Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204868

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204868
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique 8

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en juge unique, a rejeté la requête de M. B C contestant un indu de prime d'activité de 3 595,68 euros pour la période de novembre 2019 à juillet 2021. Le tribunal a considéré que M. C, ayant lui-même déclaré être en couple depuis décembre 2017, ne démontrait pas avoir commis une erreur dans cette déclaration, établissant ainsi l'existence d'une vie de couple stable et continue au sens des articles L. 842-3 et R. 842-3 du code de la sécurité sociale. La solution retenue confirme la décision de la commission de recours amiable de la CAF de la Haute-Savoie, fondée sur l'obligation de déclaration des changements de situation familiale prévue à l'article R. 846-5 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie a rejeté son recours préalable et a confirmé un indu de prime d'activité d'un montant de 3 595,68 euros pour la période de novembre 2019 à juillet 2021.

Il soutient que :

- il vivait uniquement en colocation et n'était pas solidaire financièrement avec sa colocataire jusqu'à leur mise en couple en juillet 2021, il assumait seul pendant cette période les dettes ;

- sa situation financière ne lui permet pas de payer sa dette ;

- il a commis une simple erreur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est allocataire de la prime d'activité depuis mai 2017. A la suite d'un changement de situation personnelle, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie lui a notifié un indu de prime d'activité de novembre 2019 à juillet 2021 d'un montant initial de 3 595,68 euros. Un rappel de droit à la prime d'activité a été effectué ramenant l'indu à un montant de 3 344,16 euros. Par une décision de la commission de recours amiable du 22 juin 2022, notifiée le 29 juin 2022, l'indu de prime d'activité a été confirmé.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () "

4. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ". Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

5. Aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale que le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu d'informer son organisme des informations relatives à sa situation familiale. En l'espèce, M. C était connu des services de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie comme célibataire. En septembre 2021, le requérant a informé la caisse d'allocations familiales qu'il entretenait une vie maritale depuis décembre 2017 et qu'il est pacsé depuis juillet 2021. La caisse a alors mis à jour sa situation et lui a notifié l'indu litigieux de prime d'activité.

7. Comme il a été dit, M. C a lui-même déclaré être en couple depuis décembre 2017. S'il soutient maintenant qu'avant le 21 juillet 2021, il n'était qu'en colocation avec sa partenaire actuelle, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il aurait commis une erreur dans son changement de situation du 11 septembre 2021.

8. Si M. C fait valoir que sa situation financière ne lui permet pas de régler cet indu, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de celui-ci. Il lui appartient, s'il s'y croit recevable et fondé, de déposer une demande de remise gracieuse auprès de l'administration.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Savoie

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204868