largeur n'est, à cet endroit, que de 6 mètres - y compris le trottoir d'1.5 mètre -, ce qui ne permet pas à des engins de secours et de service de faire demi-tour. Toutefois, les dispositions citées au point précédent ne prévoient pas que l'espace nécessaire à ce type de manœuvres soit nécessairement situé en bout d'impasse. Or il résulte des pièces produites par les pétitionnaires à la demande du tribunal que la largeur de l'axe interne du projet est de 11.70 mètres (en incluant le trottoir d'1.5 m) dans le virage situé au niveau des logements 3, 4, 5 et 9. Elle satisfait ainsi, dans cette zone, aux exigences posées par les dispositions citées au point 6 compte tenu par ailleurs, d'une part, des données fournies par les intéressés sur la longueur d'un fourgon pompe et, d'autre part, du plan de masse annoté qu'ils produisent représentant les manœuvres qui y sont possibles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par le permis en litige, de l'article 8.2 du règlement écrit du PLUi doit être écarté.
9. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
10. Il ressort des documents produits par les requérants que la largeur moyenne d'un véhicule est de 1.80 mètres, sans compter les rétroviseurs. Dès lors, la voie interne du projet en litige, de 4.5 mètres, permet le croisement de deux véhicules courants sans danger pour les piétons, un trottoir de 1.5 mètres leur étant réservé tout le long de cette voie qui de surcroît, compte tenu de sa nature d'impasse et sa destination de desserte de maisons comprises dans un lotissement, n'a vocation à accueillir qu'une circulation limitée circulant à vitesse réduite. Le moyen tiré de la méconnaissance, par le permis en litige, de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.
11. Aux termes de l'article 9.4 des dispositions générales du règlement écrit du PLUi auquel renvoie l'article 9.4 de ce même document relatif à la zone UD3 : " Les eaux pluviales doivent être gérées sur le terrain d'assiette du projet par tout dispositif approprié (noues, toitures végétalisées, tranchées infiltrantes etc.) ".
12. Il résulte des mentions figurant dans l'avis émis le 12 octobre 2021 par les régies eau et assainissement de Grenoble que le projet en litige prévoit la réalisation, sur son terrain d'assiette, d'un dispositif d'infiltration des eaux pluviales. Par ailleurs, le permis délivré à M. et Mme D a été délivré sous réserve que ce dispositif soit correctement dimensionné et régulièrement entretenu. Cette prescription rappelle également que tout rejet dans le réseau public est proscrit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par le permis en litige, des dispositions citées au point 11 doit être écarté.
13. Il résulte de l'article 7.1.2 des dispositions générales du règlement écrit du PLUi auquel renvoie l'article 7.1.2 de ce même document relatif à la zone UD3 que dans le secteur d'implantation du projet (S6) doivent être créées 1 place de stationnement pour véhicule par logement social et 2 places par logement d'une surface comprise entre 60 et 150 m2. Par ailleurs, aux termes de l'article 7.1.3 du règlement écrit du PLUi applicable en zone UD3 : " Dans les secteurs () S6 du zonage stationnement défini sur le document graphique H " Atlas du stationnement ", les constructions destinées à l'habitat et comportant 3 logements et plus, doivent intégrer la réalisation d'une place visiteur pour 3 logements ".
14. Le projet en litige comporte 3 logements sociaux (lot n°1 à 3) et 6 habitations (lots n°4 à 9) dont la surface est comprise dans la fourchette indiquée au point précédent. Il doit donc comporter 15 places de stationnement pour véhicules, réparties comme suit : 1 place pour chaque logement social et 2 places pour chaque habitation outre 3 places visiteurs. Or, il résulte du plan de stationnement figurant dans le dossier de demande que les lots n°1 à 3 disposeront chacun d'un garage couvert ; les lots 4 à 7, chacun de deux places de stationnement extérieures et d'un garage et les lots 8 et 9 chacun d'une place extérieure et d'un garage. En outre, 3 places de stationnement visiteurs sont prévues entre les lots n°3 et 4. Par suite, les dispositions citées au point 13 sont respectées. Le moyen tiré de leur méconnaissance, par le permis en litige, doit donc être écarté.
15. Aux termes de l'article 7.2.1 des dispositions générales du règlement écrit du PLUi auquel renvoie l'article 7.2.1 de ce même document relatif à la zone UD3 : " Les places de stationnement pour les cycles doivent être réalisées en dehors des voies publiques et situées sur l'assiette foncière de l'opération. () ". Il résulte par ailleurs de l'article 7.2.2 du même document qu'en secteur S6 doivent être créées 2 emplacements par construction dont la surface n'excède pas 150 m2 de surface de plancher.
16. Il résulte du plan de stationnement figurant au dossier de demande que des emplacements pour cycles sont prévus dans le garage de chaque logement. Par suite, les dispositions citées au point 15 sont respectées. Le moyen tiré de leur méconnaissance, par le permis en litige, doit donc être écarté.
17. Aux termes de l'article 6.2 des dispositions du règlement écrit du PLUi applicables en zone UD3 : " Ratios d'espaces végétalisés ou perméables et de pleine terre applicables : au moins 60% de la superficie de l'unité foncière doivent être traités en espaces de pleine terre ". Aux termes de l'article 6.2 des dispositions générales du règlement écrit du PLUi auquel renvoie cet article : " Pour tout espace de pleine terre d'une surface supérieure ou égale à 100 m², au moins un arbre de haute tige sera planté par tranche de 100 m² de pleine terre () ".
18. Selon les indications figurant sur l'arrêté de permis de construire, la surface totale du projet en litige est de 4 587 m2 auxquels, selon les indications figurant sur le plan de masse, il convient de retrancher 214 m2 correspondant à la partie sud de la parcelle cadastrale n°163 qui doit être cédée à Grenoble Alpes Métropole. La surface du projet, ramenée ainsi à 4 373 m², imposait donc, par application des dispositions citées au point 17, la plantation de 26 arbres. Ce nombre correspondant à celui prévu par le projet en litige, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6.2 du PLUi doit être écarté.
19. La caractérisation d'une fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
20. En l'espèce, il est exact que les pétitionnaires ont indiqué dans le formulaire cerfa qu'ils ont renseigné à l'appui de leur demande, que le projet ne se situait pas dans un lotissement alors que son terrain d'assiette correspond au lot n°1 du lotissement Pré Allerme. Par ailleurs, dans la mesure où ils sont à l'origine de la création de ce lotissement et siègent au sein de l'association syndicale libre qui en gère les équipements communs en qualité de propriétaires du lot n°1, ils ne pouvaient ignorer cet état de fait.
21. Toutefois, aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents approuvés d'un lotissement deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme () ".
22. En l'espèce, à la date du permis en litige, le délai de caducité de 10 ans institué par les dispositions citées au point 21 était échu et le territoire de la commune de Jarrie était, à l'expiration de ce délai, couvert par un PLU. Dès lors, la mention relative au nombre maximal de lots contenue dans le cahier des charges approuvé du lotissement du Pré Allerme, qui constitue une règle d'urbanisme au sens de ces même dispositions, n'était plus opposable aux pétitionnaires. Par suite, la réalisation du projet en litige ne requérait plus la modification de ce document. Il en résulte que les pétitionnaires ne peuvent être regardés comme ayant cherché à tromper l'administration dans le but d'échapper à cette formalité. L'intention frauduleuse de M. et Mme D n'étant pas établie, le moyen tiré de la fraude entachant le permis contesté doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par M. H et autres doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
24. Eu égard à leur qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il en va de même, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune de Jarrie et par M. et Mme D sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. H et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Jarrie et M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A H au titre des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Jarrie et à M. et Mme D.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller ;
M. I L.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203068