Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206747
mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 22 août 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé une cessation des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991
M. A soutient que la décision en litige :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision le déclarant en fuite ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que l'OFII s'est cru en situation de compétence liée par la décision du préfet le déclarant en fuite ;
- méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi que de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Doulat, les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 18 décembre 1996, est entré sur le territoire français le 5 juillet 2021. Il a déposé une demande d'asile et accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 19 octobre 2021. Par la décision attaquée du 22 août 2022 la directrice territoriale de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A.
Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 décembre 2022. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
4. D'autre part, il résulte des dispositions l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
5. La décision attaquée est fondée sur le fait que M. A ne s'est pas rendu " aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile " et qu'il été " déclaré en fuite le 13 juillet 2022 par le pôle régional Dublin ".
6. M. A ne conteste pas son absence à l'entretien du 13 juillet 2022, mais fait valoir que son rendez-vous était initialement prévu le 7 juillet 2022 avant d'être décalé au 13 juillet, ce qui est à l'origine de son oubli. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est présenté à tous ses entretiens précédents au pôle régional Dublin les 16 novembre 2021, 31 décembre 2021, 17 janvier 2022, 10 février 2022, 14 mars 2022, 13 avril 2022, 12 mai 2022 et 14 juin 2022. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, au regard notamment du respect par M. A de ses huit précédents rendez-vous, du changement intervenu dans la date du rendez-vous du 7 juillet 2022 et du caractère isolé de sa non présentation le 13 juillet 2022, M. A ne peut être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile au sens des dispositions précités. Par suite, en prononçant la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice de l'OFII a méconnu les dispositions précitées.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de la directrice de l'OFII du 22 août 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Les motifs du présent jugement impliquent nécessairement pour son exécution de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A à compter du 22 août 2022 et jusqu'à l'expiration de ses droits selon les règles applicables, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais non compris dans les dépens :
9. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve de la renonciation par Me Huard à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Huard de la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.
Article 2 : La décision du 22 août 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A à compter du 22 août 2022 et jusqu'à expiration de ses droits selon les règles applicables, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Huard une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.
Le rapporteur,
F. Doulat
La présidente,
A. TrioletLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.