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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204087

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204087

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème Chambre
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de l'Union syndicale professionnelle des policiers municipaux (USPPM) contestant la note de service du 1er juillet 2022 par laquelle le maire de Bourg-Saint-Maurice avait désarmé temporairement les agents de la police municipale. Le tribunal a rejeté l'exception de non-lieu à statuer soulevée par la commune, car la note de service n'avait pas été retirée et avait produit ses effets. Il a également écarté la fin de non-recevoir fondée sur la nature de mesure d'ordre intérieur, jugeant que la décision affectait les conditions d'emploi et de travail des agents. Sur le fond, le tribunal a annulé la note de service, estimant que la commune n'avait pas établi l'existence d'une ambiance conflictuelle ou d'une mise en danger justifiant le désarmement, en application des principes généraux régissant l'organisation du service et les droits des agents publics.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 juillet 2022, 4 novembre 2022 et 26 septembre 2024, l’Union syndicale professionnelle des policiers municipaux (USPPM), représentée par son directeur du contentieux, demande au tribunal d’annuler pour excès de pouvoir la note de service du 1er juillet 2022 par laquelle le maire de la commune de Bourg-Saint-Maurice a désarmé temporairement les agents du service de la police municipale.

Elle soutient que :
la note de service a été prise par une autorité incompétente ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut de saisine préalable du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en l’absence de conflit « interpersonnel » justifiant la décision de désarmement ;
le désarmement devait être accompagné de mesures modifiant la nature des missions confiées aux policiers municipaux ;
la note de service est une mesure prise en considération de la personne et les agents n’ont pas été mis à même de présenter leurs observations ;
elle est entachée d’un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre 2022 et 2 septembre 2024, la commune de Bourg-Saint-Maurice, représentée par la Selarl Asterio (Me Bracq), conclut, à titre principal, à ce qu’il soit constaté qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- elle a décidé de réarmer le service de police municipale par une note de service du 17 octobre 2023 ;
- la requête est irrecevable en ce qu’elle dirigée contre une mesure d’ordre intérieur insusceptible de faire l’objet d’un recours contentieux ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Argentin, premier conseiller
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique,
- et les observations de Me Teston, représentant la commune de Bourg-Saint-Maurice.


Considérant ce qui suit :

Par une note de service du 1er juillet 2022, le maire de Bourg-Saint-Maurice a provisoirement retiré aux policiers municipaux de la commune l’accès aux armes de catégorie B1 à compter du 4 juillet 2022. Par la présente requête, l’Union syndicale professionnelle des policiers municipaux demande au tribunal d’annuler cette décision.

Le maire de la commune de Bourg-Saint-Maurice a édicté, le 17 octobre 2023, une nouvelle note de service relative au réarmement du service de la police municipale. Toutefois, cette circonstance ne prive pas d’objet la requête, dès lors que la note de service du 1er juillet 2022 en litige n’a pas été retirée et a reçu exécution pendant la période où elle était en vigueur. Dans ces circonstances, l’exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Les fonctionnaires et les associations ou syndicats qui défendent leurs intérêts collectifs n’ont pas qualité pour attaquer les dispositions des circulaires ou instructions de leurs supérieurs hiérarchiques se rapportant à l’organisation ou à l’exécution du service, notamment celles qui leur prescrivent de retenir une interprétation des textes qu’ils sont chargés d’appliquer, sauf dans la mesure où ces dispositions porteraient atteinte à leurs droits et prérogatives ou affecteraient leurs conditions d’emploi et de travail. La note de service attaquée, qui prévoit le « désarmement » du service de la police municipale s’agissant des armes de catégorie B1, constitue une mesure d’organisation du service qui affecte les conditions d’emploi et de travail des policiers municipaux dont le syndicat requérant assure, en vertu de son objet statutaire, la défense des intérêts matériels et moraux. Par suite, la commune n’est pas fondée à soutenir que la décision contestée est une mesure d’ordre intérieur insusceptible de faire l’objet d’un recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Il ressort des termes de la note de service que la mesure contestée est justifiée par des « dysfonctionnements » et une « ambiance délétère » au sein du service de la police municipale de Bourg-Saint-Maurice. Il ressort des pièces du dossier, qu’avant l’édiction de l’acte en litige, le préfet de la Savoie a, par un courrier du 11 avril 2022, alerté le maire de la commune sur des faits, rapportés par l’USPPM, relatifs au port d’armes en dehors des heures de service ainsi qu’à la consommation d’alcool. Ce courrier a donné lieu à une réponse écrite du maire du 23 mai 2022 dans laquelle ce dernier a précisé que les comportements signalés concernant le port des armes n’ont pas été constatés ou bien ont été corrigés. Par ailleurs, si le médecin de prévention a fait état, dans un courrier du 23 juin 2022, de son inquiétude concernant l’armement de la police municipale, compte tenu de l’ambiance au sein de ce service, la commune n’établit pas, par les pièces produites, l’existence d’une ambiance conflictuelle de nature à caractériser une mise en danger des agents au regard du port des armes de catégorie B1. En outre, si la commune fait valoir qu’elle a engagé des procédures disciplinaires à l’encontre de trois agents de la police municipale, les faits ponctuels, décrits et datés des 31 décembre 2021, 1er janvier 2022 et 24 janvier 2022, lesquels ont trait à des refus d’obéissance hiérarchique ou à des propos insultants, sont sans lien avec l’usage des armes. Ainsi, à la date de la décision contestée, si les motifs fondés sur un « dysfonctionnement » et une « ambiance délétère » étaient de nature à justifier une réorganisation du service, laquelle sera au demeurant engagée par la commune, ils ne pouvaient fonder à eux seuls la mesure contestée de « désarmement ». Par conséquent, l’Union syndicale professionnelle des policiers municipaux est fondée à soutenir que la note de service attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par suite, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la note de service du 1er juillet 2022 du maire de la commune de Bourg-Saint-Maurice doit être annulée.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Union syndicale professionnelle des policiers municipaux, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à la commune de Bourg-Saint-Maurice la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La note de service du 1er juillet 2022 du maire de Bourg-Saint-Maurice est annulée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bourg-Saint-Maurice tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Union syndicale professionnelle des policiers municipaux et à la commune de Bourg-Saint-Maurice.




Délibéré après l'audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Frapper, présidente,
M. Villard, premier conseiller,
M. Argentin, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.



Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

M. Le Frapper

Le greffier,




M. A...





La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.




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