Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204787
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2204787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | LEXSPECIALITIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 21 juillet 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête par laquelle M. C E, représenté par Me Michalon, demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 mai 2022 par laquelle la sous-préfète de Vendôme a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et comporte une erreur de date ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors que la procédure pénale est nulle et a été contestée ;
- la suspension de son permis de conduire lui cause un préjudice professionnel et un préjudice personnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le préfet du Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route,
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E a été contrôlé le 26 mai 2022 à 18 h 30 sur le territoire de la commune de Gy en Sologne à une vitesse retenue à 181 km/h, sur un axe routier où la vitesse de circulation est limitée à 130 km/h. Par un arrêté du 27 mai 2022, dont M. E demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué () / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. () ".
3. La décision attaquée a été signée par Mme D B, sous-préfète de Vendôme, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet en vertu d'un arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 31 janvier 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 4 avril suivant qui lui donnait compétence pour signer la décision litigieuse pendant les périodes de permanences et d'astreintes, ce qui était le cas le 27 mai 2022, lendemain de l'Ascension. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration précité.
5. La décision attaquée vise les dispositions applicables du code de la route et notamment les articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9 et R. 224-4 de ce code. Elle précise l'identité et l'adresse de l'intéressé, relève que M. E a fait l'objet, le 26 mai 2022 à 18 h 30 sur le territoire de la commune de Gy en Sologne, d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour dépassement de la vitesse maximale autorisée de 40 km/h ou plus, soit en l'espèce une vitesse retenue de 181 km/h pour une vitesse maximale autorisée de 130 km/h. Elle précise également que cette infraction justifie, en raison du danger grave et immédiat que représente le conducteur en infraction pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et d'elle-même, une suspension provisoire pour une durée de six mois du permis de conduire de M. E. Ainsi, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement, alors même qu'il ne précise pas le type de véhicule conduit par le requérant. Il est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. La circonstance que l'arrêté soit daté du 27 mai 2020 relève d'une erreur purement matérielle et est sans incidence sur sa légalité.
7. En cinquième lieu, la circonstance, à la supposée établie, que la procédure pénale soit irrégulière est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, M. E ne produit aucune décision du juge judiciaire prononçant sa relaxe ou un non-lieu.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a été contrôlé à une vitesse retenue de 181 km/h sur une portion de voie où la vitesse maximale autorisée était de 130 km/h, dépassant ainsi de 40 km/h ou plus la vitesse autorisée comme l'expose la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de l'infraction commise et au danger que ce comportement de conduite créé pour tous les usagers de la route, et alors que son permis avait déjà été suspendu pour cinq mois par le sous-préfet de la Tour du Pin le 28 octobre 2019, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de Loir-et-Cher, a, par l'arrêté contesté, prononcé pour une durée de six mois la suspension de la validité de son permis de conduire sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, sans que le requérant ne puisse se prévaloir des conséquences de cette mesure sur son activité professionnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le président,
J-P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204787