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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205879

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205879

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 7 juin 2023, M. B C, représenté par Me Bescou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour du 18 février 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire ou, encore à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

Sur la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour :

- Cette décision n'est pas motivée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit ;

Sur l'arrêté du 14 novembre 2022 :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté du 14 novembre 2022 a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- le préfet de l'Isère n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son activité non salariée est économiquement viable ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- le préfet de l'Isère a commis une erreur de droit en édictant une mesure d'éloignement alors qu'il devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête de M. C a été transmise au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Argentin,

- les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité géorgienne, né en 1992, est entré en France le 14 février 2017 sous couvert d'un visa long séjour avant de bénéficier d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'une ressortissante française valable du 2 mars 2018 au 1er mars 2020. Il a sollicité, 27 janvier 2020, le renouvellement de sa carte de séjour puis le 19 mai 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 18 février 2022, Il a également sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étranger justifiant d'une résidence régulière ininterrompue en France " sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Isère a rejeté implicitement la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a rejeté, par arrêté du 14 novembre 2022 la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C et la demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour du 18 février 2022 introduite sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Le refus implicite qui a été opposé par le préfet de l'Isère à la demande de M. C constitue une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier recommandé du 18 juillet 2022 reçu en préfecture le 21 juillet 2022, M. C, par l'intermédiaire de son conseil, a présenté dans le délai de recours contentieux une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour présentée le 18 février 2022 et que l'administration n'a pas communiqué les motifs dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

4. Dès lors, le requérant est fondé à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de refus de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision implicite susvisée doit être annulée.

En ce qui concerne l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté les demandes de titre de séjour du 27 janvier 2020 en qualité de conjoint d'une ressortissante française et du 19 mai 2021 sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité d'étranger exerçant une activité non salariée :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

6. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, cheffe de bureau asile contentieux éloignement à la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation consentie par arrêté préfectoral du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire doit être écarté comme manquant en fait.

S'agissant du refus du titre de séjour :

7. L'arrêté du 14 novembre 2022 ne statue pas sur la demande de titre de séjour déposée par M. C au titre d'une résidence régulière ininterrompue en France d'au moins cinq ans, laquelle a fait l'objet, comme il a été dit au point 1 d'une décision implicite de rejet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. C et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants et doivent être écartés.

8. Aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies () ".

9. En se bornant seulement à produire les trois dernières déclarations trimestrielles de chiffre d'affaires de l'année 2021 de sa société, M. C ne justifie pas du caractère économiquement viable de son activité au sens de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Contrairement à ses allégations, M. C ne justifie pas avoir résidé sur le territoire français de 2011 à 2017 ni avoir résidé régulièrement en France depuis l'année 2017. Le requérant n'établit pas avoir en France des liens privés anciens, intenses et stables alors qu'il n'allègue pas être dépourvu de tous liens familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, et malgré son insertion professionnelle, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale de M. C. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de l'Isère n'a pas davantage entaché sa décision de refus de délivrance de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

12. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

13. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqué contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points précédents.

14. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination :

15. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 14 novembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. L'annulation de la décision implicite susvisée implique que le préfet de l'Isère statue à nouveau sur la demande dont il reste saisi. Un délai d'un mois doit lui être accordé pour prendre une nouvelle décision sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté la demande de titre de séjour du 18 février 2022 de M. C sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de statuer à nouveau sur la demande de titre de séjour M. C introduite sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Naillon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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