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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204121

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204121

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 juillet 2022 et le 22 août 2024, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite du 14 décembre 2021 rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui indiquer un lieu d'hébergement, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui verser l'allocation due aux demandeurs d'asile avec effet rétroactif au 21 septembre 2021, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivée ;

- l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- les décisions attaquées ont été prises en l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien personnel et d'une évaluation de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte et en ce qu'il disposait d'un motif légitime pour déposer sa demande d'asile en dehors du délai prévu par le 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il se retrouve sans ressource et sans hébergement.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 10 juin 1998, est entré en France le 9 juin 2015 en tant que mineur isolé. Il a sollicité, à plusieurs reprises, la délivrance de titres de séjour, lesquels lui ont été refusés par l'administration. Le 21 septembre 2021, il a déposé une demande d'asile. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur le cadre juridique du litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration.

3. En second lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

4. Il s'ensuit que la décision explicite du 10 février 2022 prise à la suite du recours administratif formé par le requérant le 14 octobre 2021 se substitue nécessairement à la décision implicite de rejet née 14 décembre 2021. En outre, cette décision du 10 février 2022 prise à la suite recours administratif préalable se substitue également à la décision initiale de rejet du 21 septembre 2021. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation soulevées par le requérant doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision explicite du 10 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, la décision attaquée du 10 février 2022, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment le fait que l'intéressé ait été confié à l'aide sociale à l'enfance, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation de M. B et notamment le fait qu'il ait été confié à l'aide sociale à l'enfance.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien personnel réalisé par le guichet unique des demandeurs d'asile le 21 septembre 2021 et d'une évaluation de vulnérabilité réalisée le même jour conformément aux dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure, soulevé à ce titre, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que l'OFII se soit cru en situation de compétence liée en prenant la décision attaquée.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ".

10. D'une part, pour contester la décision en litige, le requérant soutient que l'administration n'a pas tenu compte de son état de vulnérabilité alors qu'il se trouve en situation de précarité malgré son jeune âge. Néanmoins, la circonstance tirée de ce qu'il serait dépourvu d'hébergement et qu'il serait sans ressource ne suffit pas à établir l'existence d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, ainsi qu'il est relevé au point 7, l'administration a procédé à une évaluation de vulnérabilité de sa situation avant de prendre la décision attaquée.

11. D'autre part, le requérant soutient qu'il dispose d'un motif légitime justifiant qu'il n'ait pas déposé sa demande dans les délais dès lors qu'il était en situation régulière lors de son arrivée en France et qu'il n'a pas été informé de la possibilité de déposer une demande d'asile par les services de l'aide sociale à l'enfance. Toutefois, cette allégation n'est pas attestée par les pièces du dossier. En tout état de cause, elle ne saurait justifier que sa demande d'asile ait été enregistrée au guichet unique le 21 septembre 2021, soit plus de six ans après son arrivée sur le territoire français et plus de trois ans après sa majorité. Ainsi, l'OFII a pu, à bon droit, se fonder sur les dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux deux points précédents, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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