mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2203447 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LE GULLUDEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2022, Mme B C et la société civile immobilière (SCI) des Trois Gau, représentées par Me Posak, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir le permis de construire que le maire de Pressins a délivré le 31 mars 2022 à la société par actions simplifiée (SAS) La Cascade pour la construction d'un immeuble de 20 logements et stationnements au lieudit " Le Village " ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Pressins la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ou comporte des contradictions de nature à induire le service instructeur de la commune en erreur ;
- l'illégalité du permis d'aménager délivré à la société La Cascade entache d'illégalité le permis en litige ;
- le projet en litige empiète en partie sur une zone non constructible classée N1 ;
- ce projet est incompatible avec les objectifs de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°3 du plan local d'urbanisme (PLU).
La société La Cascade, représentée par la SALAS CCMC Avocats, a présenté un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, par lequel elle conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, demande au tribunal de faire application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérantes ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- subsidiairement, les moyens qu'elles invoquent ne sont pas fondés.
La commune de Pressins, représentée par Me Le Gulludec, a présenté deux mémoires enregistrés le 7 mars 2023 et le 28 mars 2023 par lesquels elle conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, demande au tribunal de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérantes ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens qu'elles invoquent ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Coutarel, rapporteur public désigné en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative ;
- les observations de Me Posak pour les requérantes, de Me Le Gulludec pour la commune de Pressins et de Me Chopineaux pour la société La Cascade.
Considérant ce qui suit :
1. La société La Cascade a obtenu, le 31 mars 2022, un permis de construire, complété, le 12 janvier 2023 par un permis modificatif, en vue de la création d'un immeuble de 20 logements et stationnements sur une partie d'une parcelle cadastré n°C560 située sur le territoire de la commune de Pressins (Isère). Dans la présente instance, Mme C et la SCI des Trois Gau, voisines immédiates du projet, en demandent l'annulation pour excès de pouvoir.
2. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
3. La circonstance que les documents produits à l'appui d'un dossier de demande de permis de construire seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. En premier lieu, s'agissant de la superficie du terrain d'assiette du projet, l'imprimé cerfa rempli par la société pétitionnaire précise que la surface du terrain est de 2 475 m2, superficie qui correspond à celle figurant dans le plan de composition produit dans le cadre de la demande de permis d'aménager. En l'absence d'éléments permettant de douter de la véracité de cette indication, elle doit être tenue pour exacte. En deuxième lieu, la mention selon laquelle la surface avant travaux est de 1305 m2 constitue une simple erreur compensée par le fait qu'il résulte clairement des indications figurant aux rubriques 5.2, 5.3 et 5.5 de l'imprimé cerfa que le projet consiste en l'édification d'une construction neuve de cette superficie. En troisième lieu, la superficie de 1478 m² renseignée en p. 16 de ce formulaire ne correspond pas à la surface créée mais à la surface du projet qui est taxable. Cette indication n'est donc pas contradictoire avec celle figurant à la rubrique 5.5. Pour le même motif, il en va de même, en quatrième lieu, de la prétendue discordance entre les indications figurant dans la rubrique 5.7 et en p. 16 du formulaire concernant les surfaces créées en stationnement. En cinquième lieu, la largeur et la longueur du bâtiment sont aisément mesurables à partir de l'échelle figurant sur le plan de masse. En sixième lieu, les plans de l'intérieur des constructions projetées ne figurent pas au nombre des pièces devant être produites pour l'obtention d'un permis de construire. En septième lieu, le plan initial du sous-sol de la construction a été modifié, en janvier 2023, à l'occasion de l'obtention, par la société La Cascade, d'un permis modificatif. Les requérantes ne peuvent donc utilement critiquer l'imprécision de la première version de ce document. En dernier lieu, l'illustration figurant dans le dossier de demande est suffisante pour permettre d'apprécier l'insertion paysagère du projet dans son environnement, le c de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme n'imposant la production que d'un seul document. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par le permis en litige, des dispositions citées au point 2 doit être écarté dans ses différentes branches.
5. Le permis en litige n'a pas été pris pour l'application du permis d'aménager délivré à la société La Cascade et ce dernier ne constitue pas la base légale du permis contesté. Par suite, l'exception d'illégalité, excipée par les requérantes doit être écartée comme irrecevable.
6. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme est entachée d'incompétence, qu'elle a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci est compétemment accordée pour le projet en cause, qu'elle assure le respect des règles de fond applicables à ce projet, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Elle peut, de même, être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par l'autorisation initiale a été entretemps modifiée ou si cette règle ne peut plus être regardée comme méconnue par l'effet d'un changement dans les circonstances de fait de l'espèce.
7. Aux termes de l'article N1 du PLU de la commune de Pressins, " les constructions à destination d'habitation (sauf les extensions) " étaient interdites dans toutes les zones classées NI et la partie ouest de la parcelle cadastrale C560 était classées en zone NI. Or le lot n°8 qui a vocation à accueillir un immeuble collectif de type R+2 s'étend jusqu'à la limite ouest de cette parcelle, couvant ainsi en partie cette zone NI. Le projet en litige méconnaissait donc, dans cette mesure, l'article N1 du PLU. Toutefois, le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Les Vals en Dauphiné, adopté le 7 juillet 2022, est venu se substituer en cours d'instance au plan local d'urbanisme de la commune de Pressins et ce nouveau document classe la totalité du terrain d'emprise du projet contesté en zone 1AU. Par ailleurs, la société La Cascade a obtenu, le 12 janvier 2023, un permis de construire modificatif non contesté par les requérantes. Il s'ensuit que, par application des principes énoncés au point précédent et quel qu'ait été l'objet de ce permis modificatif, l'irrégularité affectant le permis en litige a été purgée. Il en résulte que le moyen invoqué par Mme C et la SCI des Trois Gau, tiré de la méconnaissance, par le permis initial, de l'article N1 du PLU de Pressins, doit être écarté comme inopérant.
8. Aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : () 3° Des orientations d'aménagement et de programmation () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis de construire () ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les OAP d'un PLU et, en particulier, en contrarient les objectifs.
9. Aux termes des objectifs de l'OAP n°3 du PLU de Pressins : " Le secteur Ouest (OAP 3) accueillera une dizaine de logements de type maisons de village accolées. () ".
10. En l'espèce, le projet en litige, implanté dans l'emprise de l'ancienne OAP n°3, prévoit la construction d'un immeuble de logements collectifs, type d'habitat incompatible avec les dispositions précitées. Toutefois, la nouvelle OAP " centre-village " du PLUi Les Vals en Dauphiné qui s'est substituée à cette OAP dispose désormais que " au Nord, le terrain en contact de l'école a vocation à accueillir environ une quinzaine de logements de type intermédiaires ou collectifs équivalent R+2, une forme densifiée qui contribuera à marquer davantage la centralité du bourg ". Par application des principes énoncés au point 6, le projet contesté s'en trouve régularisé.
11. Le schéma qui accompagnait la description littérale des objectifs de la commune dans la zone couverte par l'OAP n°3 prévoyait l'implantation d'espaces publics ou collectifs de jardins dans la partie ouest de la parcelle n°C560. Sur ce point, le projet en litige qui consiste en la construction d'un immeuble d'habitat collectif n'obère pas la possibilité de réaliser des jardins collectifs. Il n'est donc pas incompatible avec ces dispositions de l'OAP n°3.
12. Il résulte des points 8 à 11 que le moyen invoqué par les requérantes, tiré de l'incompatibilité du projet en litige avec l'OAP n°3 du PLU de Pressins, doit être écarté dans ses différentes branches.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par Mme C et la SCI des Trois Gau doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
14. Eu égard à leur qualité de parties perdantes dans l'instance, les conclusions présentées par Mme C et la SCI des Trois Gau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il en va de même, dans les circonstances de l'espèce, des conclusions présentées par la commune de Pressins et la SAS La Cascade sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C et la SCI des Trois Gau est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pressins et la SAS La Cascade au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C au titre des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la société par action simplifiée La Cascade et à la commune de Pressins.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203447
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026