Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2208531

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2208531
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAUMET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé un titre exécutoire du 25 octobre 2022 par lequel le syndicat mixte du Lac d'Annecy réclamait à M. A une somme de 3 800 euros au titre de la participation au financement de l'assainissement collectif (PFAC). Le tribunal a jugé que la créance était prescrite, le délai de prescription de cinq ans ayant commencé à courir à compter de la déclaration d'achèvement des travaux (12 janvier 2016) et non de la délivrance du permis de construire, conformément à l'article L. 1331-7 du code de la santé publique et à l'article 2224 du code civil. M. A a donc été déchargé de l'obligation de payer cette somme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2022 et 19 novembre 2023, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 25 octobre 2022 par lequel le président du syndicat mixte du Lac d'Annecy a mis à sa charge une somme de 3 800 euros au titre de la participation au financement de l'assainissement collectif (PFAC) et de le décharger de cette somme ;

2°) de mettre à la charge du syndicat mixte du Lac d'Annecy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'à la date d'émission du titre litigieux, la créance n'est plus exigible en raison de sa prescription.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre 2023 et 28 mai 2024, le syndicat mixte du lac d'Annecy, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 18 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2024.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 1er août 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Borg pour le syndicat mixte du lac d'Annecy.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a présenté une demande de permis de construire pour l'édification d'une construction à usage d'habitation au 414 chemin des Prairies à Poisy, lequel lui a été accordé le 2 avril 2015. Le 25 octobre 2022, un titre exécutoire d'un montant total de 3 800 euros a été émis par le syndicat mixte du Lac d'Annecy pour le recouvrement de la participation au financement de l'assainissement collectif (PFAC). M. A demande l'annulation de ce titre exécutoire et la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique : " Les propriétaires des immeubles soumis à l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées en application de l'article L. 1331-1 peuvent être astreints par la commune, la métropole de Lyon, l'établissement public de coopération intercommunale ou le syndicat mixte compétent en matière d'assainissement collectif, pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation, à verser une participation pour le financement de l'assainissement collectif. / () Cette participation s'élève au maximum à 80 % du coût de fourniture et de pose de l'installation mentionnée au premier alinéa du présent article, diminué, le cas échéant, du montant du remboursement dû par le même propriétaire en application de l'article L. 1331-2. / La participation prévue au présent article est exigible à compter de la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble, de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble, dès lors que ce raccordement génère des eaux usées supplémentaires. () "

3. D'autre part, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".

4. Il résulte de ces dispositions que le délai de prescription de la participation pour le financement de l'assainissement collectif court, non pas à compter de la délivrance du permis de construire, mais à compter de la date du raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de l'immeuble, de l'extension de l'immeuble ou de la partie réaménagée de l'immeuble. En l'espèce, le requérant se prévaut de la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux déposé en mairie le 12 janvier 2016, date à laquelle le délai de prescription a commencé à courir. Il s'ensuit qu'au 25 octobre 2022, date du titre litigieux, la créance mise en recouvrement était prescrite dès lors que plus de cinq années s'étaient écoulées depuis le 12 janvier 2016. La circonstance que le requérant n'a pas fait procéder au contrôle du branchement d'eaux usées par le syndicat mixte du Lac d'Annecy est, en tout état de cause, sans incidence sur le cours de la prescription extinctive. M. A est dès lors fondée à soutenir que le titre de recette du 25 octobre 2022, qui met à sa charge la somme de 3 800 euros, est entaché d'illégalité.

5. Il résulte ce qui précède que le titre exécutoire du 25 octobre 2022 doit être annulé et M. A déchargé de l'obligation de payer la somme de 3 800 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le syndicat mixte du Lac d'Annecy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat mixte du lac d'Annecy la somme demandée par M. A sur ce même fondement.

D É C I D E :

Article 1er :Le titre exécutoire du 25 octobre 2022 est annulé.

Article 2 :M. A est déchargé de l'obligation de payer la participation au financement de l'assainissement collectif mise à sa charge le 25 octobre 2022.

Article 3 :Les conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A et au syndicat mixte du Lac d'Annecy.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. Derollepot

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.