Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203238

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203238
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDBKM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme C contestant un indu d'allocation de logement familiale de 4 068 euros pour la période de mars 2020 à août 2021, réclamé par la caisse d'allocations familiales de la Savoie. La décision implicite de rejet de son recours préalable a été confirmée. Le tribunal a jugé que les conclusions visant à rétablir ses droits à l'allocation étaient irrecevables, faute d'avoir été soumises au préalable à la caisse. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de la construction et de l'habitation et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2022 sous le n°2203238, Mme A C, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 25 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable et a confirmé un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 4 068 euros pour la période de mars 2020 à août 2021 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette dette ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Savoie de lui restituer indument perçues en remboursement de cette dette ;

4°) de rétablir ses droits à l'allocation de logement familiale ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Savoie la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratif et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne précise pas les modalités de liquidation de l'indu ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la caisse ne justifie pas de la composition régulière de la commission de médiation ;

- elle méconnait l'article 1302 du code civil dès lors que la caisse d'allocations familiales ne prouve pas le versement de la somme réclamée ;

- l'indu n'est pas fondé dès lors qu'elle remplit les conditions aux droits de l'allocation de logement familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. B a présenté son rapport au cours de l'audience tenue le 26 juin 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié de l'allocation de logement familiale. A la suite d'un contrôle réalisé sur sa situation le 11 août 2020, la caisse d'allocations familiales de la Savoie a retenu que Mme C n'a pas régulièrement déclaré sa vie maritale dès lors qu'elle était connue comme parent isolé avec un enfant à charge ainsi que l'ensemble des ressources qu'elle a perçu. La caisse a alors adressé à la requérante plusieurs notifications d'indus datées du 23 septembre 2021, du 18 novembre 2021 et du 14 octobre 2022 l'informant qu'elle est débitrice d'un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 4 068 euros pour la période de mars 2020 à août 2021. Mme C a contesté le bien-fondé de cette dette par un recours préalable daté du 18 novembre 2021 dont la caisse d'allocations familiales de la Savoie a accusé réception le 25 novembre 2021. Ces recours a été implicitement rejeté le 25 janvier 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

3. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que le législateur a entendu subordonner la recevabilité des recours contentieux dirigés contre les décisions prises par les autorités administratives compétentes en matière d'allocation de logement familiale et de revenu de de solidarité active à l'exercice d'un recours administratif préalable. Par conséquent, la décision prise sur la base de ce recours se substitue nécessairement à la décision initiale de notification. Ainsi, Mme C n'est recevable à contester que la décision implicite de rejet nées le 25 janvier 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours contre l'indu d'allocation de logement familiales. En revanche, Mme C ne justifie pas avoir sollicité, dans son recours préalable, le rétablissement de ses droits à l'allocation de logement familiale par conséquent, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Savoie de la rétablir dans ses droits à cette aide sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement familiale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite de rejet intervenue dans un domaine qui, en cas de décision explicite, aurait dû faire l'objet d'une motivation, n'est pas illégale du seul fait de son absence de motivation. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C ait demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Savoie a rejeté son recours préalable et confirmé l'indu litigieux d'allocation de logement familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision est inopérant et doit être écarté.

6. En l'espèce, Mme C conteste la décision implicite née le 25 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocation familiales de la Savoie a implicitement rejeté son recours préalable. Elle ne peut ainsi utilement faire valoir que la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière tirée du défaut de saisine de la commission de recours amiable ou de la composition irrégulière de celle-ci. Le moyen doit donc être écarté dans toutes ses branches.

7. Si la requérante soutient que l'indu n'est pas justifié dans son quantum, il résulte de la décision du 18 novembre 2021 dont l'intéressée a accusé réception par l'intermédiaire du téléservice, qu'elle a été informée que l'indu d'allocation de logement familiale s'élève à 4 068 euros pour les périodes du 1er mars au 30 septembre 2020 et du 1er janvier au 31 août 2021. Aucune disposition n'impose à l'administration de faire figurer les détails du calcul du montant de cette dette.

8. Si la requérante fait valoir que l'administration ne démontre pas le paiement des sommes qu'elle réclame au titre l'indu litigieux d'allocation de logement familiale, Mme C n'a jamais contesté lors du contrôle réalisé par la caisse avoir perçu les sommes réclamées. En outre, l'intéressée ne verse au dossier aucun élément permettant d'établir qu'elle n'a pas perçu les sommes réclamées. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale () ". Aux termes de l'article L. 822-5 du même code : "

Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire ". Enfin, aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer. Pour l'application du 1°, les enfants à charge doivent respecter les conditions prévues à l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale ".

10. Mme C ne conteste pas sérieusement que, comme l'a d'ailleurs reconnu le tribunal judiciaire de Chambéry, elle vivait en couple avec M. D depuis novembre 2019 et qu'elle n'avait, après rectification des ressources du foyer, pas droit au revenu de solidarité active en septembre, octobre, novembre ou décembre 2020. Par conséquent, et dès que Mme C se limite à soutenir que l'indu repose sur de simples allégations alors qu'une enquête réalisée par un agent assermenté de la caisse a été réalisée sans être contestée, l'intéressée n'est pas fondée à contester l'indu litigieux d'allocation de logement familiale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Bapceres et à la caisse d'allocations familiales de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le président,

J-P. BLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203238