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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205620

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205620

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 septembre 2022 et le 14 février 2023, la SARL le Clos de Faucigny, représentée par Me Clerc, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Cluses a refusé de lui délivrer un permis de construire valant permis de démolir pour la démolition d'une maison d'habitation et la construction d'un immeuble d'habitation de vingt-quatre logements, ensemble la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Cluses a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cluses de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cluses la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire de l'arrêté était incompétent ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation car le projet respecte les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car la commune ne pouvait rejeter la demande de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car elle méconnait les dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du motif tiré de la méconnaissance de l'article Ub 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses concernant la surface d'espaces verts et du traitement paysager des espaces non-bâtis ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant du respect du plan de prévention des risques naturels dès lors que le projet prévoit la réalisation d'un cuvelage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, la commune de Cluses, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés par la SARL le Clos de Faucigny ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, elle sollicite une substitution de motifs ; il convient de substituer au motif opposé le motif tiré de ce que le projet litigieux méconnait les dispositions de l'article Ue 7 du règlement du plan local d'urbanisme et les dispositions des articles Ub 2.1.3, Ub 2.3, Ub 2.4 et Ub 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme du code de l'urbanisme et les articles 1.2 et 2.2 du chapitre 9 du règlement du plan local d'urbanisme.

La clôture d'instruction a été fixée le 2 mars 2023 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Cluses ;

- le plan de prévention des risques naturels de la commune de Cluses ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est initialement tenue le 22 mai 2023 puis reportée au 30 juin 2023 :

- le rapport de Mme Jourdan,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Marque, représentant la SARL le Clos de Faucigny,

- et les observations de Me Amet, représentant la commune de Cluses.

Considérant ce qui suit :

1. Par un dossier déposé auprès des services de la commune de Cluses, la SARL le Clos de Faucigny a sollicité la délivrance d'un permis de construire valant permis de démolir pour la démolition d'une maison et la construction d'un immeuble d'habitation de 24 logements, d'une surface de plancher totale de 1 382 mètres carrés sur les parcelles cadastrées section A 1170 et 1171. Par arrêté du 21 mars 2022, le maire de la commune de Cluses a opposé un refus à cette demande de permis de construire. La société requérante a demandé le retrait de cette décision par un recours gracieux du 27 avril 2022, implicitement rejeté par le maire de la commune de Cluses. Par la présente requête, la SARL le Clos de Faucigny demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la décision :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A B, maire adjoint chargé de l'urbanisme, des travaux et de l'environnement, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 25 mai 2020, régulièrement publiée le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

En ce qui concerne les motifs de la décision de refus :

3. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

4. Pour soutenir que la construction projetée est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, la commune de Cluses expose qu'il n'existe aucune construction présentant un gabarit similaire à proximité immédiate du projet litigieux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe dans un espace densément urbanisé de la commune de Cluses à proximité duquel se trouve un immeuble résidentiel présentant les mêmes caractéristiques ainsi qu'un quartier composé d'immeubles résidentiels collectifs disposé en R+3 et R+4. Par conséquent, la société requérante est fondée à soutenir que la décision est fondée sur un motif erroné.

5. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Aux termes de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ".

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis de la société ENEDIS que le projet nécessite un raccordement au réseau de distribution d'électricité par deux raccords de dix mètres chacun. ENEDIS évalue le coût des travaux à 22 749,57 euros. Si la commune a opposé le motif selon lequel elle n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai la desserte sera réalisée, d'une part, la société ENEDIS précise qu'elle prendra en charge 40% des travaux conformément aux dispositions du code de l'énergie et d'autre part, par un courrier 19 avril 2022, la société pétitionnaire s'est engagée à prendre en charge et à réaliser les travaux de raccordement. Par conséquent, la SARL le Clos de Faucigny est fondée à soutenir que ce motif est erroné.

7. Aux termes de l'article Ub 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses dans sa version applicable au projet : " () Le tènement de l'opération devra réserver des espaces de pleine terre plantés. Ces espaces sont exigés à hauteur d'au moins 20% de la superficie du tènement de l'opération dont la moitié au moins d'un seul tenant () ".

8. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique () ".

9. En l'espèce, le plan local d'urbanisme de Cluses a fait l'objet d'une modification approuvée le 30 janvier 2022. Cette révision a entrainé la modification de l'article 2.3 Ub du règlement précité, lequel exige désormais un minimum de 30% d'espaces de pleine terre plantés. Toutefois, la société pétitionnaire a obtenu le bénéfice d'un certificat d'urbanisme d'information le 30 juillet 2021 soit avant la révision précitée. Par conséquent, ce certificat a cristallisé les règles applicables au 30 juillet 2021, c'est-à-dire celle antérieure à la révision du 30 janvier 2022. Par conséquent, le permis litigieux doit prévoir une surface de pleine plantée correspondant à 20% du total du tènement foncier.

10. En l'espèce, la parcelle du terrain d'assiette du projet présente une superficie totale de 1 734 mètres carrés, le projet doit ainsi prévoir un minimum de 346,8 mètres carrés d'espaces de pleine terre plantés. La société pétitionnaire soutient, sans être contestée que l'espace de pleine terre planté prévu sera de 398 mètres carrés. Ainsi, ce motif de refus de permis de construire est entaché d'erreur de droit.

11. Aux termes de l'article Ub 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " Traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions : () Pour les opérations d'aménagement au-delà de 5 logements ou de 5 lots, des espaces collectifs devront être aménagés de la façon suivante : - aménagement d'allées plantées intégrant des parcours en mode doux - Et/ou aires de jeux, aires récréatives aménagées - En complément des espaces libres plantés sont possibles () ".

12. En l'espèce, si le chemin destiné à relier l'accès au local à deux roues ne peut être qualifié de cheminement doux dès lors qu'il constitue le seul accès pour les deux-roues motorisés au local qui leur est destiné, il ressort toutefois des pièces du dossier que contrairement à ce qu'avance la commune, le projet prévoit la création d'un espace planté et arboré sur l'ensemble des bordures de la parcelle. Ces espaces, qui sont librement accessibles et permettent le déplacement libre des piétons, présentent les caractéristiques d'un " cheminement doux ". Par ailleurs, eu égard à la circonstance qu'ils bordent l'ensemble du terrain d'assiette du projet, ces espaces collectifs sont suffisants par rapport à l'importance du projet. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que ce motif est erroné.

13. Aux termes du plan de présentation du plan de prévention des risques naturels applicable à la commune de Cluses : " 1.3.- L'aléa tassement, terrain compressible et/ou remontée de nappe / Cet aléa couvre les secteurs caractérisés par des zones humides, où les sols sont compressibles et inondables, où ont été recensées des sources artésiennes et des remontées de nappes () Un aléa moyen s'applique à des zones qui prennent un aspect marécageux uniquement de façon sporadique ou qui ne sont pas assez humides pour créer véritablement un marécage () ". Aux termes de l'article 1.2.2 du règlement du même plan : " Les zones bleues, en l'état des moyens d'appréciation mis en œuvre, sont réputées à risques moyens et admissibles, moyennant l'application de mesures de prévention économiquement acceptables eu égard aux intérêts à protéger. Ces mesures sont inscrites dans le corps des autorisations administratives en tant que prescriptions opposables ". Enfin, aux termes du règlement F du même plan : " Type de zone : Tassement - Terrain compressible et/ou remontée de nappe - risque moyen () règles d'urbanisation : On n'aménagera aucune pièce d'habitation ou infrastructure essentielle au fonctionnement normal du bâtiment (chaudières, ascenseurs, etc. ) à moins de 0,50 m au-dessus du terrain naturel, sauf réalisation d'un cuvelage étanche, ou toute autre technique de mise hors d'eau validée par une étude hydrogéologique () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est compris dans le périmètre du plan de prévention des risques naturels et est concerné par un aléa moyen " tassement, terrain compressible et/ou remontée de nappe ". Pour rejeter la demande de permis de construire sur ce motif, la commune s'est fondée sur la circonstance que le projet prévoit la création d'équipements collectifs en rez-de-chaussée sans apporter de précisions quant aux techniques mises en œuvre pour respecter le plan de prévention des risques. Toutefois, la notice description du projet mentionne expressément que les installations collectives visées disposeront d'un cuvelage. Ainsi, cette seule mention suffit à considérer que le projet respecte les dispositions précitées du plan de prévention des risques naturels. Par conséquent, la société requérante est fondée à soutenir que ce motif de la décision est erroné.

Sur les demandes de substitution de motif :

15. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

16. Aux termes de l'article Ub 2.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " Dans la zone Ub (), les constructions devront s'implanter () - les annexes aux habitations s'implanteront soit sur limite séparative avec un linéaire maximal de 8 mètres sur la limite séparative, soit avec un retrait minimal de 3 mètres () ".

17. Aux termes du lexique national de l'urbanisme : " Une annexe est une construction secondaire, de dimensions réduites et inférieures à la construction principale, qui apporte un complément aux fonctionnalités de la construction principale. Elle doit être implantée selon un éloignement restreint entre les deux constructions afin de marquer un lien d'usage. Elle peut être accolée ou non à la construction principale avec qui elle entretient un lien fonctionnel, sans disposer d'accès direct depuis la construction principale () l'annexe est nécessairement située sur la même unité foncière que la construction principale à laquelle elle est liée fonctionnellement et peut être accolée ou non. "

18. En l'espèce, le local à vélo litigieux est accolé à l'immeuble principal et présente les caractéristiques d'une annexe dès lors que celui-ci dispose d'un accès distinct. Il ressort des pièces du dossier que ce local s'implante tant sur un linéaire de huit mètres qu'en retrait de trois mètres de la limite séparative. La circonstance que cette annexe respecte cumulativement et non alternativement les critères posés par l'article Ub 2.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses est sans incidence sur la régularité de la construction. Par conséquent, le motif doit être écarté.

19. Aux termes de l'article Ub 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " Traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions () Les aires de stationnement doivent comporter des plantations, à raison d'au moins un arbre pour 5 places, à l'emplacement des stationnements ".

20. Il résulte des dispositions précitées que le nombre d'arbre à planter doit être calculé en fonction du nombre de places extérieures. En l'espèce, le projet prévoit la création de 49 places de stationnement dont 25 sont situées en extérieur. Ainsi, le projet qui doit comporter au moins cinq arbres à proximité des places de stationnement, en prévoit la plantation de huit. Par conséquent le motif doit être écarté.

21. Aux termes de l'article Ub 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " () pour les opérations de construction neuve à partir de 500 m² de surface de plancher de logements créés, des stationnements sécurisés et abrités pour deux roues sont obligatoires, avec un minimum d'1 m² de stationnement deux roues par logement ".

22. Pour soutenir que le projet méconnait les dispositions précitées, la commune de Cluses soutient que le projet ne prévoit que la création d'un local à vélo. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions précitées que le plan local d'urbanisme imposerait la création d'un local destiné aux deux roues motorisées et non-motorisés. Par ailleurs, comme l'avance la société requérante et sans être sérieusement contredite en défense, le local litigieux sera également destiné à accueillir les deux-roues motorisés. Ainsi, la circonstance que ce local soit, sur les plans produits, seulement destiné aux vélos, n'est pas de nature à faire regarder le projet comme méconnaissant les dispositions précitées du plan local d'urbanisme de Cluses. Par conséquent, le motif doit être écarté.

23. Aux termes de l'article Ub 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " Desserte par les voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique : Les voies publiques ou privées destinées à accéder aux constructions doivent avoir des caractéristiques techniques adaptées aux usages qu'elles supportent () Pour les voies nouvelles il est exigé une emprise minimale de 7m dont au moins 1,50m dédié à l'aménagement d'un parcours matérialisé adapté aux modes doux de déplacement ". Le lexique du même plan dispose également que : " Voie et accès : La voie constitue la desserte du terrain sur lequel est projetée l'opération ; elle peut être de statut privé ou public. Elle doit présenter une largeur minimale qui correspond à la largeur minimale circulable. Une voie privée est une voie de circulation desservant, à partir d'une voie publique, une ou plusieurs propriétés, dont elle fait juridiquement partie. L'accès est la partie de terrain jouxtant la voie de desserte ouverte à la circulation, qu'elle soit publique ou privée, et permettant d'accéder au terrain de la construction ou de l'opération. En cas de servitude de passage, l'accès est constitué par le débouché de la servitude sur la voie ".

24. La commune de Cluses expose que la voie située à l'intérieur du projet permettant de desservir l'ensemble des places de stationnement présente une largeur inférieure à sept mètres. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que cette prescription ne vise que les voies de desserte du tènement et non les voies de circulation internes au projet. Par conséquent, le motif doit être écarté.

25. Aux termes de l'article 1.2 du chapitre 9 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " Chapitre 9 : Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère (article commun à toutes les zones). 1.2. Enduits et couleurs et des façades : Les enduits devront respecter par leur couleur les tons des enduits et badigeons traditionnels locaux. La couleur blanche et les couleurs primaires sont interdites en grande surface. On privilégiera les enduits à finition lisse. () La couleur blanche, les couleurs primaires et les couleurs vives sont interdites. ".

26. Il ressort des pièces du dossier que d'une part, le projet prévoit que les façades seront traitées de deux couleurs différentes en alternant le gris claire et le blanc cassé avec une prédominance de la couleur grise. D'autre part, les dispositions précitées du plan local d'urbanisme de Cluses doivent être regardées comme prohibant le blanc pur. Ainsi, en prévoyant que le projet sera réalisé en blanc cassé, celui-ci ne méconnait pas les dispositions précitées de l'article 1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses. Par conséquent, le motif doit être écarté.

27. Aux termes de l'article 2.1 du chapitre 9 du règlement du plan local d'urbanisme de Cluses : " Les toitures terrasses sont admises à condition que leur intégration dans le site soit établie. Elles sont de préférence végétalisées ".

28. En l'espèce, le projet se situe à proximité de grands commerces qui sont exclusivement recouverts de toitures terrasses. Ainsi, la commune n'est pas fondée à soutenir que l'immeuble projeté, qui prévoit une toiture terrasse, ne s'intègre par dans le site. Par conséquent, le motif doit être écarté.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les demandes de substitutions de motifs présentées par la commune de Cluses doivent toutes être rejetées et que l'arrêté du 22 mars 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

30. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Et aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".

31. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à déclaration de travaux après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

32. Le présent jugement qui annule l'arrêté du 21 mars 2022 en écartant les motifs retenus par la maire de la commune de Cluses et qui rejette ses demandes de substitutions de motifs, implique qu'il soit enjoint au maire de la commune de Cluses de délivrer un permis de construire à la requérante dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

33. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SARL le Clos de Faucigny présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cluses de délivré le permis de construire sollicité par la SARL le Clos de Faucigny dans un délai de 3 mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL le Clos de Faucigny et à la commune de Cluses.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023

La présidente,

D. Jourdan

L'assesseure,

E. BarriolLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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