vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, M. C B A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du mois de février 2022, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil.
M. B A soutient que :
- La décision du 18 février 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article D. 551-18 dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter, préalablement à son intervention, ses observations écrites dans un délai de quinze jours ;
- elle est entachée de vices de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'office français de l'insertion et de l'immigration n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 202Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bourion, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité érythréenne, est entré en France selon ses déclarations en octobre 2021. Il a déposé, le 15 octobre 2021, une demande d'asile enregistrée en procédure dite " Dublin " et a accepté le même jour l'offre de prise en charge des conditions matérielles d'accueil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 18 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. La requête de M. B A tend à l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 18 février 2024 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée ".
3. La décision contestée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 551-16 et D. 551-18, et mentionne, d'une part, les motifs qui ont conduit la directrice générale de l'office français de l'immigration et de l'intégration à prononcer la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordé à M. B A et, d'autre part, la procédure qu'elle a suivie. En outre, les circonstances que le requérant aurait respecté chaque rendez-vous en préfecture, qu'il aurait donné les informations nécessaires à l'instruction de sa demande et qu'il n'aurait dissimulé aucune information sont en tout état de cause sans incidence sur le caractère suffisant ou non de la motivation de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'une lettre recommandée avec accusé de réception du 28 janvier 2021 par laquelle la directrice générale de l'OFII l'informait de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et l'invitait à présenter ses observations dans un délai de 15 jours, a été adressée à M. B A et que le pli a ensuite été retourné à l'office français de l'insertion et de l'immigration avec la mention " avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a méconnu les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
7. Si aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII est tenu de réaliser un entretien tendant à évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile lors de la présentation de leur première demande, aucune disposition ni aucun principe n'impose qu'un nouvel entretien soit réalisé avant l'édiction d'une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles. Or il ressort des pièces du dossier que M. B A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 15 octobre 2021. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien à l'encontre de la décision litigieuse.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :[] 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. [] 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes ".
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice d'information signée par M. B A le 6 décembre 2021, que le préfet de l'Isère a placé sa demande d'asile en procédure accélérée après avoir constaté que l'intéressé avait d'une part, " présenté de faux documents d'identité () afin d'induire en erreur l'administration " et d'autre part, avait " présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes ". Ainsi, si M. B A soutient qu'il a quitté l'Italie parce qu'il n'a pas bénéficié d'une protection effective dans ce pays et que d'ailleurs des rapports établis par des organismes indépendants établissent que le système italien d'accueil des requérants et des bénéficiaires d'une protection présente des défaillances systémiques, il n'en demeure pas moins, en tout état de cause que M. B A s'est déclaré en Italie sous l'identité Mahamed Sied B Siraj et a obtenu un permis de séjour valable jusqu'au 17 septembre 2023. En conséquence, il résulte de ces éléments que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'Isère était fondée, en application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil.
10. En cinquième lieu, si M. B A fait état de sa situation de précarité au regard de son isolement en France et de son absence d'hébergement, ces seules allégations ne suffisent pas à justifier d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. En outre, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile comme étant irrecevable en raison de l'accueil dont il bénéficie de l'Italie et la Cour nationale du droit d'asile a confirmé par une décision du 14 décembre 2022 le rejet de la demande du requérant. Dès lors, le directeur général de l'OFII a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider de cesser de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. B A demande le versement au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Bourion, première conseillère,
M. Ruocco-Nardo, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
I. BOURION
Le président,
J-P. WYSSLa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026